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Choeur-deboutStage de chant choral Risoluto 2014

L'exaltant défi d'atteindre la justesse stylistique en quelques heures

 

En juillet dernier, l’édition 2014 du stage de chant choral de l’association Risoluto s’est placée sous le signe de la diversité pertinente. Le chef de chœur Didier Basdevant a entraîné ses stagiaires dans un marathon musicologique à travers époques et styles, avec comme objectif de chanter chaque air avec sa vocalité propre. Un défi remporté avec entrain par ce « chœur de quelques heures ».

 

D’entrée de jeu, les 38 choristes participant au stage estival de l’Association Risoluto furent prévenus. « Nous disposons de 17h30 de travail choral pour monter des pièces inconnues de vous tout en nous concentrant sur leur style et leur rendu vocal », lança en avant-propos Didier Basdevant, chef du chœur Vocalitas, du Chœur de chambre de Perpignan et, cette semaine-là, du chœur éphémère de Risoluto 2014. Aux expressions effarées des choristes penchés sur les partitions du médiéval Mariam Matrem (Livre Vermeil de Montserrat), du pieux « O Domine, Jesu Christe » de Palestrina, du complexe Madrigal d’Antonio Caldara, du sévère « Miserere Mei » de Purcell, du pathétique « Tristis est Anima mea » de Haydn, de la rustique Tricotea ou de la ludique « Panthère Rose » de Mancini qu’ils tenaient entre leurs mains, le chef sut qu’il avait toute leur attention.

 

Didier-dirigeant-bras-levés-gros-planLe plaisir et l'humour. Aussi Didier Basdevant rajouta-t-il en souriant : « Mais nous n’oublierons pas non plus de nous rendre heureux en ne séparant jamais le plaisir de l’exigence. Restez à l’écoute les uns des autres, ne perdez jamais le contact avec les autres pupitres et nous ferons du très beau chant. Accessoirement, si en cours de chant vous vous trompez, pensez à regarder furieusement votre voisin. Cela marche toujours pour se dédouaner. Et si, lorsque le chœur s’arrête de chanter, il vous reste encore à faire des notes, eh ! bien, ne les chantez pas et prenez l’air dégagé ! Personne ne remarquera votre retard». Introduites par ces notes d’humour, les notes de musique en vinrent plus facilement, supprimant rapidement la tension de l’effort pour la remplacer par la passion de l’engagement. Le chœur prit ainsi au mot son chef en cherchant, tout au long des cinq jours que dura le stage, à concrétiser du mieux possible ses directives. Le chœur atteignit ainsi à « la pureté des voix » que réclamait son chef pour le « O Domine, Jesu Christe » de Palestrina. Le Madrigal, « une œuvre sublime à ne chanter ni trop fort, ni trop bas pour que le chant reste dense et sonne magnifiquement », s’enrichit de toute la passion chorale que le chœur put y mettre. Le « Mariam Matrem » prit toute sa valeur incantatoire avec l’écho que le chœur des hommes, placé en hauteur sur une galerie, fit au chœur des femmes resté en contrebas et la « prononciation agricole » de la Tricotea fit une intrusion burlesque parmi les œuvres policées des maîtres compositeurs.

 

 

Le-choeur-Risoluto-2014-applaudit-son-chefUn concert final stylistiquement réussi. Plus singulier encore fut le traitement du « Miserere Mei » de Purcell. Le chef s’étant lancé dans une démonstration vocale du style qu’il attendait du pupitre des altos, ce sont tous les choristes qui réclamèrent qu’il les entraîne dans ce chant murmuré qu’il évoquait, « comme une berceuse chantée à un bébé qu’on endort et dans laquelle toutes les attaques doivent être chantées afin d’atténuer la force des consonnes ». Il en résulta une fervente prière. Au terme de ce stage passionné, le chant que le chœur proposa à un public de familiers venus constater le travail effectué, combla l’auditoire. Heureux et fiers de leur prestation finale, les stagiaires ovationnèrent longuement le chef qui leur avait donné ce pouvoir d’évoquer avec justesse les voix et les chants du passé.
Michel Grinand

 


 

Marie-Laure-temoigneImpressions chorales

 

Fatigués, mais satisfaits, le chef et les choristes de l'éphémère choeur Risoluto 2014 se sont laissés aller aux confidences d'après l'effort.    

 

C’est rassemblés autour d’un cocktail d’adieu que les choristes échangèrent avec émotion des impressions aussi nettes que fortes : « J’ai adoré, lançait Philippe, qui chante depuis longtemps avec Didier Basdevant. Si Risoluto n’existait pas, il faudrait l’inventer. L’ambiance était encore plus chaleureuse que d’habitude, avec beaucoup d’échanges avec le chef dans lesquels on a retrouvé la bienveillance et l’humour de Didier ». Daniel, lui, multipliait les qualificatifs : « Dynamisant ! Enthousiasmant ! Un régal vocal, mis à part « La Tricotea », qui est vraiment trop à l’opposé du beau chant pour moi ». Quant à Marie-Laure, elle concluait sa première expérience d’un stage choral avec des souvenirs aussi divers que marquants : « C’était dense et varié, assurait-elle. Mais aussi difficile et perturbant, sans enregistreur pour apprendre les airs. Au début, le Madrigal m’a paru hors de mes possibilités et puis, le chœur et le chef aidant, l’air m’est apparu plus évident. Mais, après deux jours et trois soirées de stage, je finis tout de même fatiguée. J’attribue aussi un bon point au pianiste : Hugues Delaunay, qui a su suivre toutes les voix tout en écoutant Didier Basdevant. Il a une écoute incroyable et rare ».

 

Travail-avec-les-tenors-2La récompense d'un aveu. Quant au chef, ses commentaires étaient tout aussi édifiants : « Je suis content du résultat de ce stage, confiait Didier Basdevant. On ne s’est pas laissé piéger par l’idée d’un concert final qui aurait gâché le bonheur que j’ai senti chez les choristes d’aborder des pièces ou des fragments de pièces de façon à les faire sonner du mieux possible. Et la restitution des œuvres que nous avons faites à l’issue de la dernière soirée a montré que tout le stage s’est déroulé sous le signe de l’émotion et de l’exigence. J’en tiens pour indice le commentaire d’une jeune spectatrice de 18 ans. Elle n’avait jamais écouté de chœur et elle m’a avoué avoir été sidérée par l’assemblage progressif des voix. Le montage voix par voix, puis l’ensemble vocal complet lui ont fait un effet extraordinaire, quasi magique. Pour moi, son aveu est ma meilleure récompense ».
MG