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Redresser-la-tete-avec-OlivierStage de chant lyrique avec

Laurence Malherbe

A la recherche de sa voix la plus belle

 

Du 14 au 18 juillet, au château de Lusigny-sur-Ouche (21), l’artiste lyrique Laurence Malherbe a consacré un stage de cinq jours à aider sept choristes amateurs à découvrir leur plus belle voix. Donné en l’honneur des hôtes du château, le concert final a révélé des talents.

 

Trouver l’identité vocale. Pas facile, quand on est un choriste amateur cantonné à l’un des quatre pupitres traditionnels des chœurs, d’inscrire sa voix dans le maillage complexe des tessitures. La différence est souvent arbitraire entre le « Basse1 » et le « ténor2 » ou entre l’alto aigüe et la « soprane2 ». Aussi la mezzo-soprano lyrique Laurence Malherbe voue-t-elle son enseignement du chant à dévoiler cette identité vocale. Quels que soient son registre et son répertoire, l’apprenant qui la sollicite est assuré de découvrir sa richesse vocale et les airs qui la mettent en valeur. A charge pour lui ensuite de conforter sa voix dans ce sens, voire de la protéger. Car, pour la professeur de chant, le risque du dévoiement forcé d’une voix est réel, rares étant les professeurs de chant qui osent sortir leurs élèves choristes de leur registre choral: « Je suis outrée par les erreurs de jugement de certains professeurs de chant qui forcent la voix de leurs élèves à s'insérer dans un registre sans s’occuper individuellement des spécificités propres à chacune de leurs voix, lance-t-elle avec humeur. Une voix doit être belle, bien équilibrée, souple, bien soutenue, avec un accolement "cordal" sain et doit laisser apparaître de riches couleurs et vibrations. Il faut donc respecter sa nature unique. Non seulement elle s’en trouve protégée, mais c’est alors que la musicalité naît naturellement du timbre ».

 

Laurence-assise-enseignantStabiliser la voix. La première étape, qui absorba l’essentiel du premier jour du stage, a donc consisté en stabiliser la voix. Pour cela, il a fallu « consolider les graves et les médiums en limitant les aigus », insista Laurence Malherbe. La hauteur des airs de certaines sopranes a donc été rabaissée, tel baryton s’est confronté aux sonorités basses. « Le son vient toujours du larynx, précisa encore l’artiste à ses élèves. Comme les notes basses, les aigus s’effectuent avec le larynx, qu’on abaisse pour étirer les cordes vocales. Le chant doit donc sortir lié et linéaire, sans tressautement du corps lors des passages vers les notes aigües». Ces contraintes donnèrent lieu à un travail délicat pour l’enseignante et éprouvant pour les chanteurs, dont le corps et les certitudes furent parfois mis à l’épreuve. Mais les progrès des stagiaires furent rapidement audibles durant le déroulement même du stage. Les voix s’enrichissaient d’harmoniques flatteuses qui leur donnaient plus d’ampleur, les textes devenaient plus nets.

 

"Il faut extérioriser la mélodie en la projetant vers le public sans imaginer qu'elle revienne vers soi" 

 

 

Laurence-donnant-son-cours-a-Philippe

Libérer le corps. Ensuite, les chanteurs furent invités à rechercher un soutien permanent de la voix par le biais d’une expulsion régulée de l’air grâce à la pression constante des muscles obliques de l’abdomen. Au second jour vint se rajouter la recherche de libération du corps. Nuques, épaules, mâchoires et même langues furent soumises à un assouplissement fonctionnel. « Le chant est un mouvement, justifiait l’enseignante. C’est une danse corporelle autant qu’un sport ». Et de donner l’exemple de la voix et du geste en interprétant des airs tout en accomplissant des mouvements chorégraphiques ou en adoptant des positions contraignantes. Depuis la formation des voyelles dans le pharynx jusqu’à la juxtaposition de déplacements corporels et de variations du chant, en passant par des mouvements latéraux de mâchoire durant l’interprétation, rien ne devait altérer la ligne du chant. Les chanteurs apprirent ainsi à libérer leur corps pour concentrer leur attention sur leur seule émission vocale. Pour certains, le geste devint même un soutien de leur voix lors de certains passages délicats.

 

Cours-expressivite-avec-DanielleProduire un chant "envahissant". Ces préliminaires accomplis, le troisième jour fut consacré à l’expressivité, une démarche tenant à la fois de l’effort physique et mental. « Il faut extérioriser la mélodie en la projetant vers le public, sans imaginer un seul instant qu’elle revienne vers soi, conseillait alors Laurence Malherbe. Le chant expressif doit être "envahissant" et enveloppant pour l’auditeur. Pour cela, le chanteur fait bloc avec sa voix et son corps agit comme un soufflet de forge pour projeter le son vers le public ». Ceci obtenu, les stagiaires purent alors consacrer leur quatrième jour de travail à placer leurs aigus sans effort dans la ligne de chant ou à nuancer leur chant par l’ajout de sons mezzo-forte ou piano. Ce faisant, ils retrouvaient ainsi confiance en leur potentiel vocal, à temps pour préparer le concert destiné à clore le stage.

 

Un concert mémorable. Dernière étape de ce stage, le concert final concrétisa avec évidence les progrès accomplis. Après un « Hymne à l’Amour », d’Edith Piaf, exprimé de façon intimiste par Danielle Geldwerth, le ténor Philippe Volle interpréta l’air « Dolente immagine di Fille mia », de Vincenzo Bellini, d’une voix maîtrisée aux prometteurs accents solaires. Suivit le mezzo-soprano naturellement mélodieux du Cherubino mozartien d’Isabelle L., si bien soutenu que l’émotion d’une première interprétation en public ne le ternit pas. Même combat contre le trac pour le baryton Michel G., qui maîtrisa cependant suffisamment son souffle pour donner ce qu’il estima ensuite avoir été le meilleur Lied mahlérien (« Ich bin der Welt abhanden gekommen », du cycle des Rückertlieder) de toutes ses années de pratique. Mais, véritable symbole de l’évolution des stagiaires, ce fut la soprane Laurence Lombard qui marqua les esprits par les qualités nouvelles de sa voix. Adoptant un registre de mezzo-soprano, elle interpréta avec une sensibilité et une richesse de timbre un « An die Musik » schubertien à la fois recueilli et chaleureux.

 

Laurence-chantant-en-solo-modifié-1Bach comme révélateur. Sa performance n’échappa pas au public qui réclama à l’interprète un extrait de la Passion selon Saint-Mathieu de Jean-Sébastien Bach, répertoire de prédilection de la chanteuse. Dans la lumière douce et sereine de ce dernier soir au château, Laurence Lombard enchanta l’auditoire avec un «Erbarme dich » passionné et émouvant, magnifiquement accompagné par la pianiste Michèle Pondepeyre. L’élève révélait ainsi la justesse de l’enseignement de son maître Laurence Malherbe : c’est en enrichissant sa voix dans les domaines qui la font rayonner qu’on atteint à l’excellence. Le concert soliste s’acheva sur un solide Masetto mozartien d’Olivier Dessales et sur le soprano colorature de Noëlle Pineau. Pourtant accoutumée aux aigus vertigineux, celle-ci découvrit avec ravissement, à travers sa Marceline du Fidélio de Beethoven, que l’enseignement de Laurence Malherbe lui en avait facilité l’accès. Elle en fit amplement profiter le public. Le stage s’achevait, mais pas la « Commedia » qui, pour les stagiaires, se poursuivrait désormais sur des accents nouveaux.
Michel Grinand