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Le magazine en ligne du chant choral

1 Ton Koopman dirigeant plan moyen WebStage pour chœur et orchestre baroques avec Ton Koopman

Weekend choral en Bach majeur

 

Suivant la tradition lancée par l’Institut Néerlandais en 2007, la société mn2m et l’Association de l’Abbesse ont organisé pour Noël 2015 le Chœur, Orchestre et Solistes Baroques, une phalange d’amateurs dédiée à un stage et un concert Bach sous la direction du prestigieux Ton Koopman et de son assistant Peter de Groot. Un weekend qui devrait se renouveler.

 

2 Ton Koopman et Peter de Groot WebUn rendez-vous baroque prestigieux. En décembre 2015, le désormais traditionnel stage-concert du Chœur, Orchestre et Solistes Baroques, initié en 2007 par l’Institut Néerlandais de Paris, a été organisé par la société mn2m et l’Association de l’Abbesse et s’est une fois de plus déroulé sous la direction de Ton Koopman, pour le plus grand plaisir des stagiaires. C’est à l’instigation de Maartje Nelissen, dirigeante de mn2m, que s’est créée la tradition de ce stage de fin d’année et de ce concert baroque dans le même weekend, sous la direction du chef néerlandais : « Le projet a été initié par l’Institut Néerlandais en 2007, à l’occasion de ses 50 ans d’existence, rapporte-t-elle. J’y étais en charge de la programmation musicale et je voulais un projet qui ne s’était jamais fait. Je sais que de nombreux amateurs rêvent de chanter et de jouer sous la direction d’un grand chef et j’ai donc demandé à Ton Koopman s’il serait d’accord pour diriger pendant un seul weekend un chœur et un orchestre dans un programme Bach. S’il n’a pas l’habitude de réaliser ce genre de projets, il me l’a cependant accordé. A la fin de la première édition, il m’a dit qu’il y en aurait une deuxième, puis une troisième et ainsi de suite. Après la fermeture de l’Institut Néerlandais, en décembre 2013, j’ai voulu continuer à organiser ce magnifique projet, en accord avec l’Association de l’Abbesse. C’est ce concert qui a eu lieu le 14 décembre 2015, à l’église Saint-Eustache de Paris ».

 

3 Ton Koopman dirige les trois solistes WebUn travail acharné. Mais on ne s’improvise pas choriste pour Ton Koopman. Non seulement les choristes avaient dû passer une audition pour être retenus, mais ils avaient dû travailler préalablement leur partition pour la connaître sur le bout des doigts. Mais même ainsi, le stage, qui se déroula du vendredi soir 11 décembre au lundi 14 décembre, fut très intense. En particulier pour les stagiaires qui avaient postulé au rôle de solistes: « Pour devenir soliste, nous avons dû passer notre audition deux mois avant, puis travailler d’arrache-pied », rapporte Lionel Bourguignon, ténor et chef du chœur La Demoiselle Elue, à Nantes. Huit stagiaires solistes avaient été choisis par Ton Koopman et son assistant chef de chœur Peter de Groot sur la base de leurs qualités vocales par rapport aux pièces prévues : outre Lionel Bourguignon, les deux chefs avaient retenu les sopranos Jeanne-Marie Anglès et Louise Moissonnié, les altos Clotilde Cantau et Mathilde de Rancourt, le ténor Jean-Jacques Samuel et les basses Antoine Payen de la Garanderie et Thomas Le Colleter. Mais qu’ils aient chanté comme choristes ou soliste, tous les stagiaires ont adoré leur stage : « Le stage a été excellent et j’en suis très content, confirme Lionel Bourguignon. Les stagiaires étaient tous des amateurs éclairés et motivés et l’ambiance de travail était très agréable. De plus, même si les deux chefs sont différents et qu’on sent que Peter de Groot est un chef de chœur, tandis que Ton Koopman est davantage chef d’orchestre, tous deux sont faciles d’accès. Au début, nous étions impressionnés, mais leur enthousiasme et leur grande accessibilité nous ont mis en confiance et il a été très facile de travailler et de préparer le concert final sous leur direction ».

 

4 Peter de Groot dirigeant WebUn programme varié. Le lundi 14 décembre au soir, plus de 400 personnes occupaient la nef de l’église Saint-Eustache pour entendre ce « chœur d’un weekend ». Bien que dédié à Jean-Sébastien Bach, le concert vit ses horizons élargis par des œuvres ayant des affinités naturelles avec la musique du célèbre Cantor allemand. Ainsi, la première œuvre : « Es ist ein Ros entsprungen », était de Michaël Praetorius (1571-1621) et ne fit pas appel à l’orchestre puisqu’elle était a capella. C’est donc Peter de Groot qui la dirigea. Le geste haut et ample, l’ancien choriste et soliste devenu chef de chœur entretint un rythme intense dans le chant choral. Une œuvre lente et mélodieuse qui vit tour à tour les femmes, puis les hommes chanter par-dessus un bourdon formé par les autres pupitres. Déjà, les voix des sopranes et des altos se faisaient remarquer par leur douceur, avant que le chœur finisse sur un tutti plein de nuances et s’achevant dans un beau decrescendo jusqu’au piano.

 

5 Ton Koopman dirigeant plan large WebEntrée en scène du maestro. Vint alors le moment tant attendu autant par l’auditoire que par les stagiaires du chœur, de l’orchestre et des solistes : la prise en main de la phalange par Ton Koopman lui-même. Un rapide accordage des instruments et le chef lança la Cantate « Nun komm der Heiden Heiland », de Jean-Sébastien Bach, pour chœur, solistes et orchestre. Usant autant de son corps que de ses mains, ses doigts ou son regard pour guider les chanteurs et les instrumentistes, Ton Koopman fit merveille dans un très beau premier mouvement passionnant, durant lequel les voix des choristes rivalisèrent de douceur. Ce mélange de vitalité et de douceur s’avéra cependant redoutable pour les solistes. Le ténor Lionel Bourguignon dut lutter pour retenir sa belle voix, ce qui affaiblit un peu sa projection, tandis que la soprano Jeanne-Marie Anglès ne put réduire un vibrato un peu trop large. Le basse Antoine Payen de la Garanderie fut celui des trois solistes qui tira le mieux son épingle du jeu de cette pièce délicate. La troisième pièce : « Lieber Herr Gott, wecke uns auf ! », de Johann Christoph Bach (1642-1703), l’oncle de Jean-Sébastien, fut à nouveau dirigée par Peter de Groot. D’une direction toujours vive, saccadée et haute, le chef fit ressortir la beauté de cette pièce pour chœur et basse continue en conduisant le chœur dans un chant vif, mais sans violence.

 

6 Les 2 chefs dirigeant du meme geste WebUn final à deux chefs. Ton Koopman reprit alors la baguette pour diriger la Cantate n° 5 : « Am Sonntag nach Neujahr », de l’Oratorio de Noël (Weinachts Oratorium), BWV 248, de Jean-Sébastien Bach. D’une direction vive et allègre, le chef fit jouer et chanter mezzo-forte l’orchestre et le chœur, privilégiant ainsi résolument le chant sur les instruments et l’agilité vocale sur la puissance. Il en résulta une très belle cantate au cours de laquelle tous les solistes se mirent en valeur, particulièrement lorsque trois d’entre eux chantèrent en trio par-dessus de superbes violons. Le concert s’acheva donc dans une ambiance de satisfaction d’une prestation réussie. Les deux chefs, le chœur et les instrumentistes se firent alors plaisir en entonnant un Gloria arrangé et dirigé alternativement par les deux chefs. Ton Koopman et Peter de Groot firent même chanter le public. Avant de quitter leurs stagiaires d’un weekend, les chefs se prêtèrent aimablement au jeu des photos souvenirs. Le stage était terminé, mais les stagiaires choristes et instrumentistes en eurent moins de regret en apprenant que Ton Koopman s’engageait à revenir diriger le Chœur, Orchestre et Solistes Baroques pour la cinquième fois consécutive lors d’un prochain stage. Les candidats devront s’informer auprès de mn2m pour les dates prévues.
Michel Grinand

7 Ton Koopman WebTrois questions à Ton Koopman

 

Avantchoeur.com : Le stage avec le Chœur, Orchestre et Solistes Baroques a-t-il pour vocation de former les stagiaires ?
Ton Koopman : Ce stage n’est en aucune façon destiné à donner des leçons. Il a pour vocation de jouer et de faire de la musique de chambre ensemble et entre nous. C’est cela qui le rend passionnant.

 

ACC : N’est-il pas difficile de réaliser un projet musical en trois jours avec un chœur, un orchestre et des solistes amateurs ?
TK : Même si je travaille surtout avec des professionnels, je dirige aussi de bons chœurs et orchestres amateurs et j’éprouve une grande joie à travailler avec ces personnes qui aiment la musique. C’est pour cette raison que je prends les solistes directement dans le chœur, en les sélectionnant sur audition, sur la base d’une différence de qualité vocale. Peter de Groot, qui collabore avec moi, s’occupe alors des voix solistes et choristes pour les mettre à niveau.

 

8 Maartje Nelissen et les deux chefs salut final WebACC : Quel est votre secret pour produire un concert de qualité en dépit de la faible durée de la répétition ?
TK : Ce qui compte, c’est que le travail effectué reste dans la tête. Il importe donc de créer avec les stagiaires un contact suffisant pour créer des variations de dynamique. Savoir établir ce contact et trouver cette dynamique est essentiel car, alors, tout peut arriver : variations de rythme, de nuance,… Les choristes en sont conscients et ils me regardent en permanence. Et j’aime quand les musiciens et les choristes me regardent en permanence car je me sens alors transporté par leur joie de faire de la musique.
Propos recueillis par MG