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Le magazine en ligne du chant choral

2 Choeur basque espagnol a La Madeleine WebChœurs et citoyenneté

Le chœur, reflet d’une société en quête de valeurs communes

 

Dans l’Europe en quête d’union et d’identité, le chant choral apparaît pour les citoyens français et européens comme un mode de fonctionnement sociétal à la fois rassurant et dynamisant, dans lequel l’art et l’expression se conjuguent pour créer un lien social constructif et durable. Une fonction que connaissaient déjà les citoyens de la Grèce antique.

 

37 millions de choristes en Europe. Jamais il n’y a eu autant de chorales en France et en Europe, comme en a témoigné le sondage Singing Europe du projet Voice mené par Europa Cantat. Quelle que soit la forme qui a présidé à la création de ces ensembles de polyphonie vocale : association, entreprise privée, chœur de paroisse ou d’école, ensemble vocal créé par quelques amis ou même chœur symphonique, chanter est devenu un des plaisirs favoris des Français. La dynamique chorale a quitté le cercle intime (on chante beaucoup moins lors des réunions familiales) pour investir les cercles professionnels, amicaux ou de quartiers.

 

1 Aubade de Coralia avec tee shirt commun WebLe besoin des vibrations sonores de la polyphonie. Mais au-delà du plaisir de chanter, les choristes recherchent l’appartenance à un groupe. Deux raisons à cela. D’abord, même si le groupe choral est souvent d’une mixité rare, rassemblant des personnes d’âges différents et venant d’horizons socio-professionnels souvent très divers, c’est d’abord la musique qui réunit les choristes. Or, sans unité de groupe, le son du chœur ne résonne pas. Inconsciemment, les choristes se calent donc sur un diapason émotionnel commun et leur écoute se connecte sur la voix de leurs voisins de pupitre, puis sur le son de la chorale. Ensuite, dès le temps de la répétition, le travail vocal et choral exige une concentration qui crée un espace-temps à part. Travailler en chœur permet de ne plus penser, d’être moins envahi par les problèmes de la vie quotidienne qui polluent notre espace psychique sans crier gare. L’activité même de chanter permet au corps de se régénérer. Après quelques heures de chant, on se sent mieux connecté à soi-même, chargé de vibrations sonores et d’un sentiment plus profond d’unicité.

 

3 Le contact social au Paris Choral Society WebLe choeur, source de vie sociale. Dans une société où les parcours sont marqués par davantage de ruptures (familiales, professionnelles,…) et où nos trajectoires de vie sont moins linéaires et de plus en plus individuelles, la participation à une chorale peut être vécue comme un élément de stabilité. Le rituel de la répétition, un jour fixe dans la semaine, est comme un rendez-vous avec soi-même et avec un groupe soudé par les souvenirs musicaux et amicaux. Ainsi, de nombreux choristes chantent ensemble depuis de nombreuses années et leurs voisins de pupitre sont donc les témoins silencieux du cheminement de leur vie. D’autant que la voix est impudique et qu’on peut y déchiffrer l’état émotionnel de la personne. Sans même le vouloir, le choriste entend parfois comment se sent son voisin et, même s’il y a peu d’échanges verbaux, il entend la fatigue dans la voix de son voisin ou constate la luminosité heureuse de ses sourires. On s’inquiète aussi d’une absence prolongée.

 

4bis Indication spéciale du chef WebLe chef de choeur, fédérateur et médiateur. Pour obtenir un bon son de chœur, les choristes doivent aussi croire en eux car l’illusion groupale et le sentiment fusionnel permettent la beauté musicale. Mais l’inconscient du chef de chœur et le regard qu’il porte sur son groupe influent aussi sur l’image d’elle-même que reflète la chorale et sur le son qu’elle produit. L’instrument choral devient donc une éphémère rencontre humaine entre le chef et ses choristes, rencontre portée par le désir partagé de chanter le mieux possible et d’offrir au public un concert de qualité. En harmonisant les voix, en choisissant les œuvres qui conviennent au mieux au groupe vocal, le chef a la lourde responsabilité d’amener ses choristes vers une belle aventure émotionnelle, humaine et artistique qui permet au mirage sonore d’exister. Il est le coryphée, le « sommet de la tête » ou guide du chœur. Dès l’Antiquité, les Grecs avaient remarqué cette similitude entre le fonctionnement du chœur et celui de leur démocratie : « Le citoyen dans la ville est à l’image de l’homme dans le chœur », remarquait ainsi Platon. Rien d’étonnant, donc, que le chœur ait pris une telle importance dans l’expression culturelle de la Grèce antique.
Micha Stafford