AvantChœur.com

Le magazine en ligne du chant choral

1 Sinfonie OrphéeWebEditions chorales à Musicora 2016

Les éditeurs font de la pédagogie active pour les choeurs

 

Saluant l’entrée du chant choral au salon Musicora, les éditeurs de musique ont exposé leurs productions pédagogiques pour chœurs, comme les 4 mini-opéras de Germaine Tailleferre programmés au Baccalauréat (éditions Billaudot), l’application d’apprentissage du choriste Carus Music (Carus-Verlag) ou les livres et partitions des Editions Delatour ou la Sinfonie d’Orphée. La CEMF, elle, a décerné un Prix de l’Enseignement musical à trois œuvres chorales.

 

2 Affaire TailleferreWebL’Affaire Tailleferre en partitions et DVD... Gros succès des productions pour chœur chez les éditeurs de musique au salon Musicora 2016. Gérard Billaudot Editeur a ainsi mis en avant sa parution sur L’Affaire Tailleferre, un ensemble de quatre partitions, complété par un DVD édité par Canopé (Education Nationale) et que la compositrice Germaine Tailleferre a composé en 1955, en collaboration avec Denise Centore, dans le cadre d’une émission radiophonique. Cette production regroupe quatre des cinq mini-opéras bouffes (le cinquième : Rouille à l’Arsenic a été perdu) que la compositrice avait écrits pour orchestre ou piano-chant pour illustrer une Petite Histoire lyrique de l’art français à travers des pastiches. La première pièce : La Fille d’Opéra, copie ainsi le style de Jean-Philippe Rameau pour mieux faire découvrir le style baroque. Vient ensuite Le Bel Ambitieux, écrit à la manière de Rossini, tandis que l’opéra suivant : La Pauvre Eugénie, est composé dans le style de Gustave Charpentier. La quatrième pièce : Monsieur Petitpois achète un Château, pastiche allègrement le style de Jacques Offenbach dans une comédie loufoque et gaie.

 

2bis BillaudotWeb…et au Baccalauréat. Ces quatre mini-opéras présentant un caractère éminemment didactique, l’Education Nationale les a inscrits au programme des Baccalauréats Option Littéraire ou Musicale de 2016 à 2018. En même temps, ils ont été portés à la scène à l’Opéra-Théâtre de Limoges, en 2014 à la demande de son directeur Alain Mercier, avec le chef d’orchestre Christophe Rousset et la metteur en scène Marie-Eve Signeyrole. L’ensemble est présenté sous la forme d’un procès fantaisiste, dit L’Affaire Tailleferre, prétexte à démontrer le travail de la composition baroque, de l’exhumation d’une œuvre ou de la production lyrique. Les Editions Canopé ont enregistré le travail des artistes ainsi que les représentations des opéras et, en présentant à Musicora les quatre partitions et le DVD, les Editions Billaudot proposent donc un matériel de travail complet pour les futurs bacheliers.

 

3 Isabelle Métrope Carus VerlagWebCarus Music fait répéter le choriste. C’est à un public tout autant en quête d’apprentissage que s’est adressé l’éditeur Carus-Verlag en lançant sa collection d’applications d’aide au chant accompagné pour les choristes. Baptisée Carus Music ou Carus Choral Coach, cette application est disponible en CD, mais aussi sur Internet en mode AppStore ou sur Google Play pourvu qu’on utilise une Tablet ou un Smartphone. Elle est destinée à aider les choristes à apprendre à chanter leur partie en même temps qu’est jouée l’œuvre : « Ce n’est pas la même chose d’apprendre sa partie mélodique chez soi, puis de devoir la restituer au milieu du chœur dans les conditions du concert, explique Isabelle Métrope, Responsable Marketing et Promotion chez Carus-Verlag. Avec cette application, le choriste se familiarise avec les conditions du concert et il mémorise sa partie de façon idéale ». Pour parfaire l’apprentissage, Carus a prévu dans son application une version de soutien, dans laquelle la sonorisation au piano de la mélodie du choriste surmonte celle du chœur et même une version ralentie du soutien, afin que le choriste puisse bien repérer ses notes. La navigation sur Internet est instinctive, chaque mesure étant surlignée au fil de la mélodie et la « tourne » s’effectuant automatiquement.

 

3bis Carus Music disqueWebA chaque voix son disque. Les quatre principales tessitures du chœur sont ainsi traitées pour plus de 40 œuvres célèbres, comme le Messie de Haendel ou la Messe en mi bémol majeur de Franz Schubert. Le répertoire est en perpétuelle augmentation et devrait rapidement s'enrichir de nouvelles oeuvres. Le choriste achètera donc l’ensemble de trois disques qui correspond à sa tessiture, au prix public de 20 euros ou il achètera l’enregistrement en ligne et il lui en coûtera de 0,99€ à 14,99€ pour avoir les trois versions. A noter que la partition est en supplément, Carus proposant précisément aux acheteurs celle qui est visible en ligne afin qu'au moment d ela lecture, ils conservent tous leurs repères. Par ailleurs, la préface et la présentation des disques ne sont disponibles à ce jour qu’en anglais ou en allemand. Enfin, l'application n'étant efficace et utile que dans le cadre d'un travail individuel, Carus Music est vendue aux seuls choristes. Les chœurs ne peuvent donc pas l'acquérir, mais il est vrai que l’application n'est pas particulièrement adaptée à leurs besoins. 

 

6 Abdel Rahman El BachaWebAbdel Rahman El Bacha

« La musique, pour moi, est déjà un texte en soi »

 

Avantchoeur.com : Est-ce votre première publication ? 
Abdel Rahman El Bacha : Oui. Je me suis toujours beaucoup plus occupé de ma vie de pianiste que de mes compositions, dont je réservais l’écoute à mes amis. Et puis un ami, Najid Hakim, m’a récemment incité à les éditer et il m’a fait rencontrer Jean-Claude et Diane Thévenon, les éditeurs des Editions Delatour, auxquels j’ai présenté mon travail. Le courant est passé et ils ont accepté de publier mes œuvres.

 

ACC : Est-ce aussi votre première composition pour voix et piano ? 
AREB : Oui, c’est ma première composition vocale. Pour moi, la musique, c’est le chant et le rythme et j’ai voulu composer cette pièce comme un duo pour sopranos qui ont presque la même tessiture. Ces deux voix très proches qui dialoguent entre elles expriment à mes yeux une amitié, cette amitié que l’on ressent toujours à l’écoute des duos de Schubert, par exemple.

 

ACC : Pourquoi avoir conçu ce duo sur une vocalise et non un texte ?
AREB : Pour moi, la musique est déjà un texte en soi. C’est pourquoi je suis embarrassé par la présence d’un véritable texte. Je compose sur de l’éphémère, des émotions ou une inspiration et me limite à l’essentiel. Il me vient d’abord l’idée, puis l’intention et enfin le titre. C’est aussi pourquoi j’éprouve une grande admiration pour les compositeurs qui sont capables d’écrire de la belle musique sur de beaux textes. Moi, je n’y parviens pas et, en optant pour une vocalise, j’ai facilité mon inspiration et j’ai pris un grand plaisir à l’écrire, un peu comme Rachmaninov avec sa célèbre vocalise.

 

ACC : Quand jouerez-vous encore vos compositions en France ? 
AREB : Dès mon prochain concert à l’Auditorium de Saint-Omer (62), le 22 avril 2016, je jouerai certaines de mes œuvres. 
Propos recueillis par Michel Grinand

Une vocalise signée Abdel Rahman El Bacha. Du côté des Editions Delatour, les nouveautés pédagogiques et musicales étaient nombreuses, avec 70 nouvelles partitions publiées depuis l’édition 2015 de Musicora. Dans un registre proche du livre « O’nomatopées », de Sophie Rousseau, évoquant le chant en mouvement et son rapport entre le mouvement dansé et le geste vocal, l’éditeur annonçait aussi la publication de deux ouvrages à paraître en mars 2016 et abordant l’art du chant dans ses transversalités diverses. Le directeur de la collection Jean-Michel Bardez présentait ainsi « Temps chanté, Chant pensé, Chant vécu », ouvrage co-dirigé par l’ethnomusicologue Charlotte Poulet et par Nicolas Bénard collectif sur les pratiques musicales dans le monde. De la même Charlotte Poulet, paraîtrait également « Le Chant des Mots », une ethnographie sur les pratiques du chant irlandais, en ligne directe avec l’héritage des bardes traditionnels.

 

4 Abdel Rahman El Bacha autographiantWebConcert et séance d’autographes. Mais l’attraction de la maison d’édition était surtout sa nouvelle vedette éditoriale : le pianiste Abdel Rahman El Bacha. Celui-ci l’avait en effet choisie pour éditer ses trente premières compositions musicales. Le dimanche 7 février 2016, il donnait ainsi à Musicora un concert de ses propres œuvres avant de dédicacer ses partitions sur le stand des Editions Delatour. Par chance, le célèbre pianiste n’avait pas résisté à la tentation d’écrire un Moment musical pour deux voix de sopranos et piano. S’inscrivant dans le registre de la vocalise, cette pièce polyphonique avait été écrite en hommage à Schubert, dont elle reprend consciemment le style. Ce fut l’occasion pour Avantchoeur.com de rencontrer le pianiste et d’aborder avec lui la composition pour voix (voir interview ci-contre).

 

5 Prière et etude gounodWebRetour à l’école de jadis. La pédagogie n’était pas une simple vue de l’esprit chez La Sinfonie d’Orphée puisque l’éditeur réédite le cycle La Prière et l’Etude, composé par Charles Gounod en 1855 sur des poèmes de Charles Turpin. Ces dix-sept pièces pour chœur d’enfants à voix égales retracent la journée de l’écolier du milieu du 19e siècle, sous la loi Falloux, entrée en vigueur en 1850 et donc avant l’école républicaine. L’enseignement confessionnel y prenant une large place, on y suit l’écolier depuis le réveil au son de l’Angélus jusqu’à la Prière du Soir. Sa journée est ainsi rythmée par ses différentes études scolaires comme la Lecture, l’Ecriture, la Grammaire, l’Arithmétique et l’Histoire, le tout agrémenté de Catéchisme et de prières, mais aussi de Musique et de temps de récréation. Si le contexte semble suranné, le propos y reste fascinant par le témoignage qu’il fournit sur une époque pas si lointaine que cela.

 

Soffio JC RosazWebBach révisé, le vent revisité. L’éditeur présentait aussi des nouveautés comme le cycle choral « Round Bach », de Bruno Régnier, un ensemble de trois pièces pour chœur à quatre voix mixtes SATB inspirées des compositions de Bach. Ainsi, la Danse du Fiancé est une variation sur le Jesu, meine Freude, avec cependant l’ajout d’un joyeux refrain décalé sur les onomatopées « Daï, daï, da i da,… ». La pièce « Unter deinem Schirmen- Trotz dem alten Drachen » est marquée du signe de la modernité de cluster trillés et de texte parlé, tandis que « Weg mit allen Schätzen » utilise la sonorité et la répétition des mots comme autant d’événements musicaux. On ne résistera pas au plaisir d’évoquer la partition « Soffio », de Jean-Christophe Rosaz. Créé pour les Vagues Vocales du Festival Voix et prieuré du Bourget-du-Lac 2010, ce jeu vocal sur le mot Soffio décomposé porte à la fois la promesse du mot, de la parole et du souffle du vent qui traverse les vallées. Une découverte que le compositeur a mise en écoute sur son site personnel.
Michel Grinand

 


7 Remise des Prix 2015 de la CEMF copy Caroline Doutre Web2e édition des Prix de l’Enseignement Musical de la CEMF

Beau succès des œuvres chorales

 

Les enseignants aiment le chant choral. C’est la seconde année que la Chambre Syndicale des Editeurs de Musique de France (CEMF) attribue ses Prix de l’Enseignement Musical, décernés à des enseignants ou à des établissements pédagogiques. Alors que le grand public apparaît toujours déconnecté de la musique classique et de la création contemporaine, cette attention des éditeurs pour la création musicale est à saluer. D’autant plus que les pédagogues sont nombreux à participer au concours, avec 24 dossiers présentés pour six prix décernés. Parmi ces derniers, trois des cinq œuvres chorales présentées ont été primées, ce qui constitue une vraie réussite pour l’activité. La compositrice Isabelle Aboulker a obtenu le Prix de la création musicale pour de jeunes interprètes avec sa composition Myla et l’Arbre-bateau, sur une commande de l’Académie musicale de Villecroze. Fabrice Lelong et Nathalie Karibian, de Grenoble, ont obtenu le prix de la Réalisation d’une partition de musique instrumentale et/ou vocale avec l’œuvre « Nour ». Le Prix du spectacle réalisé par de jeunes interprètes  a, lui, été décerné au spectacle Les Salons de musique du Chevalier de Saint-George, présenté par Jean-Michel Berrette (Ivry sur Seine), lequel a devancé le spectacle « Peer Gynt », d’edvard Grieg, présenté par Olivier Durivault (Limay) et l’opérette Véronique, d’André Messager, présenté par Nicole Fournié (Toulouse). Les autres lauréats sont : Laurent Pottier, Prix de l’innovation technologique pour l’enseignement de la musique pour « Musique électronique Live avec Faust et Smartphones» ; les compositeurs Benoît Menut et Pierre Chépélov, Prix de la réalisation d’une méthode instrumentale ou de formation musicale pour « L’ouverture à la Musique, volumes 2 et 3 ; enfin, la pianiste et pédagogue Françoise Thinat a obtenu un Prix spécial de la CEMF. 
MG