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1 martin palmeriInterview de Martin Palmeri

Le compositeur qui a donné le tango aux chœurs du monde 

Loué par le Pape François et consacré par les chœurs européens, le tango choral sacré et profane du compositeur argentin Martin Palmeri gagne enfin le cœur des auditoires du monde. Sollicité à New York, Paris, Vienne et Buenos Aires le compositeur retrace pour Avantchoeur.com l’histoire de son succès et dévoile ses prochaines créations.

 

Concertclassic.com : Vous êtes l'auteur de la Misatango. Comment en êtes-vous venu à composer des œuvres chorales de tango ? 

Martin Palmeri : Le tango m’a captivé d’un coup quand, à 19 ans, j’ai entendu pour la première fois mon professeur de musique : Rodolfo Medeiros, jouer du bandonéon. A l’époque, je chantais depuis un an dans son chœur et cela me plaisait tellement que je voulais me consacrer à la direction de chœur. Mais en écoutant ce bandonéon, j’ai été fasciné et, bien que je n’étais pas musicien de tango, j’ai immédiatement fondé un quintet de tango. Du coup, dès 1986, j’ai eu deux activités : en soirée, je dirigeais mon chœur et, la nuit, je courais au quartier de Barracas pour jouer du tango avec mon quintet. Comme j’invitais mes choristes à venir nous écouter, ceux-ci m’ont demandé de leur composer une œuvre chorale de tango. De mon côté, après six années d’études de formation à la musique classique à Buenos Aires et à New-York avec Edgar Grana, je m’interrogeais sur le type de musique que je voulais composer. Ma professeure d’alors m’avait expliqué que la musique moderne se devait d’être avant-gardiste alors que moi, je préférais la musique populaire. J’ai donc décidé d’écrire des tangos.

 

2 M Piquemal dirigeant la misatango WebCCC : Mais pourquoi avoir opté pour composer des œuvres sacrées ?
M. P. : Avec un pied dans le tango et un pied dans la musique classique, j’écrivais selon une structure musicale classique. De ce fait, le chœur en tango traditionnel que j’avais écrit ne me plaisait pas et, ensuite, je n’arrivais pas à adapter une œuvre classique préexistante aux rythmes du tango. J’ai finalement décidé d’inventer une œuvre de tango. Comme j’étais fasciné par la musique de Palestrina, que les étapes de la liturgie me convenaient et que les choristes étaient familiarisés avec le texte liturgique et la langue latine, j’ai écrit une messe. Et l’écriture de la Misatango s’est faite à la fois spontanément et rapidement. N’allez cependant pas croire que la composition me vient naturellement : c’est le fruit du travail de toute une vie.


3 m palmeri choriste avec les saisonsCCC : Comment le public et l’Eglise ont-ils accueilli votre Misatango et comment a-t-elle pu être jouée en Europe ?
M.P. : Au départ, tout le monde voyait une contradiction dans le fait de juxtaposer une messe avec le tango. D’ailleurs, en Italie, les musiciens refusaient de la jouer. Mais en Allemagne, le Chœur de la Cathédrale de Cologne, que je connaissais, a demandé au Pape Benoît XVI (ex-cardinal Ratzinger) de la chanter pour les 150 ans du chœur. Le Pape a dit : « Quoi ? Avec un bandonéon ? Impossible, ce n’est pas un instrument liturgique ! ». Puis le Pape François, qui est argentin, l’autorisa pour un concert auquel nous l’avions invité. Mais cela créa un tel tollé que, finalement, il n’est pas venu au concert. Par contre, François l’a recommandée chaudement et cela fit la notoriété et le succès de la Misatango.

 

6 Affiche opera stefano de martin palmeriCCC : Depuis la Misatango, vous n’avez plus cessé d’écrire du tango. Quelles sont vos autres créations ?
M. P. : Après la Misatango, j’ai écrit un Oratorio de Navidad, un Magnificat, qui a été enregistré par un chœur polonais, un oratorio sur la Création : Los 7 dias de la Creacion et un Motet : Laudate pueri. Puis, en 2015, j’ai composé un opéra sur un cheval renommé en Argentine : Mateo. Pour le mode, je me suis inspiré du « Grotesco », un type d’œuvre venu d’Italie et qui est à la fois drame et comédie, les deux ambiances alternant presque à chaque minute. Mateo a été joué et enregistré en vidéo en Argentine en 2015, puis repris au Théâtre Akzent de Vienne, en Autriche, en 2017. Le 12 octobre 2018, sera créé à Buenos Aires « Stefano / Amor America », un opéra sur la conquête de l’Amérique basé sur le texte Amor America de Pablo Neruda, tiré du Canto General. Une avant-première a déjà été donnée en juillet.

CCC : Et quels sont vos projets de composition pour les prochains mois ?
M.P : Je travaille sur la finalisation de ma « Gran Misa », une nouvelle Misatango, mais longue de 2h15. Le Gloria et le Credo existent déjà et ont été donnés en concert par différents chœurs. Elle est toujours basée sur du tango, mais la partie harmonique est plus élaborée. C’est une évolution normale, je crois, qui fait que je suis plus sûr de moi quand je compose. Les idées sont meilleures et les processus de composition sont plus directs. Cette Gran Misa sera créée dans son intégralité le 23 juin 2019 au Carnegie Hall de New York. Pour Pâques 2019, je prépare un Requiem à la demande de Fernando Alvarez, directeur d’une salle d’opéra à Barcelona. Je n’ai encore écrit aucune note pour le moment, mais je sais que la messe des morts et le tango vont bien ensemble à cause de l’importance qu’y tient la dramatisation. Les tangos les plus fameux sont ceux qui sont les plus dramatiques. Enfin, pour 2020, le Théâtre Akzent de Vienne m’a commandé une Misa Solemnis.

4 choeur sophie hanne danseur piquemalCCC : Vous reviendrez aussi en Europe pour donner une masterclass sur la Misatango au festival choral de Cologne en juillet 2019. L’Europe compte beaucoup pour vous ?
M. P. : C’est en Europe que se passe l’activité musicale la plus grande avec les opéras et les salles de concert de Paris, Berlin, Vienne, Budapest, Milan, Londres, etc. Je voyage habituellement quatre à cinq fois par an en Europe et j’ai déjà cinq à six voyages pour Paris prévus dans les mois à venir.

CCC : Votre renommée musicale vous préoccupe-t-elle ?
M.P. : Je suis surtout connu par le monde choral, moins par le grand public et les médias télévisuels. Mais j’ai la renommée qui m’intéresse, celle de la musique chorale. En cela, je crois que je suis dans la lignée de ces compositeurs comme Karl Jenkins, John Rutter ou Dan Forrest qui veulent composer une musique chorale issue de la musique traditionnelle de leur pays et qui soit accessible à tous les choristes. C’est une sorte de réponse que nous voulons donner à la musique élitiste qui prévaut trop souvent actuellement.
Propos recueillis par Michel Grinand

 

7 misatango avec danseurs dans le gloriaProchains rendez-vous tango avec la musique de Martin Palmeri

Quelques rendez-vous avec les oeuvres de Martin Palmeri dans les prochains mois, à confirmer auprès des organisateurs et des salles de concerts (informations données par le compositeur et susceptibles de modifications): 
- 13-14 oct 2018 à MÂCON: Misatango, par les choeurs Arpège et Canta Limanha 
- 24 au 30 janvier 2019 à PARIS: Misatango
-16 au 23 février à MEGEVE : Misatango et, sous réserve, Credo de la Grande Messe, avec le choeur Allegri, de Jean-Marie-Puissant

- 16 mars 2019 au Casino Barrière de LILLE: Misatango par la Cie de danse Julien Lestel

- 17 mars 2019, au Théâtre du Casino d'ENGHIEN: Misatango par la Cie de danse Julein Lestel 
- 16 to 19 mai à CAHORS et TOULOUSE: Tango Credo, de la Grande Messe
- 7-8 juin à CHAMBERY: Tango Credo avec Patrice Rimet
- 19 juillet à BONN (Allemagne): Tango Credo
- 26 juillet à CHAMBERY (non encore confirmé)
- 1 au 9 août 2019 aux Choralies de VAISON LA ROMAINE : Tango Credo, Misatango...)
- 11 au 13 october à AY (51): Misatango