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1 M Pascal dirigeant le choeur WebSaison musicale 2016-2017 du Musée de l’Armée, Paris

Le Jeune Chœur de Paris donne un Requiem de Fauré passionné et exaltant pour le concert inaugural

 

Consacrée aux guerres secrètes et aux musiciens qui y ont participé, la saison musicale 2016-2017 du Musée de l’Armée a débuté, après un hommage à Debussy et Ravel, avec un Requiem de Fauré dont le Jeune Chœur de Paris a donné une fervente version sous la direction passionnée de Maxime Pascal. Des œuvres chorales et instrumentales suivront jusqu’en juin 2017.

 

2 Gal Christian Baptiste WebLa culture contre l’intolérance de Daech. Présenté le 30 septembre 2016 à la Cathédrale Saint-Louis des Invalides, à Paris, le concert du Jeune Chœur de Paris, dont le chef de choeur est Henri Chalet, et de l’ensemble Les Forces Majeures, dirigés par Maxime Pascal, a parfaitement inauguré la saison 2016-2017 du Musée de l’Armée que Christine Dana Helfrich, conservatrice en chef du patrimoine, a dédiée aux guerres secrètes. Un thème en prise avec l’actualité, comme le Général de division Christian Baptiste, Directeur du Musée de l’Armée, l’expliquait en plaçant la saison musicale sous le signe de la résistance au terrorisme: « Le terrorisme a gagné la bataille du tourisme culturel en le faisant reculer, déclarait-il en préambule au concert. Daech détruit tout patrimoine culturel car il est plus facile de réduire en esclavage des personnes lorsqu’elles sont incultes. Nous ne devons pas les laisser faire et c’est pourquoi nous poursuivons nos saisons musicales avec le soutien de nos mécènes car, comme le disait le philosophe Allain, le pessimisme et une humeur, mais l’optimisme est une volonté ».

 

3 ravel soldat WebLa vie plus forte que la mort. Première œuvre jouée : « Clair de Lune », extrait de la « Suite Bergamasque » de Debussy, a mis immédiatement le concert sous le registre des faux-semblants. Le compositeur du pathétique « Noël des Enfants qui n’ont plus de Maison » s’y montre particulièrement léger, tout en clair-obscur que la direction du jeune chef Maxime Pascal, mains nues et voletantes en gestes amples et coulés, rendit avec la délicatesse qui en préserva le mystère. Suivit « Le Tombeau de Couperin », de Ravel, dans sa version orchestrée qui ne comprend que les quatre mouvements des Prélude, Forlane, Menuet et Rigaudon. En rapport direct avec la guerre, puisque le compositeur écrivit cet opus entre 1914 et 1917, alors qu’il servait comme officier dans une compagnie du train pendant la guerre, cette œuvre traite cependant moins du drame mondial qu’elle ne propose des portraits des hommes qui furent ses compagnons d’armes. Même si ceux-ci furent victimes du conflit, aucun des quatre mouvements de l’œuvre n’est triste. On y voit plus le reflet des caractéristiques des différents dédicataires. Le souvenir est vivace et, dans sa direction, Maxime Pascal n’a pas cherché à traduire une quelconque compassion, mais plutôt la fantaisie et la gaieté des hommes qui s’empressent de profiter de la vie dès que le danger s’éloigne. Pétrissant la musique de ses mains, la mimant sous les yeux des instrumentistes, le chef dansa avec l’orchestre qu’il entraîna jusqu’à l’exultation du Rigaudon et sa chute comique. Loin de choquer, cette distanciation mit l’atmosphère guerrière en suspens, univers à part et clos dont chacun tait avec pudeur les secrets.

 

4Maxime Pascal dirigeant le Jeune Choeur de ParisWebFauré en défenseur de la paix. Mais le tribut de victimes que réclame la guerre impose le recueillement et le Requiem de Gabriel Fauré vint alors apporter son réconfort moral. Dédié à « la délivrance heureuse, une aspiration au bonheur dans l’au-delà » comme l’évoquait Fauré en parlant de la mort, son Requiem trouva là sa justification. Exempt de colère divine, il s’avérait idéal ppur évoquer la mémoire des morts et n’en reflétait que davantage la compassion que méritent toutes les victimes des conflits qui secouent régulièrement l’humanité. Ce fut au Jeune Chœur de Paris et à la soprano Amel Brahim-Jelloul et au baryton Vincent Le Texier qu’il revint de rendre ainsi hommage aux disparus connus et inconnus des guerres. Mais sous la direction passionnée et véhémente de Maxime Pascal, le doux Requiem de Fauré se transforma aussi en protestation humaniste et universelle de la jeunesse d’aujourd’hui contre les inutiles hécatombes guerrières. Les tempos, maîtrisés à partir du sens du texte et de l’émotion à transmettre et les voix douces et presque uniformes des jeunes hommes qui planaient à mi-chemin entre le timbre adulte et la voix de l’enfant, teintèrent l’œuvre d’une atmosphère mélancolique. En même temps, la richesse sonore et omniprésente des altos, écho des voix des mères et des femmes frappées par la douleur des deuils terrestres, emplit l’œuvre tandis que les sopranos se faisaient angéliques et compatissantes. Enfin, l’orchestre, doux et plein de retenue, acheva de donner à ce Requiem une dimension tragique inconnue jusqu’alors. L’humble prière se fit supplication, la colère s’arma de révolte et la ferveur devint adoration.

 

5 Amel Brahim Jelloul WebDes solistes remarquables. A leur tour, les solistes élevèrent ce refus général vers l’apothéose. D’abord Vincent Le Texier, avec un « Offertoire » ample et doux comme une protestation d’innocence, puis Amel Brahim-Jelloul dans un « Benedictus » clair et pathétique, aux accents déchirants et qui s’acheva au-dessus de ses mains jointes comme pour une prière. Enfin, Vincent Le Texier, encore, lança un « Libera me » puissant et émouvant que le chœur relança avec un « Calamitatis » virulent, avant que le baryton se confonde avec une humble intelligence dans le « Libera me » implorant et magnifique du chœur. Après cette fervente abjuration du mal, le « In Paradisum » des sopranos ouvrit à tout le public les portes d’un Paradis accueillant et miséricordieux. Impressionné et apaisé par cette absolution finale, le public mit longtemps à se remettre suffisamment pour applaudir. Sans doute méditait-il devant la perspective si proche et si tentante de cet au-delà merveilleux pour lequel quelques pas semblaient suffire pour l’atteindre.

 

6 Dmitri Chostakovitch WebCompositeurs éclairés et agents de l’ombre. S’achevant sur un esprit de rédemption, ce concert n’était pourtant que le premier d’une série qui, d’octobre 2016 à juin 2017, mettra en avant les acteurs ou témoins des guerres secrètes, la guerre de propagande musicale qui se déroula entre l’Allemagne et la France après la défaite française de 1870 et le Centenaire de la Grande Guerre, avec la commémoration toute particulière de la Bataille de Verdun. Dans ce programme de musique presque exclusivement instrumentale, les compositeurs qui ont mené une activité d’espionnage ou de résistance seront à l’honneur. Parmi eux, on notera Chostakovitch, Scarlatti ou le très emblématique Agostino Steffani, dont la carrière musicale pâtit de ses activités de diplomate espion. Enfant de chœur, puis soliste, puis compositeur talentueux d’opéra, mais aussi prêtre, il fut chargé d’espionner l’avancée du luthérianisme en Allemagne du nord et de reconvertir la population au catholicisme. Steffani s’investit tellement dans son action que sa musique sombra dans l’ombre, puis dans un oubli dont elle ne sortit que récemment. En 2012, la mezzosoprano Cecilia Bartoli mena une campagne de réhabilitation par la publication de plusieurs disques, d’abord « Mission » et puis surtout « Stabat Mater »(Editions Decca), un florilège particulièrement séduisant de ses œuvres pour chœur accompagné. Il est dommage que le Musée de l’Armée n’ait apparemment pas prévu quelques-unes de ces pièces dans son programme.

 

7 Dome des Invalides WebAbonnement pour la saison. En même temps que cette thématique, le Musée de l’Armée poursuivra son « Festival Vents d’hiver », consacré aux interprètes d’instruments à vent, sa célébration des Lauréats des Victoires de la Musique classique, en partenariat avec le CIC, ainsi que sa soirée destinées à valoriser, avec le soutien de la Fondation Safran pour la Musique, le talent montant des jeunes musiciens du Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris. Dans ce programme fourni, les amateurs de musique chorale noteront le concert sur la cantate en sept tableaux « Alexandre Nevski », de Prokofiev, le 24 janvier 2017, par l’Orchestre et le Choeur des Universités de Paris (O.C.U.P.), dont Guillaume Connesson est le chef de chœur. Le concert sera, lui, dirigé par Carlos Dourthé, avec Carole Marais en soliste alto. Le 13 juin 2017, ce seront Wagner et Saint-Saëns qui verront leurs chœurs interprétés par le Choeur et Orchestre symphonique de Paris Sciences et Lettres (PSL), sous la direction de Johan Farjot. Depuis cette année, tous ces concerts peuvent être réservés sur abonnement, à prendre auprès du Musée de l’Armée : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou au 33 (0)1 44 42 54 66 .
Michel Grinand