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Le magazine en ligne du chant choral

1 Concert participatif2Musicora 2016 – Bilan

Une édition chorale et hautement technologique

 

En s’inscrivant sous le signe des chœurs et des initiatives groupées, le salon Musicora 2016 a fait bondir sa fréquentation de 23% par rapport à 2015. Les nouveaux venus : chefs de chœur, choristes, fédérations chorales, financeurs d’événements choraux et technologues de masse ont affirmé leur volonté commune de se réapproprier la création musicale par la communication numérique, mais aussi leur capacité à faire de cet objectif une réalité.

 

2 Musicora vision globale WebUn effet de groupe dynamisant. Si l’édition 2016 du salon Musicora fera date, c’est pour l’ambiance fédérative et professionnelle que la présence active des chœurs amateurs ou professionnels et de leurs fournisseurs traditionnels : éditeurs, fédérations chorales, financeurs, compositeurs et technologues, entretint tout au long des trois jours du salon. Que ce soit dans les 175 stands d’exposants, sur les scènes de chant choral, dans les rencontres professionnelles avec les financeurs de l’espace New Deal ou avec les organisateurs d’événements internationaux, 10 240 participants se sont pressés, soit 23% de plus qu’en 2015. Les 34 conférences proposées cumulèrent 1800 auditeurs, tandis que les 30 concerts donnés enregistrèrent 3360 spectateurs et que les 78 ateliers participatifs reçurent 1780 personnes, dont 1550 enfants. Enfin, 421 professionnels se retrouvèrent au Club Pro pour parler de projets collaboratifs. Dans toutes ces rencontres, les chefs de chœur et les choristes étaient souvent en première ligne pour apporter leur énergie, leur créativité et leurs projets. Les éditeurs de musique, comme Delatour, ont reconnu avoir ressenti un élan nouveau avec cette clientèle chorale et Carus-Verlag a profité du partage de son stand avec les Editions A Cœur Joie. Peut-être subjuguée, la CFEM n’a pas hésité à récompenser trois belles œuvres chorales parmi les six Prix qu’elle a décernées aux réalisations des enseignants. Côté nouvelles technologies ou nouveaux modes de financement, les fournisseurs ont également trouvé dans les chefs de chœur et les choristes un public avide d’innovations et de nouveaux modes de communication vers leur public.

 

3 Blum Petitgirard Toubon James Dugaro WebL’économie culturelle au rang des Beaux-Arts. Aussi, dès la conférence officielle d’inauguration, le président de Musicora : Christophe Blum, ressentait-il le besoin de souligner cet élan général en martelant que « le salon Musicora est indispensable en France » et en remerciant tous les partenaires qui faisaient le succès de cette édition. D’autant que, relayait à son tour Laurent Petitgirard, président de la Sacem, ces partenaires avaient suppléé aux incuries de l’Etat et des collectivités où « on n’a jamais connu pareille indifférence et méconnaissance de la musique dans le monde politique ». Jacques Toubon, président de la Fevis et donc familier du potentiel de créativité des collectivités vocales et instrumentales, insistait alors sur l’importance des rencontres nées de l’événement : « Dans ce monde envahi par les nouvelles technologies, ces rencontres entre les professionnels et entre les professionnels et le public sont indispensables pour créer des initiatives communes, ajoutait-il. Elles sont aussi la meilleure manière de pratiquer et d’appréhender la musique. L’économie culturelle est un des Beaux-Arts et doit être considérée comme telle. Le temps est donc venu que ces rencontres augmentent ». Lyrique et passionnée, la chanteuse lyrique Marianne James, marraine du salon, portait le débat à l’échelle nationale en proclamant : « On ne peut être une grande nation sans avoir un salon de la musique ».

 

6 4 CORTI2 Blaise Adilon WebNicole Corti, Spirito

« Le chant collectif est un lien social »

 

Chanter en chœur ouvre les cœurs. Accoutumés à gérer leurs troupes, les chefs de chœur ont une conscience aiguë de l’intérêt de la diversité au sein d’un chœur, mais aussi de l’impact du chant collectif sur leurs choristes et le public. Pour eux, le rôle sociabilisant du chœur est indéniable et ils se sentent investis d’un devoir « politique » de communication, comme l’explique Nicole Corti : « En survalorisant l’individualisme, notre société occidentale dilue aujourd’hui le lien social, explique-t-elle. Du coup, nous manquons d’unité dans la parole collective et cette place vacante est aujourd’hui occupée par les pensées extrémistes et sectaires de tous bords. Mais en chantant en groupes variés des compositeurs différents, les chœurs se font naturellement les chantres des différences et de l’altérité, affirmant que l’écoute de l’autre et la réunion des individualités nourrissent le collectif. Je pense donc que la voix collective doit rappeler des choses aussi fondamentales que le respect de l’autre et réoccuper sa place dans la société pour recréer un lien social basé sur la tolérance et l’altérité ». Ajoutons à cela que les chants les plus beaux sont souvent ceux qui sont pétris d’universalité.
MG

Affaires de chœurs. Mais les chefs de chœur n’avaient pas attendu ces conseils pour les mettre en pratique. Ainsi, Emmanuelle Dubost, chef de Chœur en Scène, trouvait dans les rencontres minutes des Speed Meetings de l’opération New Deal la sécurisation du financement de son prochain spectacle : « Tu n’as rien vu à Ougarit », composé par Zad Moultaka et qui sera présenté dans la salle Paul B de Massy (91) le 2 juin 2016 à 20h30. Léo Warynski, chef du chœur Les Métaboles, évoquait le « Sacré Banquet Pascal » que, dans leur série des « Dîners insolites », Les Métaboles donneraient le 14 avril dans l’église des Dominicains de Guebwiller, en Alsace. Sur le plateau des rencontres internationales, Julie Rangdé, Administratrice de l’ensemble Doulce Mémoire, et l’ensemble Mora Voces se côtoyaient pour assurer leur promotion auprès des festivaliers, tandis que Nicole Corti, Directrice artistique de Spirito et chef du chœur Britten, invitait ses interlocuteurs chefs de chœur à reprendre possession de la voix collective pour lutter contre les sectarismes qui menacent le monde (voir interview). Dans les allées, les choristes professionnels du chœur Emelthée croisaient les amateurs de Vocalitas et le très attendu « concert participatif » mené par Marianne James, marraine de Musicora 2016, le dimanche 7 février, fut un allègre rassemblement de voix déjà formées et lyriques.

 

5 Marianne James bras levéWebTout un potentiel choral encore à exploiter. Pour sa 27ème édition, le salon Musicora a donc montré la volonté de ses acteurs et de son public de revendiquer leur prédominance dans la création musicale et chorale à travers deux mouvements: la fédération des acteurs autour d’objectifs communs, qu’ils soient culturels ou financiers, et l’usage grandissant du numérique pour toucher le public. Dans cet élan, les troupes du chant choral ont surpris le monde feutré de la musique instrumentale par leur potentiel d’action, leur dynamisme et leur professionnalisme. Leur engagement fut à l’image de ce « concert participatif » que les organisateurs avaient conçu comme un simple cours de chant et que les choristes transformèrent en un concert géant improvisé. On ne pouvait mieux démontrer la force de leur collectif et on attendra avec impatience l’édition 2017 de Musicora pour constater les avancées du secteur musical grâce aux acteurs du chant choral.
Michel Grinand