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all-saints11 janvier 2015 : Je suis Charlie

Le souvenir des disparus reste vivace à travers les chœurs

 

La mémoire fait revivre les instants liés aux disparus de Charlie Hebdo. Les milliers de manifestants qui défilent ce 11 janvier dans les rues françaises clament par leur présence que Charlie Hebdo ne disparaîtra pas. Avec la musique et les chœurs de leurs Requiem, Georges Migot (1891-1976) et, avant lui, Jean Gilles (1668-1705) ont œuvré à donner au souvenir des morts l’architecture et la facture musicales qui le rendront inoubliable et cher à ceux qui en sont riches.

 

La mort est un autre monde bâti sur les fondations de celui-ci. La guerre semble loin, en 1953, lorsque Georges Migot achève son Requiem. La période des Trente Glorieuses débute et, même si le compositeur l’écrit pour pleurer ses parents décédés, cette période semble totalement réconciliée avec l’humanité. L’œuvre chorale exprime une conception de la mort faite de confiance et de sérénité. Elle est d’ailleurs confiée aux seules voix puisqu’elle est écrite a cappella. Le compositeur y développe une vision esthétique personnelle à partir d’une inspiration grégorienne : « l’écriture vocale, dira Georges Migot, dresse une sorte d’architecture qui évoque l’élévation gothique ». Le compositeur a écrit sous la vision d’une nef gothique créant une sensation d’ampleur, d’espace et d’immatérielle légèreté. L’ensemble apparaît comme un flot mélodique ininterrompu que gonfle une puissante ferveur. Malheureusement, boudé comme tant d’autres par la mouvance du sérialisme, le compositeur verra son Requiem rester globalement ignoré du grand public. Dommage, car Georges Migot aimait véritablement mettre en valeur les charmes vocaux des chœurs.

 

GillesRegrets éternels. En 1705, est donné le Requiem de Jean Gilles (1668-1705) pour ses propres funérailles. L’œuvre est néanmoins antérieure et n’avait pas été destinée à cet hommage autoproclamé. Mais il semble que le compositeur n’ait pas trouvé d’interprètes et/ou de mécène pour la faire jouer auparavant. A peine interprété, ce Requiem séduit pourtant le public français du 18e siècle, qui le réclame jusqu’à la fin du siècle, quand se produira la bascule du classicisme vers le romantisme annoncé par les Requiem de Mozart et Cimarosa. Il faut dire que, répondant au goût de son époque, Jean Gilles a mis dans son Requiem l’emphase et la théâtralité goûtées alors à Versailles. L’œuvre suscite ainsi le recueillement par la solennité donnée à l’événement et par la réflexion sur la vie qu’elle entretient. Elle nourrit avec tact le regret de la perte de l’être cher. Aujourd’hui encore, ce Requiem touche au cœur son auditoire, méritant bien le titre, avec le « Diligam te » du même auteur, le titre d’œuvre maîtresse de Jean Gilles. L’interprétation qu’en donne la Chapelle Royale, dirigée par Philippe Herreweghe, est exemplaire.
Michel Grinand