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Durufle10 janvier 2015, Je suis Charlie

Les chœurs prônent l’espérance avec Duruflé et l’hommage avec Richafort

 

Au lendemain de la mort des agresseurs de Charlie Hebdo, dans une mise en scène médiatique et macabre qui rappelle le fanatisme des Assassins du Vieux de la Montagne, Avantchoeur.com répond aux barbares par le Requiem de Duruflé, acte d’espérance et par celui de Richafort, dédié depuis la Renaissance au génie humain, en hommage aux morts de Charlie Hebdo.

 

Croire en la paix. En 1947, c’est au tour de Maurice Duruflé de faire paraître un Requiem qui fera date. Le compositeur tourne la page de la guerre et il écrit une œuvre pour « représenter l’idée de l’apaisement, de la foi et de l’espérance », explique-t-il. Pour autant, il fait preuve d’originalité en écrivant une Messe pénétrée du style particulier des thèmes grégoriens. De ce fait, ce Requiem fait la part belle au chœur, laissant à l’orgue un rôle d’accompagnement. L’œuvre est généralement très prisée des chœurs e les solistes y ont de belles pages. Son caractère serein se nourrit de voix douces et mélodieuses qui évoquent la mort comme un repos éternel, loin d’un monde réel par trop brutal. C’est pour cette raison qu’on le rapproche souvent du Requiem de Gabriel Fauré, tout aussi empreint de douceur. D’ailleurs, en 1998, le chef Myung-Whu Chung enregistre les deux Requiem sur le même disque (éditions Deutsche Grammophon), avec la complicité de la mezzo-soprano italienne Cecilia Bartoli, du baryton gallois Bryn Terfel et du Chœur et de l’Orchestre dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia. Comme pour traduire la sérénité qui emplit les deux oeuvres, le disque s'intitule: In Paradisum. Nul doute que les victimes de l'attentat contre Charlie Hebdo s'y trouvent déjà. 

 

Requiem-RichafortHommage au génie humain. Ramené de la Renaissance dans notre actualité par le Huelgas Ensemble de Paul Nevel (enregistrement de 2000), le Requiem à 6 voix de Jean Richafort (1480 – 1547), in memoriam Josquin Desprez, est une merveille de recueillement et de douceur, en particulier l’Introitus et le Kyrie. Il faut dire que l’œuvre est tout entière empreinte de l’admiration que portait Richafort pour le génie musical de Josquin Desprez. C’est en partie pour cela que l’œuvre ne comprend pas de « colère divine », ce qui en renforce l’effet de sérénité. Elle s’appuie aussi sur deux Cantus firmi qui réapparaissent régulièrement dans toutes les parties du Requiem, conférant à celui-ci la richesse de canons de toute beauté. Heureux les chœurs qui l’interprètent car il fait du bien à l’âme et je ne saurais trop le recommander à ceux qui ne le connaissent pas. Il est fait pour célébrer les grandes âmes disparues.


Michel Grinand