AvantChœur.com

Le magazine en ligne du chant choral

funerailles-messe-defunt articleAttentat terroriste du 7 janvier 2015

Douze Requiem (et plus) pour Charlie Hebdo

 

Le 7 janvier 2015, des terroristes ont assassiné les principaux membres du magazine Charlie Hebdo dans le but de museler la presse. Mais cela aura été vain. Parce qu’Avantchoeur.com est un magazine de presse et que les chœurs ont rendu hommage aux victimes de l’attentat, Avantchoeur.com déclare être lui aussi Charlie. En réponse aux barbares, Avantchoeur.com publiera chaque jour dans ce dossier un nouvel article sur ces Requiem contemporains qui se multiplient depuis 70 ans pour prôner la paix des hommes et la paix des âmes. Un jour pour chaque victime de l’attentat.

 

Douze. Douze victimes, comme les douze notes du dodécaphonisme auquel les chœurs se confrontent parfois et envers lequel ils ressentent la même distance et la même familiarité que celle qui lie les Français à ce magazine si singulier qu’est Charlie Hebdo : passion pour quelques-uns ; curiosité, pour certains ; étonnement pour beaucoup ; respect pour tous. Les leaders du magazine satirique avaient le don rare de condenser le rôle premier de la presse : être le miroir de la société. D’où leur refus des concessions économiques et des subventions d’Etat qui dévoient le jugement. D’où aussi leur volonté de se limiter au témoignage. Un journaliste doit être un observateur impartial capable de montrer en chaque acte sa part de beauté et sa part de laideur. Ainsi le discours de chaque lecteur peut-il s’approfondir et se nuancer de l’apport de l’autre.

 

Grande-Messe-des-Morts-de-BerliozDouze Requiem et plus. C’est ce que ne comprennent pas les assassins de journalistes à travers le monde et dont le discours restera à jamais sans fondement. A l’inverse, la disparition brutale des journalistes Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré, Bernard Maris, Mustapha Ourrad, Elsa Cayat et de tant d’autres à travers le monde fait de ceux-ci des martyrs dont le souvenir est déjà inscrit dans la mémoire collective. Leur engagement et leurs parcours sont pour tous des leçons d’humanité et d’altruisme. Ils méritent notre hommage posthume, puisque même leur mort nous a ouvert les yeux sur nos contradictions. Et comme Avantchoeur.com chante de tous ses chœurs, dédier aux disparus ce dossier sur ces Messes des Morts qui sont nées ces dernières années et que des chœurs ont chanté ou pourront chanter en leur souvenir nous a paru être le meilleur hommage que des journalistes vivants pouvaient rendre aux journalistes morts. Qu’ils reposent dans la paix qui a toujours été la leur.
La Rédaction

Les 12 victimes de l’attentat :

Stéphane Charbonnier, dit Charb, directeur de Charlie Hebdo
Jean Cabut, dit Cabu, dessinateur
Bernard Verlhac, dit Tignous, dessinateur
Georges Wolinski, dit Wolinski, dessinateur
Honoré, dessinateur
Elsa Cayat, chef de rubrique
Mustapha Ourrad, correcteur

Bernard Maris, journaliste économique
Frédéric Boisseau, agent de maintenance
Franck Brinsolaro, policier
Ahmed Merabet, agent de police
Michel Renaud, Organisateur de la biennale du Carnet de Voyage de Clermont-Ferrand

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 

Requiem-Tomasi9 janvier 2015 : Chœurs et Paix

Les Requiem de nos contemporains militent pour la paix

 

Bien que Messes pour les Morts, les Requiem écrits par les compositeurs des 20e et 21e siècles chantent pour étouffer toutes les violences sous le tissu serré des voix unies par le chœur. De l’appel à lutter pour la paix au rappel que la vie n’est qu’un passage entre deux inconnues sublimées, ces Requiem sont écrits pour édifier les vivants et s’inscrivent tous comme des Messes pour la Vie.

 

Mettre fin aux guerres. Signe de temps violents ou de l’inquiétude des hommes vis-à-vis de la mort, l’écriture de Requiem est revenue en force dans le paysage musical et choral mondial depuis la Seconde Guerre Mondiale. Auparavant, de grands compositeurs avaient montré l’exemple, comme Mozart, Berlioz, Verdi, Fauré ou Dvorak, mais il est clair que les compositeurs du 19e siècle s’intéressaient davantage à la musique instrumentale que chorale à laquelle, en tant que Messe consacrée aux Morts, un Requiem appartient. En outre, le texte convenu oblige le compositeur à s’exprimer sur la seule forme, ce qui n’est pas simple. C’est sans doute pourquoi le choc psychologique créé par la disparition de dizaines de millions de morts et par l’avènement de l’arme nucléaire a ramené l’homme vers ses frères pour exprimer sa compassion. Les compositeurs le feront mais, 20e siècle oblige, avec la volonté propre à leur époque de faire preuve d’originalité. Dès 1945, le Français Henri Tomasi, corse de Marseille pétri de cosmopolitisme, publie son Requiem pour la Paix. A la fois recueillie et désespérée, cette Messe se distingue d’emblée par l’usage de cuivres violents qui viennent régulièrement rompre la mélodie sereine des voix et des cordes. Elle reflète encore le récent combat mondial. Le compositeur veut croire à la paix, mais les événements s’y opposent et l’on ne sait plus si c’est la paix ou la guerre que l’on enterre. L’œuvre, rééditée en 1996 par le Chœur régional Provence-Alpes Côte d’Azur, le Chœur départemental des Alpes Maritimes et l’Orchestre Philharmonique de Marseille, dirigés par Michel Piquemal, est magistrale et injustement méconnue. Elle est sans doute le chef d’œuvre d’Henri Tomasi, qui a montré à maintes reprises son talent de compositeur pour la voix dans des opéras, des œuvres chorales et des mélodies.

MG