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1 Salut final sans reverence WebGrand Prix Européen de chant choral - Florilège vocal de Tours 2015

Un combat de titans pour un vainqueur bien austère

 

Malgré les prestations spectaculaires des chœurs est-européens, c’est l’austère chœur de l’Université de l’Utah qui a remporté le 27ème Grand Prix Européen de chant choral à Tours. Sa rigueur vocale, sa stratégie habile et prudente et son expérience du concours lui ont assuré la victoire, même si celle-ci a manqué de panache. Dommage pour l’esprit de fête.

 

2 Valeria Szebelledi salue au milieu de ses choristes Web

 

Un choc de cultures différentes. Nous l’avions annoncé dans notre article de présentation du concours : en alignant les vainqueurs des Grands Prix d’Arezzo, Debrecen, Tolosa et Varna, le Grand Prix opposerait des chœurs tellement différents qu’il ne pourrait en résulter qu’une joute vocale sans merci dans laquelle tous les atouts seraient jetés. Première différence, quatre chœurs est-européens : les ensembles vocaux ukrainiens Oreya et Glier Institute, le chœur roumain Cantores Amicitiae et le chœur hongrois Magnificat Youth Choir affronteraient un unique concurrent occidental, à savoir le chœur de chambre de l’Université du Utah (UUCC), venu des Etats-Unis. S’ensuivrait naturellement un choc entre deux cultures chorales. A cette opposition s’ajouterait celle qui existe entre les chœurs de même nature, mais également entre les chœurs mixtes et les ensembles vocaux à voix égales, le Magnificat et le Glier Institute ne comprenant que des voix féminines. De plus, chaque chœur souhaitant présenter des chants traditionnels, le talent des compositeurs nationaux départagerait aussi les concurrents.

 

2 Oreya demi cercle Alex Vatsek bras levés WebUn combat chœur à chœur. La réputation des chœurs pèserait également sur les échanges, en particulier entre le chœur Oreya, riche de nombreux prix, et l’UUCC, déjà vainqueur du Grand Prix Européen sous la battue du célèbre chef américain Brady Allred, lequel avait aussi été membre du jury du Florilège 2014 lorsque celui-ci avait consacré l’UUCC. Le programme des œuvres présentées, laissé au libre choix des coryphées, pourrait aussi s’avérer fatal, tant par sa difficulté que par les langues d’interprétation, chaque chœur devant présenter au moins quatre œuvres d’époques et de natures différentes et écrites par différents compositeurs, dont un compositeur français encore en activité. Enfin, la durée de la prestation, entre 22 et 28 minutes et l’heure de passage, comprise entre 20h00 et 22h00, pèseraient dans la balance, les voix perdant de leur brillant avec la nuit. Dans cette compétition, les chœurs s’opposèrent sans doute deux à deux, même si cela ne parut pas évident au public. Le chœur roumain, lui, joua de toutes ses différences pour se distinguer de tous les autres.

 

3 Magnificat WebMagnifique Magnificat. Le chœur féminin Magnificat Youth Choir, élégant dans ses robes couleur émeraude chatoyantes, eut le difficile privilège d’ouvrir la compétition. Devant une salle comble, il le fit avec brio. Sous la battue énergique de Valeria Szebellédi, il débuta sur un Exultate justi in Domino, de Gallus (1550-1591), chanté d’une voix douce et s’achevant sur un captivant crescendo. Le Meerfey, de Robert Schumann, ayant bien homogénéisé leurs voix, les jeunes femmes donnèrent un Laudate Dominum, du Hongrois Levente Gyöngyösi (1975), superbe de nuances, dans lequel un tambourin rythma des accelerando et des crescendo à donner le frisson. Le Stabat Mater, de Peter Töth (1965), démontra la belle technique vocale du chœur avant que le Northern Lights (Lumières du Nord, soit l’aurore boréale) d’Ola Gjeilo plongeât le public dans un rêve éveillé par le truchement de sons filés interminables et hypnotiques émanant d’un chœur à la douceur infinie.

 

Jean Christophe Rosaz3 WebUn bouquet de jeunes filles pour Rosaz. Le joyeux « Garda toun Boun tèin », du Français Jean-Christophe Rosaz, compositeur imposé du Florilège 2015, réveilla alors l’auditoire de son rythme occitan, de ses battements de pieds et de main qui s’achevèrent sur un gracieux tableau des jeunes filles aux bras levés. Levente Gyöngyösi revenait alors au programme pour un final sur Sicut Cervus, œuvre de douceur qui entretint un étonnant dialogue entre les sons aigus et les bourdons, les sons filés et les decrescendo. Captivé, le public rompit son silence extatique par une ovation qui révéla sa joie de profiter d’un tel niveau de qualité chorale. Le Magnificat Youth Choir avait fait, semble-t-il, un sans-faute, ce qui valut au public d’assister au spectacle de la chef de chœur Valeria Szebellédi applaudissant son propre chœur avant de s’insérer au milieu de ses choristes pour saluer le public. La compétition commençait très fort et l’auditoire frémissait d’impatience à entendre la suite.

 

5 Oreya début en groupes WebOreya, un chœur dans tous ses états. Dès son entrée sur scène, le chœur Oreya enthousiasma le public en plaçant la barre très haut. S’agençant en quatuors et quintets à travers l’espace scénique, les 34 choristes ukrainiens, dirigés par Aleksander Vatsek, débutèrent par un Regina Caeli Laetare, de Victoria (1540-1608) magnifique, l’Alleluia faisant vibrer les fibres les plus sensibles de la foi. Si, pour l’Ave Maria de Bruckner (1824-1896), Oreya reprit la disposition traditionnelle en rangs, ce fut pour mieux surprendre son monde en se scindant ensuite en trois chœurs, dont deux petits éloignés en fond de scène pour interpréter deux extraits des Three Church Choirs, du compositeur russe Alfred Schnittke (1934-1998), que notre lectorat connaît pour son Requiem Rock, stupéfiant de modernité. Démarrant pianissimo, puis forte, les ensembles vocaux entamèrent un dialogue avec le chœur majeur, échangeant les nuances avant de réintégrer le chœur d’un pas égal tout en chantant. Le chœur Oreya inaugurait ainsi l’introduction de solistes dans ses rangs.

 

6 Oreya Schnittke 1 WebDu hibou au bourdon. Avec le Stabat Mater Dolorosa, de Trond Hans Kverno (1945), les choristes s’organisèrent en V, les femmes à gauche, les hommes à droite. Les basses profondes des hommes et les suraiguës des femmes se croisèrent alors au-dessus du chœur chantant en sourdine, en un fascinant mélange de douceur et d’émotions. Le compositeur français Thierry Machuel (1962) fut alors à l’honneur, avec une subtile interprétation de son Hibou, chanté en avant-scène par un quatuor tandis que le chœur bourdonnait en arrière-plan, tout bruissant des sons d’une sauvage nature. Poursuivant sur le thème des sons évocateurs, Oreya présenta alors le Jesu Dulcis Memoria, d’Ivo Antognini (1963), dans lequel l’alternance de sons chuintés et de trilles se maria idéalement avec un rythme un peu jazzy. Redoublant d’audace, Oreya entonna alors le Marie, de Francis Poulenc, dans un français parfait et pour une interprétation nostalgique à souhait. Comme un pied de nez aux rigueurs de la compétition, le chœur acheva sur son comique Vol du Bourdon, arrangement du morceau de Rimsky-Korsakov dans lequel on imagine qu’un bourdon perturbe le chœur jusqu’à le désorganiser en une masse enchevêtrée alors qu’il s’enfuit en un dernier vrombissement moqueur. Epaté et riant aux éclats, le public salua la performance du chœur Oreya d’une longue ovation et de trépignements ravis.

 

7 Amicitiae WebComédies enfantines. Visiblement ravis de participer au Grand Prix Européen, les choristes du Chœur Cantores Amicitiae donnèrent une image de jeunesse en proposant un programme dans lequel l’humour le disputait à la querelle d’amour et où la pantomime rejoignait le chant. Débutant sur un « Io mi son giovinetta », de Monteverdi (1567-1643), ludique et minaudier, les jeunes choristes poursuivirent avec un « Locus Iste », d’Anton Brückner (1842-1896), rayonnant de bonheur. Avec Sabin Pautza (1943), on entra dans une série de compositions roumaines faisant la part belle au théâtre. Les voix belles et fraîches se firent plus criaillantes pour, avec force mimiques et de jeux de scène, signifier une querelle entre les jeunes filles et les garçons, querelle à laquelle le chef de chœur Nicolae Gisca se prêta en jouant les juges de paix.

 

8 Amicitiae WebUn voyage inattendu dans une Transylvanie fruste et passionnée. « La Fleur Bleue », de Vasile Spatarelu (1938-2005), introduisit un intermède champêtre sur lequel domina une très belle voix soliste de soprane, avant que « Ritual pentru setea pamantului », de Miriam Marbé (1931-1997) douche le public par une ambiance glacée de château des Carpathes. Comme hantée de fantômes, la pièce mêla à un chant trivial des plaintes et des cris de colère qui firent entendre au public médusé la tradition des montagnes sauvages et des profondes vallées d’une Roumanie passionnée et brutale. C’est sur la note plus gaie du champêtre « Bimba », du français Benoît Menut (1977), que les Cantores Amicitiae achevèrent leur prestation. Malheureusement, l’énigmatique langage imaginaire de la partition, composé d’un mélange d’hindi, de latin, d’italien et d’onomatopées, n’invita pas le public à participer à la fête, aux cris de joie et aux battements de pied. Et, comme pour les chants roumains, tout aussi incompréhensibles pour lui, il resta insensible aux différents jeux de scène du chœur. Or, l’humour non compris laisse particulièrement froid et le chœur roumain quitta la scène sur un sentiment de rendez-vous manqué.

 

9 Utah University Web1La rigueur américaine. Comme averti de ce loupé, le University of Utah Chamber Choir (UUCC) entra sur scène d’un pas martial pour s’installer en demi-cercle sur l’avant-scène. Leur chef, Barlow Bradford, les suivit à distance, le visage barbu et plus émacié qu’en 2014. Formant un ensemble compact, dont le sérieux était renforcé par la tenue anthracite et l’absence de toute partition, le chœur américain débuta sur une valeur sûre : le Notre Père (Otche Nash), de Nikolai Golovanov (1891-1953), qu’il avait déjà interprété dans son programme libre de 2014, lorsqu’il avait gagné le Grand Prix de Tours. Cette entrée en matière, grave mais magistrale, mit en confiance les choristes et en appétit l’auditoire, qui se mit à espérer un envol vers la lumière. Peine perdue, le morceau suivant s’avéra particulièrement sombre : « Fragmentos de Agonia », poème de Federico Garcia Lorca sur une musique d’Einojuhani Rautavaara (1928). Celui-ci rapporte les souffrances des milliers de mineurs des mines d’argent hispaniques. Sur un fond de murmures grandissants, des basses profondes scandèrent la dureté de la condition ouvrière, jusqu’à ce que les femmes, conduites par une belle mezzo-soprano, apportent leurs pleurs face à l’inéluctabilité des choses. Totalement impliqués, le visage tendu vers leur chef, les jeunes choristes américains achevèrent l’agonie de ce peuple sur un crescendo impressionnant. Les hispanophones, cependant, peinèrent à reconnaître leur langue dans ce chœur solide et puissant, mais à l’accent trop américain.

 

10 UUCC gros plan WebLe péché originel. A l’amertume de ce constat d’inhumanité, succédèrent deux œuvres sacrées implorant le pardon divin. Le magnifique et célèbre « Libera nos, Salva nos », de John Sheppard (1515-1559), éleva ses sept voix éthérées vers un ciel de pardon, suivi peu après par le suppliant « Erbarme dich Unser » (Prends pitié de nous), de Wolfram Buchenberg (1962). Pièce contemporaine, cet air à huit voix n’en vibrait pas moins d’une ferveur profonde, ferveur que rendit particulièrement la belle voix de la soliste sur le bourdon du chœur. Ces deux airs mirent aussi en valeur l’homogénéité et la solidité du chœur américain, mais également sa diction incontestablement nord-américaine. Suivit alors le Requiem Aerternam (II) du Requiem d’Herbert Howells (1892-1983), écrit pour deux chœurs mixtes. Cette pièce, qui traduit la réconciliation du compositeur avec son dieu, est certes belle, mais elle sonna un peu platement par rapport aux airs précédents. Peut-être cela venait-t-il de la fatigue due à l’heure tardive. En outre, elle ramenait le chœur dans un univers sombre.

 

Thierry Machuel sept14 WebLa sombre nuit américaine. De fait, les pièces suivantes furent « Brass Spittoons et « Dream variation», des extraits de « Dark like me », œuvre à six voix du français Thierry Machuel (1962), évoquant la dure condition noire américaine des années soixante. Un autre cheval de bataille de l’UUCC, puisqu’il l’avait aussi donnée en 2014. Mais là encore, la fatigue dut se faire sentir car les voix ne sonnèrent pas aussi glorieusement que dans le souvenir qu’elles avaient laissé en 2014. Le chœur universitaire acheva alors sa prestation sur le « Keep your splendid silent Sun » de Barlow Bradford lui-même, sur un texte de Walt Whitman. Une pièce à quatre voix très américaine, mais à la modernité évidente qui, ce jour-là pourtant, sonna pauvrement comme un air de comédie de Broadway. Sans doute surpris par ce changement de ton, le public laissa partir les jeunes américains sur des applaudissements polis. Pourtant, l’UUCC avait entraîné son auditoire dans un parcours de très haute technicité et dans un programme narratif dans lequel se lisait le trajet de l’humanité, depuis sa lutte contre ses péchés jusqu’à sa rédemption. Mais, après les couleurs du chœur Magnificat et d’Oreya, il n’en paraissait pas moins lugubre. En outre, le public avait bien saisi qu’en s’installant sur l’avant-scène, l’UUCC recherchait moins son contact que le fait de se rapprocher du jury. Le programme sans concession gestuelle ou visuelle pour les spectateurs en avait témoigné.

 

12a Glier WebUne relance difficile. Dernier concurrent, le Glier Institute of Music de Kiev eut d’ailleurs du mal à ramener le public au plaisir purement choral. Les voix des jolies choristes étaient belles, avec d’étonnants sons graves pour un chœur féminin, mais soit que l’auditoire était resté marqué par la lourde atmosphère créée par les Américains et par leur présence en bord de scène, soit que les jeunes filles peinaient à trouver leur allant à cette heure tardive, la première partie de leur prestation parut trop sage et distante. Sa position en rangs et en fond de la scène marquait une distanciation physique palpable. Ainsi, malgré la direction impérieuse et précise de sa chef de chœur Galyna Gorbatenko, le pourtant très beau « Slava Otsu i Synu » d’Iryna Aleksiychuk (1967) passa presque inaperçu. De même pour le « Duo Seraphim » de Victoria (1548-1611), qu’on est plus accoutumé à entendre donné par un petit ensemble vocal que par un chœur de 30 jeunes filles et qui avait pourtant fait le succès du Glier à Tolosa. Quel dommage car, du fait du nombre de choristes, le Glier le fit résonner magnifiquement comme un chœur de cathédrale. Mais il ne reçut de polis applaudissements.

 

13 Glier WebSursaut national. C’est avec les accents romantiques du « Wassermann », de Robert Schumann (1810-1856), puis avec l’Ave Maria de Cesar Alejandro Carillo (1957) que le public prit la mesure de ce chœur exceptionnel. Du coup, « Les Angelus », de Claude Debussy (1862-1918) s’éclaira magnifiquement, même si le texte resta trop peu compréhensible. L’air champêtre « Garda toun boun tèin », de Jean-Christophe Rosaz (1961), introduisit avantageusement, par son rythme populaire et sa belle facture, les chants typiquement ukrainiens et très dansants d’Hanna Havrylets (1958) et d’Iryna Aleksiychuk. Sous la battue vive de la coryphée Galyna Gorbatenko, le public, ravi, assista alors à la transformation du concours en une fête populaire exotique dans laquelle la qualité des voix le disputa à la justesse de la chorégraphie et il ne bouda pas son plaisir. Bel et bien captivé, il ovationnait en fin de concert les jeunes choristes ukrainiennes. Le Grand Prix Européen s’achevait ainsi en apothéose. Ne restait plus qu’à dévoiler le vainqueur.

 

14 Sebastien Durand président du Florilège et Didier GirauldonUne cérémonie trop brève. Le règlement le stipulait : aucun classement ne serait précisé. Il n’y aurait qu’un vainqueur, auquel serait remis le trophée. Les autres chœurs ne recevraient qu’une réduction de ce trophée, ainsi qu’un certificat de participation. Sans explication, la désignation du lauréat s’effectuant par le biais d’une machine comptabilisant les bons points attribués par le jury. De ce fait, le public eut à peine le temps de s’impatienter. Devant les représentants des villes participantes au concours : Arezzo, Debrecen, Tolosa, Tours et Varna, le président du jury Gabriel Baltes annonça sans fioriture que le vainqueur était le Chœur Universitaire de l’Utah, dirigé par Barlow Bradford. La surprise empêcha presque le public d’applaudir le vainqueur. Après deux heure trente d’écoute de la plus impressionnante soirée chorale jamais entendue à Tours depuis six ans, donnée par cinq des meilleurs ensembles choraux amateurs du monde, c’était le chœur le moins charismatique qui l’emportait. Le chef vainqueur, Barlow Bradford, ne semblait pas y croire lui-même, ni d’ailleurs ses choristes, dont on n’entendit pas les traditionnels cris de sioux auxquels se complaisent les nord-américains pour fêter leurs succès.

 

15 Loic Pierre juréWebExplications de verdict. Certains membres du jury se sentirent obligés de justifier ce verdict : « Le calcul de la machine ! » prétendirent-ils, comme si celle-ci avait rendu un constat qui les étonnait eux-mêmes. Parlant pour son seul compte, Loïc Pierre nous confia l’analyse la plus sensée : « Mon avis personnel est que le chœur de l’Utah avait le programme le plus difficile, mais aussi le plus équilibré, déclara-t-il. Il a pris des risques en chantant des œuvres à 6, 7 ou 8 voix ou une œuvre jamais donnée, comme Fragmentos de Agonia, de Rautavaara, avec la qualité d’un chœur symphonique. Reprendre les pièces de Thierry Machuel était aussi périlleux, car elle est difficile, mais la technique était impeccable. De son côté, le chœur Oreya a donné un magnifique Hibou, de Machuel, et étonné sur les pièces d’Alfred Schnittke, mais certains de ses choristes ont fait des fautes de notes et cela est fatal ». A cela nous ajouterons le commentaire d’Alain Louisot, chef lauréat du Florilège en 2007 et qui, déjà en 2014, nous avait confié au sujet de l’UUCC : « Son effectif offre le meilleur équilibre vocal. Dès que je l’ai vu, j’ai su qu’il allait gagner». En 2015, le chœur américain était toujours aussi bien structuré, ce qui lui valut sans doute son succès.

 

16bis lauréatsRegrets. Il est dommage, cependant, que le jury n’ait pas divulgué les points forts ou les notes moyennes retenus pour chaque chœur. Cela eût suffi à expliquer le verdict au public. Convié à une fête en sons et lumières, ce dernier avait assisté au triomphe d’un chœur de techniciens qui ne s’est pas occupé de lui et qui s’est concentré sur ses œuvres difficiles et sévères. En cela, l’UUCC n’est pas représentatif de ce que le public européen attend du chant choral aujourd’hui. Alors que le spectacle vivant prime sur la performance technique et que le chant choral peine à se faire une place dans le cœur du grand public, il nous paraîtrait raisonnable d’inclure dans les critères d’appréciation d’un concours choral, prestation éminemment socio-culturelle, la capacité d’un chœur à enthousiasmer son auditoire. Ou, comme on a distingué la danse sur glace du patinage artistique, de doubler le concours technique d’un concours spectacle. Dès qu’il s’agit d’un spectacle public, la qualité d’un chœur ne peut se limiter à la dictature de la simple note. Sans quoi, rien d’innovant, rien d’étonnant ne peut en ressortir et le résultat laissera toujours des regrets. On pense, bien sûr, au spectaculaire chœur Oreya, que son audace scénique a desservi, mais aussi au Magnificat Youth Choir qui avait si bien donné le ton du concours.
Michel Grinand

11 JuryLes membres du jury et leurs choix

 

Le jury était capé et international. Il comprenait les Français Gabriel Baltes (président du jury), Loïc Pierre (chef du chœur Mikrokosmos), François Bazzola (chef du chœur Consonance), l’Américain Eric Banks (compositeur et coryphée de The Esoterics), le Russe Sergueï Ekimov (chef de chœur et compositeur), le Norvégien Ragnar Rasmussen (professeur de direction de chœur), la Slovène Karmina Silec (chef du chœur Carmina Slovenica), la Singapourienne Jennifer Tham (chef du chœur Singapore Youth Choir) et le Hongrois Mihaly Zeke (chef du chœur de l’opéra de Dijon et du chœur Arsys Bourgogne). Chacun d’eux a attribué ses notes sans concertation avec les autres et c’est l’ordinateur qui a désigné le vainqueur en faisant la moyenne. Une décision totalement objective, mais qui laisse peu de place à l’imagination, à l’évolution des goûts et à l’émergence de nouvelles pratiques. MG