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1Le choeur de Radio France WebConcert de Paris 2015 – compte-rendu

Les chœurs enflamment la fête du 14 juillet

 

Avec huit interventions chorales et deux duos, la polyphonie a eu la part la plus spectaculaire du Concert de Paris et du feu d’artifice du 14 juillet 2015. Un spectacle qui a d’ailleurs confirmé toute la pertinence qu’il y a à fêter la Révolution française depuis la Tour Eiffel et le cœur de Paris.

 

Un rendez-vous attendu. Les 500 000 spectateurs attendus étaient bien présents au pied de la Tour Eiffel pour assister au 3ème Concert de Paris, le 14 juillet 2015. Organisé par la Mairie de Paris, France Télévisions, Radio France et la Société Electron Libre Productions, filiale du groupe Lagardère Entertainment, il réunissait l’Orchestre National de Paris, le chœur et la Maîtrise de Radio France et plusieurs artistes de renommée internationale sous la direction du chef Daniele Gatti pour un spectacle où la polyphonie eut la vedette avec dix interventions sur dix-huit numéros. Un feu d’artifice préparé par Christophe Berthonneau, directeur artistique du Groupe F et tiré depuis la Tour Eiffel clôtura ensuite la soirée.

 

2 Anne Hidalgo Claude Bartolone Manuel Valls et Jean Marie Le Guen devant la scène avant le concert WebDu monde et du beau monde. De nombreuses personnalités du show business, mais aussi du sport, et même du monde politique, se retrouvèrent donc sur les pelouses du Champ de Mars pour assister au spectacle. Il faut dire que la Maire de Paris : Anne Hidalgo, avait rassemblé plusieurs objectifs sous l’événement : fêter le 14 juillet ; préparer la Conférence de Paris sur le changement climatique et l’Euro 2016 de football ; soutenir la candidature de Paris aux Jeux Olympiques 2024 et à l’Exposition Universelle de 2025 ; enfin, faire de Paris un aimant touristique à l’échelle mondiale afin de galvaniser l’économie française. Avant le concert et le feu d’artifice, le spectacle était donc autant sur les entrelacs de la Tour où s’activaient encore les artificiers que sur les pelouses ou dans les coulisses. La Maire de Paris arriva ainsi la première pour accueillir les organisateurs de la manifestation : Rémy Pflimlin, président de France Télévisions ; Mathieu Gallet, Président de Radio France et Yannis Chebbi, Directeur général d’Electron Libre Productions.

 

3 Gautier Capuçon et Lang Lang avant le concert WebLe 1er ministre au premier rang. Montée sur scène au côté de l’animateur Stéphane Bern, Anne Hidalgo exprima son plaisir à assister à l’événement : « Je ressens une grande fierté à voir se dérouler ce 3ème Concert de Paris, déclarait-elle. Mon émotion a été grande, aussi, en entendant le public scander « Paris ! Paris ! » pour soutenir la candidature de notre capitale aux JO 2024. De nombreux sportifs se sont d’ailleurs mobilisés autour de ce projet. De ce fait, Marie-Josée Pérec, Tony Estanguet et Lilian Thuram côtoyèrent le violoncelliste Gautier Capuçon ou le pianiste Lang Lang devant la scène, en attendant que le public allume ses briquets et ses portables pour soutenir la candidature sportive parisienne. Par sa dimension, l’événement avait aussi attiré le 1er ministre Manuel Valls, son secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen et le président de l’Assemblée Nationale Claude Bartolone, tous trois restant avec les spectateurs sur la pelouse jusqu’au début du concert.

 

4 Bryn Terfel et Julie Fuchs chantant avec la Maitrise de Paris Web2Un programme choral fastueux. Tout au long de dix-huit performances alternant chœurs et solistes, chanteurs et instrumentistes, ce sont le chœur et la Maîtrise de Radio France qui donnèrent tout son sens à ce concert en l’inscrivant dans une démarche collective vers un avenir radieux. Ils débutèrent ainsi le concert sur le « Tempus est locundum », du Carmina Burana de Carl Orff, avec le soutien puissant de l’Orchestre National de Paris et la direction magistrale de Daniele Gatti. Un démarrage parfait de coordination, de qualité et d’intelligence. Au Carmina Burana succédèrent ainsi le « Nessun dorma » (« Personne ne dort »), de Puccini, avec le ténor italien à la voix solaire Fabio Sartori, puis un Chœur des Esclaves (Aïda, de Verdi) tout entier tendu vers son retour vers la liberté. Après l’intelligent duel amoureux autour d’une rose, entre le baryton Bryn Terfel et la soprane Joyce Di Donato, dans le « La ci darem la mano » du Don Juan, de Mozart, les chœurs revinrent soutenir Bryn Terfel dans le « Te deum » du Tosca de Puccini, manière de remerciement pour la grâce divine accordée aux amoureux.

 

5 La Marseillaise WebLe public comme un seul choeur. Peu après, ce fut le public lui-même qui prit à son compte l’élan collectif en accompagnant de claquements de mains la « Marche de Rakoczy », de la Damnation de Faust, de Berlioz, avant que le violoncelliste Gautier Capuçon relance les chœurs avec le fameux air composé par Ennio Morricone pour le film « Mission ». Après l’invite à la communion sentimentale de la Barcarolle d’Offenbach, langoureusement chantée par Julie Fuchs et Joyce Di Donato, le chœur et la Maîtrise de Radio France entonnèrent alors un victorieux « Gloria all’Egitto » (extrait d’Aïda, de Verdi), avant de danser sur scène sur le « Mambo » de West Side Story, de Bernstein, en compagnie de tous les solistes. Cette communion trouva sa fusion finale dans une majestueuse « Marseillaise » arrangée par Hector Berlioz et chantée par les choristes et par le public avant que, le concert achevé, les premières fusées du feu d’artifice jaillissent sur le chœur extatique de « l’Agnus Dei », de Samuel Barber, comme une apothéose à la dimension populaire et triomphale de ce 14 juillet.

 

6 La Tour Eiffel senflamme WebSous les étoiles filantes du feu d'artifice. L’éblouissement de feux colorés, de lumières et de couleurs qui jaillit en fontaine de la structure aérienne de la Tour Eiffel justifia à lui seul l’utilisation du symbole parisien comme source du feu d’artifice. Ainsi nimbée de feux multicolores, la Tour fêtait autant le monde que Paris qu’elle inondait de couleurs et de parfums étonnamment suaves. Les yeux levés, le public ébahi communiait d’autant plus avec l’événement que les tonalités de couleurs et les airs accompagnant les tirs de fusées mirent en valeur le multiculturalisme français et son ouverture sur le monde. L’invite faite aux étrangers de se joindre à la fête à travers le slogan « Paris accueille le monde » ne pouvait être plus explicite.

 

7 Joyce Di Donato et Julie Fuchs Barcarolle WebUn concert magnifique. Le Concert de Paris avait donc tenu ses promesses. Pour son dernier 14 juillet à la tête de l’Orchestre National de Paris, Daniele Gatti a été magistral. Il a même fait aux chœurs le plaisir de les diriger sans baguette lors du Chœur des Esclaves. Les solistes furent impressionnants d’implication, en particulier les talentueux Bryn Terfel, Joyce Di Donato et Camilla Reggio, laquelle remplaça au pied levé Sonya Yontcheva. La Française Julie Fuchs fut aussi parfaite, tant dans ses solos que dans son duo avec Joyce Di Donato pour «La  Barcarolle », d’Offenbach. Gautier Capuçon fut impressionnant dans sa démonstration de la puissance évocatrice du violoncelle, tandis que le pianiste Lang Lang fut exubérant sur Gerschwin et le violoniste Ray Chen impérial dans « Le Mandarin chinois », de Kreisler. Tous contribuèrent à faire de ce Concert de Paris l’événement national et international du moment puisque la manifestation était retransmise par radio et télévision sur plusieurs continents. Seul bémol dans cette partition réussie, le manque d’organisation des transports parisiens et franciliens faillit gâcher la fête puisque rien n’avait été prévu pour que les 500 000 spectateurs venus de toute l’Île de France puissent rentrer rapidement chez eux. Pourtant, bien accueillir les visiteurs consiste aussi à leur permettre de retourner dans leurs foyers. Sans cela, le risque est grand qu’ils ne reviennent plus.
Michel Grinand