AvantChœur.com

Le magazine en ligne du chant choral

marema choriste WebMarema, chanteuse du Sénégal

Succès soliste d'une voix chorale

 

C’est parce qu’elle chante depuis son enfance et qu’elle est dotée d’une belle voix que Marema s’est vue invitée à devenir choriste pour des artistes de musique populaire, puis soliste récompensée par le Prix Découvertes 2014 de Radio France Internationale. Itinéraire d’une étoile montante qui ne regrette pas ses années de chœur.

 

Du chant dans les veines. Depuis toujours, Marema a rêvé d’un destin dans le chant ou, à défaut, dans le basket. Mais dans un Sénégal où la musique est une institution et dans une famille dans laquelle la mère est une mélomane ouverte à tous les genres de musique, le chant devait naturellement prendre le meilleur sur le sport. Aussi bien, Marema avait-elle toujours une chanson aux lèvres et, même, elle improvisait ses propres mélodies depuis qu’elle avait appris à chanter et à jouer de la guitare au Conservatoire de musique de Dakar. Un ami musicien venu rencontrer son oncle en fut si frappé qu’il l’invita aussitôt à enregistrer comme choriste. Le succès fut immédiat auprès des artistes populaires sénégalais, toujours à la recherche de choristes capables d’enrichir leurs compositions : « J’ai une bonne mémoire de la musique et je perçois tout de suite la voix qui s’accordera le mieux avec la voix du chanteur, explique-t-elle. Car dans la musique populaire, le choriste doit apporter une coloration différente à chaque prise de son enregistré pour enrichir le chant et elle doit savoir changer sa voix ». Or, grâce à ses trois années passées au Conservatoire de musique de Dakar, la jeune femme avait appris à chanter aussi bien en voix d’alto que de mezzo ou de soprane. A elle seule, elle représentait un trio féminin et il suffisait de lui adjoindre une seconde choriste pour obtenir un chœur à quatre voix. Pendant six ans, Marema devint donc la partenaire idéale de stars sénégalaises comme Viviane N’Dour ou Didier XXX.

 

Marema assise lumineuse modifié 1Lauréate 2014 du Prix Découvertes RFI Musique. Mais on ne chante pas sur tous les tons sans avoir envie de s’essayer au chant solo, d’autant plus que Marema invente ses propres chants et se trouve particulièrement à l’aise devant un public : « Je ne suis jamais gênée de chanter en public, assure-t-elle. Je n’ai été impressionnée que la première fois où j’ai chantée. Depuis, seule l’attente du concert me stresse et mon trac disparaît aussitôt que je monte sur scène ». La rencontre du guitariste Mao Otayeck a été le déclencheur de ce changement de carrière : « Il m’a proposé de faire mon album et c’est ce qui m’a lancée dans la carrière de soliste », rapporte Marema. De fait, coproducteur et arrangeur des airs de la chanteuse, le guitariste a permis à Marema de réaliser un disque promotionnel de quatre titres qui lui a fait obtenir le Prix Découvertes 2014 de Radio France International Musique (RFI Musique). Sur des airs mêlant musique traditionnelle et instruments africains avec des rythmes rock ou folk, Marema chante en français, anglais et wolof des textes modernes qui parlent de la vie de tous les jours. La jeune femme y révèle son caractère bien trempé comme avec le déjà célèbre « Femme d’affaires ». Etoffé d’autres morceaux, ce disque sortira en format numérique fin 2015 et confirmera l’ambition de la chanteuse de séduire un public international. Le printemps l’a déjà vue parcourir l’Afrique et elle effectue une tournée en Europe jusqu’au 7 juin 2015. En France, on l’entendra à Angoulême le 23 mai pour le Festival Musiques Métisses, puis à Paris le 29 mai, au Centre Wallonie Bruxelles de Paris et le vendredi 5 juin au Festival L’Afrique dans tous les Sens. Elle retournera ensuite à Dakar pour préparer une nouvelle tournée.

 

Marema en studio modifié 1

La solitude des solistes. Pour Marema, la vie chorale est désormais du passé: « Chanter en soliste a changé ma vie, raconte-t-elle. C’est tellement bon de pouvoir faire ce qu’on aime et de voir les portes s’ouvrir et des projets se dessiner. Mais il est encore plus difficile d’être soliste que choriste. Il faut se distinguer des autres par le style musical comme par l’originalité ou la présentation (elle montre sa haute coiffure traditionnelle). J’ai dû laisser de côté certains trucs de choriste, comme la voix de tête et je chante et danse tout en jouant de la guitare. Trouver des choristes pour m’aider et un parolier qui renouvellerait les thèmes de mes chansons me serait d’une grande aide ». Pour autant, la jeune chanteuse ne regrette pas son parcours de choriste : « Commencer en tant que choriste m’a formée tant au niveau musical que vocal, raconte-t-elle. Cela m’a beaucoup aidé pour la suite. Je pense tout de même que, si l’on veut devenir soliste, il ne faut pas chanter trop longtemps comme choriste car on prend trop vite l’habitude de chanter à mi-voix, en se dissimulant derrière la voix du soliste. Il faut préserver sa voix de leader et la mettre en valeur le plus tôt possible ». Sur ce point-là, Marema a déjà parfaitement réussi.
Michel Grinand