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1Pavillon Numérique4 WebMusicora 2016 et les e-Technologies

Le monde choral et musical se met au numérique

 

Avec au moins 18% d’exposants présentant des solutions numériques, plus un Pavillon numérique dédié aux e-technologies, le salon Musicora 2016 a montré sa volonté de s’approprier le savoir-faire numérique pour permettre aux acteurs du monde musical classique et jazz de lutter à armes égales contre les technologues de la grande consommation musicale populaire.

 

Plus vite, plus fort et plus Net. Depuis le Pavillon numérique jusqu’aux 18% d’exposants présentant des solutions numérisées, en passant par les thèmes des conférences et les compléments de service via le Net, les organisateurs et les exposants de Musicora ont démontré qu’ils veulent s’approprier les moyens les plus modernes de la communication. L’objectif est vital puisqu’il s’agit de regagner l’écoute d’un public accaparé par les musiques populaires ultra-médiatisées et de rendre aux compositeurs contemporains leur prédominance en matière de création musicale et chorale. Symbole de cette démarche, la conférence « Webmélomane » qui a réuni le 7 février Edouard Brane, chargé de projet Digital pour Universal Music France Classique et Jazz (Club DG), Florent Girard, Secrétaire général de l’Association française des Orchestres (AFO), Marie Hédin, Déléguée générale de la Fédération des Ensembles Vocaux et Instrumentaux Spécialisés (Fevis) et Laurence Lamberger-Cohen, Directrice de la Réunion des Opéras de France (ROF) autour du thème « Comment trouver les bons enregistrements sur le Web ».

 

2 Webmelomane3 resserré WebUne présence obligée sur Internet. L’éditeur Deutsche Grammophon a ainsi conçu « le Club DG, un pôle Web élaborant des partenariats avec des artistes et des ensembles connus pour créer des contenus informatifs, promotionnels ou didactiques destinés à attirer un public nouveau ou jeune vers la musique classique, explique Edouard Brane. Nous intégrons aussi des liens vers les sites Web des artistes ». De son côté, l’AFO a constaté que « 37,3% de ses spectateurs consultent le site Internet de l’orchestre ou de la salle de concert ou encore écoutent l’œuvre sur le Net avant de réserver leurs places, ajoute Florent Giraud. Nous avons donc développé des applications mobiles pour Ipad et consacré 50 000 euros, pris en charge par le Centre National du Cinéma et de l’Image animée, dans la création et la publication de vidéos ». Dépendant des collectivités locales, les 32 opéras membres de la Réunion des Opéras de France ont misé sur leur tout nouveau Portail des Opéras de France pour attirer le public. Par des Archives de spectacles, des dossiers et études ou des Parcours d’opéras, ce Portail collaboratif veut alimenter la curiosité des enseignants et des étudiants. Il veut aussi sensibiliser le public jeune par des actualités sur les nouveaux spectacles et des vidéos gratuites accessibles grâce à un partenariat avec CultureBox.

 

3 Ecran Human Music imageWeb La Fevis lance Human-Music. Encore plus altruiste envers à la fois ses membres et le public, la Fevis déploie depuis décembre 2015 la plateforme gratuite www.human-music.eu qui met à disposition des enregistrements audios et vidéos des œuvres chorales ou instrumentales interprétées par ses membres et numérisées : « Ce sera le Youtube de la musique du patrimoine et de la création musicale des ensembles indépendants français, se félicite Marie Hédin. Grâce à un accord de partage des gains publicitaires générés entre Youtube et les ayants-droit, ces vidéos seront conservées et feront de Human-Music un site de référencement. En même temps, la plateforme s’enrichira d’informations pratiques comme la description des œuvres, un répertoire des artistes et des ensembles instrumentaux ou vocaux, ainsi qu’un dictionnaire du jargon musical. Les œuvres seront classées selon des thématiques pratiques pour le grand public ». La plateforme n’a pas encore sa forme définitive, mais peut déjà être consultée.

 

6 Jean Louis Lasseri et Jean Félix Lalanne WebDe la page à l’iPad, avec Newzik. Cela fait longtemps qu’on nous promet que les partitions digitales remplaceront les partitions en papier. Avec l’application intelligente de lecture de partitions digitales Newzik, la numérisation semble avoir fait le saut technologique nécessaire. Développée par la société française Syncsing, en collaboration avec des musiciens talentueux et exigeants comme le guitariste Jean-Félix Lalanne, ce « lecteur intelligent de partitions digitales » est peut-être la solution de remplacement de la partition papier par un système numérique complet et convivial. Répondant à tous les besoins que peuvent exprimer des musiciens solistes, instrumentistes, choristes ou chefs de chœur et d’orchestre en matière de liberté d’action par rapport à une numérisation de leur chère et indispensable partition de musique, Newzik apparaît comme un outil complet pour le travail musical d’interprétation.

 

5 Newzik demo1 Web100 000 partitions dans la main. Pour commencer, l’application Newzik n’est pas un logiciel de composition, mais de lecture, ce qui a conduit Jean-Louis Lasseri, son inventeur, à prendre des accords avec les éditeurs de musique pour pouvoir importer leurs partitions en toute légalité : « Nous passons des accords avec tous les éditeurs de musique pour créer une boutique numérique de partitions, assure-t-il. Nous voulons distribuer tous les éditeurs et nous augmentons régulièrement notre catalogue sonore car l’application Newzik peut contenir 100 000 partitions ». Newzik peut donc importer tous les types de fichiers musicaux existants : MusicXML, PDF, Midi, .text, MP3, MP4 et même Youtube pour la vidéo, via Dropbox ou la messagerie email. De la même façon, on peut envoyer ses fichiers pour les partager avec d’autres musiciens. Sur tout IPad ou iPhone, l’image de la partition est parfaite. Comme une feuille de papier, Newzik accepte les annotations et les surlignages au stylet ou la tourne au doigt. On circule aisément dans la partition. On peut aussi zoomer et l’usage d’un iPad format A4, le plus grand actuel, est d’un indéniable confort, y compris pour une partition chorale qui exige la visualisation de nombreux systèmes.

 

tn StompKit new hero 80605.1431127784.1280.1280Les chœurs en mode Wifi. Mieux encore, on peut envoyer par Wifi l’image de Newzik sur un écran géant afin de diriger tout son ensemble vocal à partir d’un seul visuel. Une autre solution consiste, si les choristes sont équipés d’un iPad avec Newzik, à interconnecter tous les appareils par Wifi. Il faut disposer d’une antenne par groupe de 25 utilisateurs et les applications, les annotations et même la tourne, à la main ou à la pédale sont alors partagées et validées pour le groupe entier. Fini, donc, les corrections aléatoires ou ignorées des choristes les plus éloignés du chef. A ce stade, on pense aussi aux mouvements qui agitent le chœur pendant les répétitions : ces passages de la station assise à la station debout ou ces changements de place des choristes qui font craindre la chute d’un iPad. Pour ces situations, Syncsing commercialise un pupitre Gigeasy à l’empattement modeste et muni de pinces qui maintiennent l’iPad et le protègent en cas de chute. Syncsing a aussi prévu une solution de stockage et de rechargement des iPad entre deux répétitions: « Nous commercialisons un chariot Betford présentant des logements pour ranger les iPad et où ils sont rechargés et synchronisés, précise Jean-Louis Lasseri. Ces chariots existent en quatre tailles, ce qui ouvre plusieurs possibilités de gestion : un chœur ou un conservatoire peut acheter les iPad à son compte pour ses choristes ou ses musiciens et les prêter pour les répétitions ou les concerts, profitant des 128 Giga-octets de mémoire de chaque appareil pour y stocker des milliers de partitions. Les choristes possesseurs d’ipad peuvent les recharger ou les synchroniser avec ceux du chœur ».

 

7 Newzik demo grso plan2 Web20€ pour le chef + 4€ par mois par quatuor. L’usage de Newzik est donc riche et l’éditeur a prévu des tutoriels et même des masterclasses pour familiariser les choristes à sa pratique. De nombreux produits accompagnent aussi son utilisation et le budget d’acquisition s’en ressent : « Pour les chœurs qui s’équipent, c’est le chef de chœur qui paie un droit d’usage de 20 euros, plus une mensualité de 4 euros par groupe de quatre choristes qui téléchargent et utilisent l’application, explique Jean-Louis Lasseri. Mais cette mensualité est dégressive selon le nombre de choristes. La pédale de tourne, les pupitres, les chariots et les antennes Wifi sont en supplément. Pour un conservatoire qui veut équiper intégralement ses élèves, nous avons estimé que le budget annuel moyen s’élève à 800 euros/usager. C’est important, mais l’établissement réemploie à volonté ses appareils et réduit considérablement ses frais d’achats ou de photocopies de partitions. Nous estimons que l’amortissement s’effectue dans les 24 mois, d’autant que nous accordons des réductions aux établissements scolaires ». Dans la marche vers la numérisation du monde musical, le lecteur intelligent Newzik s’affiche comme une solution pratique et un concurrent sérieux à l’application du belge néoScores. Mais il faut dire que Syncsing a attendu sa quatrième version de Newzik avant d’en commercialiser l’application. Cette précaution est sans doute un des meilleurs gages de sa qualité.

 

8 Dan Berdugo Nanolink Espace Concept WebLe son numérisé a du bon. La numérisation s’invite aussi dans l’enregistrement des concerts ou des œuvres. Travaillant sous l’égide d’Espace Concept, spécialiste en sonorisation et enregistrement d’orchestres classiques, Nanolink n’enregistre plus qu’en numérique : « L’enregistrement aussi a connu sa révolution numérique, confie Dan Berdugo, gérant de Nanolink. L’enregistrement numérique peut nécessiter jusqu’à 150 micros, mais il est aujourd’hui à peine plus cher que l’enregistrement analogique pour un résultat nettement meilleur. Nous travaillons aussi bien en espace intérieur qu’en extérieur avec toujours pour objectif de faire en sorte que la totalité du public entende parfaitement le concert sans s’apercevoir que le son est amplifié. C’est pourquoi on nous demande aussi de sonoriser certains concerts ». De son côté, Guillaume Chalaron, dirigeant de VinilizedCDsound.com et ingénieur du son, assure pouvoir améliorer la qualité des CD produits à faible coût : « Trop souvent, la réalisation du CD dégrade le son capté, effaçant la chaleur, le timbre, le grain et l’ambiance de l’enregistrement, justifie-t-il. J’ai créé un processus informatique qui détache tous les sons pour recréer une image sonore détaillée et belle qui restitue la réalité de l’enregistrement. Mon objectif est de redonner du plaisir à l’écoute ». Sa prestation est de 50€ par titre recréé.

 

9 MusicaJob Pascal Scheuir WebLe Web comme agent artistique. Il est désormais impossible de parler des solutions Internet sans évoquer le recrutement par Internet. Le secteur classique dispose aujourd’hui de son site Internet de recrutement d’intermittents avec Music@job (www.musicajob.fr ). Développé par le musicien Pascal Scheuir et l’ingénieur informatique Stéphane Peter, il permet aux chanteurs solistes ou choristes et aux musiciens de toute l’Europe de déposer gratuitement leur CV dans la base de données du site, en précisant leurs spécialités et leurs disponibilités. Et ce sont les employeurs qui, en recherche d’intermittents, paient un abonnement mensuel, trimestriel ou annuel pour accéder à ces informations. Ils contactent ensuite en toute discrétion le candidat, Musica@Job  nintervenant pas dans la négociation.

 

10 Proarti Cécile Moroux et Quentin Mercier WebRéseaux sociaux et Financements participatifs. Enfin, Internet et les réseaux sociaux ne faisant plus qu’un, les plateformes de Financement Participatif deviennent des partenaires de plus en plus sérieux du secteur artistique, qu’elles soient généralistes comme Ulule ou dédiées. C’est le cas, en particulier, de la plateforme Proarti qui se consacre au financement des activités musicales et culturelles. Une vocation née de sa nature d’origine qui est d’être un fonds de dotation. Créée en 2009, Proarti collecte des fonds pour les reverser aux orchestres ou aux chœurs et c’est naturellement que la structure s’est engagée en 2013 dans le financement participatif. N’étant pas une structure commerciale, elle émet des reçus fiscaux que les donateurs peuvent défiscaliser. La moyenne des collectes est de 4 500 euros, avec une opération qui a atteint 27 000 euros. Proarti, qui a déjà accompagné 160 projets pour 1570 artistes et 600 000 euros collectés, prend 8% du montant de la collecte pour sa prestation. Pour Cécile Moroux, Accompagnatrice de porteurs de projets de Proarti, les chœurs sont des candidats sérieux au financement participatif : « A travers les familles et les amis des choristes, les chœurs ont un public proche important, ce qui est idéal pour mobiliser les deux premiers des trois cercles de la collecte : la famille, les amis et puis les amis des amis et le grand public, explique-t-elle. Ce sont les deux premiers cercles qui déterminent le succès de la collecte. Même un chœur de conservatoire peut lancer une collecte de fonds pour un concert, soit à travers le conservatoire, soit à travers l’association des Amis du chœur ». Sans être garanti, le succès est fréquent. Ainsi, à Rennes, le chœur Vocal Silk qui a lancé une campagne pour collecter 2000 euros pour financer un spectacle a finalement obtenu 4000 euros. En février 2016, Proarti a aidé à la campagne de collecte du Chœur Vittoria d’Île de France pour son voyage concertant au Canada. Le Financement participatif a aussi des conséquences inattendues : toujours à Rennes, les collecteurs les plus chanceux sont aussi ceux que les collectivités ont décidé de soutenir, partant du principe que ceux-ci avaient prouvé leur lien avec le public local.

Michel Grinand