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Portrait-Hugues-Delaunay-serréHugues Delaunay, pianiste accompagnateur du choeur Vocalitas du Conservatoire intercommunal de Châtenay-Malabry (92)  

"On ne fait pas ce métier par frustration"

 

Pianiste dans l’âme, Hugues Delaunay accompagne les chœurs amateurs, dont le Chœur Vocalitas, depuis le début de sa carrière. Mais il joue aussi avec des professionnels en duos, trios ou ensembles de musique de chambre. Il en retire un regard tendre et expert à la fois sur la musique chorale amateur.

 

AvantChoeur : Quel est votre statut au sein du Conservatoire intercommunal de Châtenay-Malabry ?
Hugues Delaunay : Je suis fonctionnaire territorial employé par le Conservatoire Intercommunal de Châtenay-Malabry. A ce titre, j’assume deux fonctions principales. J’enseigne le piano et j’accompagne toutes les activités de chant : les cours de chant que donnent les professeurs Laure Burelier et Didier Basdevant, mais également les chœurs amateurs du conservatoire, à savoir Vocalitas et son chœur de Chambre, ainsi que l’Atelier choral, dont Didier Basdevant est le chef et directeur artistique. J’accompagne ces chœurs aussi bien lors de leurs répétitions que de leurs prestations publiques.

 

AC : Comment êtes-vous devenu accompagnateur de chœur ?
HD : Je travaille le piano depuis l’âge de huit ans et j’ai très vite voulu en faire mon métier. J’ai donc intégré le conservatoire d’Angers où j’ai obtenu le Premier prix de piano, ce qui est le prérequis pour devenir professionnel, en 1983. Mais comme je déchiffrais très bien les partitions, on m’a orienté vers l’accompagnement, qui offre davantage de débouchés qu’une carrière de concertiste. J’ai donc suivi des classes d’accompagnement.

 

Hugues-accompagnant-les-choristes-serreAC : Quels enseignements en avez-vous retiré ?
HD : J’ai appris à jouer les œuvres sans m’arrêter, en écoutant le musicien ou le chanteur que j’accompagne, de façon à être moteur en soutenant son rythme et sa partie. J’ai aussi appris à faire des réductions de voix. Beaucoup de choristes amateurs ne lisent pas la musique. De ce fait, en accord avec le chef de chœur, l’apprentissage d’un nouveau morceau s’effectue voix par voix et je joue les notes de chaque pupitre pour les guider. Dans les œuvres a capella, je joue ainsi la partie de soprane, puis les parties d’alto, de ténor et enfin de basse. Mon rôle s’arrête quand tout le chœur connaît l’air. Pour les œuvres chantées avec instruments, j’accompagne les voix en les doublant tout en jouant la partie harmonique. Cela s’appelle une réduction. Ensuite, j’accompagne le chœur avec la partie indépendante. La difficulté est de lire les quatre portées à la fois. Pour y parvenir, il faut avoir une vision verticale, comme le chef d’orchestre qui parvient à lire une trentaine de portées en même temps. C’est une question d’habitude. Et puis, à force, la musique nous parle.

 

AC : On vous voit souvent anticiper le souhait du chef. Qu’est-ce qui vous donne cette liberté ?
HD : Le fait de travailler depuis 25 ans avec Didier Basdevant me permet de deviner ce qu’il attend. Il est important d’arriver à cette symbiose avec le chef pour ne pas perdre de temps. Sachant aussi que la qualité fondamentale d’un chœur est de chanter juste, j’essaie d’attirer l’attention des choristes sur la justesse en mettant en relief certaines voix par rapport à d’autres. Je joue plus fort avec certains doigts en faisant porter sur ceux-ci le poids de ma main. La voix privilégiée s’entend ainsi davantage. C’est pourquoi le choriste doit écouter le piano autant que son voisin.

       Avec le temps et à force de travail , la musique me parle "

AC : Depuis quand accompagnez-vous des chœurs ?
HD : J’ai connu ma première expérience d’accompagnement de chœur à Angers, où j’ai accompagné une chorale angevine pour deux concerts. J’ai aussi accompagné le Chœur des Petits Chanteurs de Saint-Louis pendant huit ans. Cela a été une expérience enrichissante. Les voix d’enfants sont souvent très belles et puis, j’ai beaucoup voyagé avec eux. Leurs tournées m’ont emmené au Pérou, en Argentine, en Chine. Ce n’était pas un travail à temps complet car leur chef était pianiste et l’on n’avait besoin de moi que pour les concerts et les tournées. Aussi, quand le chœur Vocalitas a été créé, en 1988, j’ai accepté le poste d’accompagnateur et, depuis, je l’accompagne.

 

Hugues-jouant-main-levée-sans-flashAC : En tant que concertiste, vous travaillez aussi avec des professionnels. Est-ce un travail différent ?
HD : Avec les professionnels, on est entre gens du métier et le concert est l’aboutissement des répétitions. On travaille donc vite et on peut monter une cantate de Bach par semaine. Avec un chœur amateur, il faut beaucoup plus d’heures et de semaines de répétition pour monter quelque chose. Toute œuvre exige du temps et de la patience et c’est peu jubilatoire. Mais la contrepartie est que les chœurs amateurs se lâchent en concert, tant ils sont contents d’avoir abouti. Les choristes sont frais et enthousiastes. Ils sont aussi reconnaissants du travail et des efforts qu’on a accomplis pour eux, au point de vous faire des cadeaux. Même si j’éprouve du plaisir à jouer avec des professionnels, je ne trouve chez eux ni la même fraîcheur, ni la même reconnaissance.

 

AC : Peut-on faire carrière en tant qu’accompagnateur de chœur ?
HD : Bien sûr, car c’est un métier où il y a toujours du travail. La condition est néanmoins de se faire connaître car, en dehors du fonctionnariat, la seule évolution possible réside dans le fait de trouver un chœur encore meilleur que celui qu’on accompagne. Il faut cependant savoir que cela reste un métier de l’ombre car on demeure toujours au second plan. On ne peut donc pas pratiquer ce métier par frustration. La compensation est qu’on s’améliore toujours avec l’expérience. Aujourd’hui, j’ai le métier suffisant pour maîtriser rapidement une œuvre. Bien souvent, quelques lectures me suffisent pour la connaître.
Propos recueillis par Michel Grinand

 


 

Chez les Delaunay, la musique est majeure

 

Mélisande-Froidure-LavoineEn chœur, en concert et en récital, les Delaunay sont à l’aise. Accompagnateur fidèle du chœur Vocalitas et de sa version Chœur de Chambre, Hugues Delaunay se transforme en concertiste dès que l’occasion s’en présente. Il intervient ainsi dans des trios ou pour accompagner des ensembles à cordes professionnels. Mais le plus souvent, il forme un duo avec son épouse, Marie-Bénédicte Delaunay, elle aussi pianiste. Ils jouent alors des œuvres à quatre mains ou à deux pianos. Leur fille, Mélisande Froidure-Lavoine, a choisi la voix pour exprimer son talent musical. Etudiante en art lyrique au Royal College de Londres, elle a déjà entamé sa carrière artistique en tant que soprano soliste. Durant la seconde partie de l’année 2014, elle accompagnera ainsi le chœur des Pays de France dirigé par le chef Esteban Pagella dans le cadre de plusieurs concerts qui se tiendront en région parisienne. Au programme, des airs accompagnés d'Offenbach, Planquette, Messager et Gounod. La jeune soprane prévoit aussi de s’exprimer à travers des récitals lyriques. Enfin, Béatrice Delaunay, sœur d’Hugues, est choriste de longue date dans le chœur Vocalitas.

MG