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Choeur chantant WebTu n’as rien vu à Ougarit, le 2 juin à 20h, Centre Paul B à Massy

Un cantique choral ressurgi du passé pour sauver les hommes

 

Stopper la déraison. Le 2 juin 2016, à 20h, au Centre Paul B. de Massy (91), Chœur en Scène interprétera, sous la direction d’Emmanuèle Dubost, la création pour chœur, Zarb et contrebasse du compositeur Zad Moultaka : « Tu n’as rien vu à Ougarit ». Composée en réaction aux conflits qui meurtrissent le Moyen-Orient et alors que la cité antique de Palmyre croulait sous les obus de Daesh, cette pièce participe du concert choral que le compositeur et Emmanuèle Dubost ont conçu pour ramener les hommes à la raison. Donnant son titre au concert, elle concentre autour d’elle des poèmes sur la ville d’Alep, qui seront dits par le poète Gilles de Obaldia, et trois pièces antérieures du compositeur: Ikhtifa (Disparition) pour deux voix mezzo et chœur, Then Thèlo (« Je ne veux pas ») pour six voix de femmes a capella et « Chant intime pour chœur », dédiée aux réfugiés. L’ensemble forme un cantique d'une stupéfiante efficacité.
Zad Moultaka Web4000 ans d'histoire commune. C’est que « Tu n’as rien vu à Ougarit » s’inspire des fragments de rituels et de prières écrits en langue ougaritique et retrouvés sur des tablettes d’argile datant du 2e millénaire avant Jésus-Christ. Dédiés au dieu agraire Baal, ils invoquent sa protection sur la maison et la cité des hommes. La musique est archaïsante et incantatoire, la modernité la plus hardie semblant se replier dans le temps pour faire renaître le passé. Aussi bien est-elle composée de percussions sur un Zarb-é Zourkhaneh, le plus gros des tambours Tombak, et d’un jeu de contrebasse utilisée à contre-emploi. En effet, le contrebassiste Arnaud Cuisinier frappe les cordes de son instrument avec une baguette sous le chevalet ou la joue sur une seule corde avec la main de l’archet au-dessus de la main gauche, faisant ainsi sonner son instrument comme un mini-gong lunaire ou comme un instrument monocorde antique. S’ajoutent à cela les voix détimbrées des chanteurs, échos des voix des peuples disparus appelant les vivants pour qu’ils ne rompent pas le lien qui les unit par-delà le temps. Les morts sont devenus poussière, mais c’est cette même poussière que foulent les vivants et qui fait remonter jusqu’à eux cette prière de miséricorde. Le résultat est une œuvre à la mystique profonde qui émeut jusqu’à l’âme, un chant recueilli montant du passé pour rappeler à tous les hommes qu’ils ont la même origine et qu’ils doivent la protéger et l’honorer. L’auditoire du concert du 2 juin, puis des cinq autres qui suivront en octobre 2016, en sortira transformé.
MG