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1-ET-fait-chanter-les-enfants-partition-en-mainWebLe chœur des Polysons d’Elisabeth Trigo

Un chœur libre comme les airs qu’il chante

 

Pédagogue avant tout, Elisabeth Trigo dirige le chœur d’enfants des Polysons depuis 20 ans selon les seuls principes du bien-être et de l’évolution culturelle des enfants. Sans contrainte, ni stress, elle les emmène dans un parcours choral par la seule motivation du plaisir de vivre des aventures magiques. Prochaine prestation : le 11 avril 2015 pour un concert avec le Pôle Vocal Victor Hugo de Nevers.

 

Un chœur talentueux, mais pas de star. « Je refuse le star-système pour les enfants, affirme sans ambages Elisabeth Trigo, chef du chœur des Polysons. Les émissions de télévision qui m’ont ét proposées pour mettre en avant les solistes de mon chœur ne m’intéressent pas. La seule promotion qui me paraîtrait justifiée serait celle du chœur en entier. J’évite aussi les concours et les compétitions qui stressent les enfants. Leur vie est en elle-même un concours permanent, ce n’est donc pas la peine de leur en faire subir un de plus. Par contre, j’aime les échanges avec les artistes et les chœurs à travers l’Europe et c’est ce que nous faisons depuis vingt ans ». C’est effectivement en 1994 que, jeune enseignante de musique en école primaire, Elisabeth Trigo a créé le chœur des Polysons, pour les enfants de 10 à 15 ans et son alter ego des Petits Polysons pour les petits de 6 à 9 ans : « J’avais envie de créer un chœur extra-scolaire et mon mari m’a soutenue en assurant la partie administrative, explique-t-elle. Nous avons donné le concert de nos 20 ans d’activité en décembre 2014 ».

 

2-ET-au-piano modifié-1Elisabeth et les 40 Polysons. Chacun des deux chœurs comprend 40 enfants, ni plus, ni moins. Aucun n’a cependant été recruté, ni auditionné : « J’inscris les enfants sur leur seule implication, explique la chef de chœur. Au début, ils venaient du quartier et, aujourd’hui, ils viennent de toute l’Île de France. Les petits ne restent parfois qu’un an alors que les grands s’impliquent plus. Cela me permet de bâtir des projets car, par leur couleur vocale et leurs qualités d’interprétation, les Polysons sont reconnus au même niveau que certaines Maîtrises ». De fait, les Polysons sont très demandés et leur calendrier de concerts est bouclé jusqu’à fin 2016. Au Festival 10 de Chœurs, le 21 mars dernier, les Polysons ont présenté un programme conçu sur la liberté de parole, de pensée et de culte, en écho aux menaces terroristes actuelles. En juin 2015, le chœur redonnera ce programme pour le vingtième anniversaire des Voix sur Berges, à Paris. L’été 2015, ils reprendront leur concert avec le quatuor Debussy, sur les musiciens tchèques déclarés « dégénérés » par les nazis et enfermés dans le camp de concentration de Terezin pendant la guerre de 1939-1945, dans le cadre d’une tournée estivale en Ardèche. Il y aura un concert par soir.

 

Etirements modifié-1Le goût de l’art… Le rythme est parfois intense, mais Elisabeth Trigo a confiance en sa relation avec les enfants : « Les enfants ont besoin d’amour et d’un cadre pour s’épanouir, explique-t-elle. Je suis donc d’une rigueur extrême sur la pratique et d’une grande exigence sur le résultat, mais je leur donne aussi un immense amour et j’évite de les mettre sous pression. Je ne fais jamais rien qui menace leur équilibre d’adolescents et je ne rajoute aucune difficulté au travail qu’ils s’imposent. Je ne les culpabilise pas car je veux qu’ils chantent avec plaisir et ils le savent. C’est la raison pour laquelle, pour les concerts, je prends les enfants qui sont disponibles ou les premiers qui s’inscrivent lorsque l’effectif est réduit. Même pour les solistes, il n’y a pas de compétition, ni de jalousie. Je dispose de plusieurs solistes dans mon chœur et, selon les circonstances, je fais chanter l’un ou l’autre. Enfin, même si je ne choisis pas ce que nous devons chanter dans nos projets de collaboration, je m’efforce de faire en sorte que ceux-ci soient toujours magiques par le thème ou l’organisation. Je sais que je forme le public choral de demain, donc j’accepte tous les types de musique, du classique au World en passant par le Jazz ou le Rock. Mais je fais toujours attention aux paroles : elles doivent avoir du sens. La culture est une richesse pour tout le monde et un enfant s’intéresse à un texte compliqué parce qu’il peut y trouver ses valeurs. Les enfants sont donc heureux de chanter sous ma direction et ils donnent le maximum pour être à la hauteur des projets. Ils adoptent une attitude très professionnelle et leurs parents en sont conscients ».

 

4-Plus-haut-depuis-le-bas modifié-1… Et la manière de l’enseigner. A ce contexte s’ajoute une méthode d’apprentissage ludique : « Je pratique la polyphonie par le jeu, rapporte Elisabeth Trigo. Avant de mémoriser le texte, on va s’approprier la musique au moyen de jeux de déplacement ou d’une mise en scène. On se promène sur la mélodie. Cet apprentissage ne se devine pas sur scène, puisque nos concerts sont toujours statiques de façon à avoir un beau son de voix, mais il en reste toujours quelque chose, comme une voix plus riche, une présence plus grande. Par ailleurs, je relativise toujours les imperfections. C’est la magie du concert qui agit ». S’ajoutent encore à cela des consignes et des encouragements. La répétition des Polysons commence donc avec des étirements, des exercices de respiration, d’entraînement des muscles de la ceinture abdominale, comme avec le fameux : « Repeteke,… », et avec une mise en confiance : « Soyez fiers ! lance la chef de chœur. Lâchez-vous et osez ! ». Quand le texte ne passe pas, Elisabeth Trigo le signale sans attendre : « On ne comprend pas le texte. C’est dommage car l’auteur l’a écrit pour qu’on l’entende. Prononcez bien le texte, surtout les consonnes ! ». Si c’est la hauteur qui n’est pas là, on s’accroupit sur la note basse qui précède et on se redresse pour monter vers l’aigu : « En concert, ils ne feront pas cette gymnastique, mais elle sera présente dans leur tête et cela suffira pour maintenir la justesse ». Et si la mémoire défaille, la parade se trouve dans la confiance : « Un chant ne se perd pas, assure-t-elle aux enfants. Quand il est su, c’est pour la vie ». Et de reprendre le chant dans son intégralité.

 

Exo-blblblbl modifié-1Au bout du fil, c’est encore les Polysons. Enfin, les nouveaux arrivants sont intégrés à la première nouveauté. Ce jour-là, la nouvelle recrue qui patientait timidement est toute surprise de s’entendre invitée à chanter, quoiqu’en d’autres termes : « Ashley, viens jouer avec nous, car c’est nouveau », lui lance Elisabeth Trigo. La jeune fille intègre le rang et commence son apprentissage en même temps que les anciens. A la fin du chant, elle connaît sa partie comme les autres et tout le monde a oublié qu’elle ne faisait pas partie du groupe quelques minutes avant. La jeune fille est désormais en confiance et Elisabeth Trigo peut poursuivre de plus belle la répétition. « Je n’ai jamais envisagé de diriger un chœur adulte, confie-t-elle à la pause. Les adultes n’ont pas cette obéissance naturelle. Et puis, avec les enfants, on ne vieillit pas. Cela fait 20 ans que j’ai 12 ans ». Soudain, son portable sonne ou, plutôt, chante. Les enfants, qui étaient assis en rond par terre se redressent en riant : « C’est nous qui chantons dans votre téléphone, madame ? », se risque une fillette. « Oui, répond avec une certaine pudeur Elisabeth Trigo. Quand on m’appelle, c’est toujours vous que j’entends ». Un ange passe entre les enfants, dont les yeux pétillent de plaisir et leur chef de chœur et de cœur. Le concert du 11 avril sera assurément magique. Puis : « Bon ! On reprend ? ».

Michel Grinand