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1 Zach-dirigeant-tout-le-choeurParis Choral Society 

Un « Melting Pot » choral pour une réussite communautaire

 

Depuis 1994, le chœur Paris Choral Society entretient à Paris la flamme du communautarisme américain. Les choristes s’impliquent dans son organisation et ses finances comme dans sa réussite et, chaque année, communient avec leur public dans un Sing Along haendelien et trois concerts, dont le second, consacré à la Missa Solemnis de Beethoven, se déroulera les 20 et 21 mars prochains.

 

Un chœur américain à Paris. C’est en 1994 que le chef de chœur de la Cathédrale Américaine de Paris : Edward J. Tipton, créa l’association du chœur amateur Paris Choral Society, à la demande de chanteurs non-professionnels américains, mais aussi français ou européens. D’emblée, son hébergement dans la Cathédrale Américaine de Paris, ainsi que son ambition de ne chanter que des œuvres sacrées d’envergure comme les Requiem de Mozart, Fauré, Verdi, Brahms ou des messes de Beethoven, Haydn, Dvorak ou Rossini imposèrent aux choristes une grande discipline de travail vocal. Il faut dire qu’avec près de 100 choristes, le chœur a besoin que ses choristes déchiffrent couramment car le rythme d’apprentissage est rapide et exigeant : « Chanter du Beethoven est motivant et exaltant, mais c’est aussi épuisant car il faut être très précis », confirme entre deux exercices un choriste. La volonté de présenter trois concerts par an plus, au début de chaque mois de décembre, un concert participatif dans lequel le public est invité à chanter avec les choristes : un Sing Along, le tout sous la responsabilité d’un chef de chœur professionnel en charge de plusieurs chœurs ajouta la nécessité d’un engagement personnel dans l’organisation des répétitions et des concerts, mais également dans la gestion des finances de l’association. Le bureau d’administration de l’association est ainsi particulièrement étoffé.

 

3 Vocalises-et-Massages-entre-choristes-WebAssiduité et participation. Enfin, l’usage de l’anglais comme langue commune au sein du chœur acheva de tirer le niveau des choristes vers le haut. Ceux-ci sont donc au moins bilingues, ont de bonnes connaissances en musique et ils déchiffrent plutôt bien leurs parties pour des amateurs. Ils sont aussi très disciplinés, ponctuels aux répétitions et concentrés durant les séances de travail. Ici, les bavardages qui détendent les choristes français sont remplacés par des communications officielles faites par des responsables du comité de direction de l’association sur des aspects d’organisation, de financement ou de travail. La détente est réservée aux pauses-dîners de trente minutes au cours duquel un pupitre régale à tour de rôle les autres. Et, chaque année, tous les choristes assistent assidument à l’assemblée générale au cours de laquelle sont détaillés les comptes de l’association et sont déterminées les œuvres qui seront présentées en concert l’année suivante. L’arrivée à la tête du chœur, en 2011, de l’organiste et Directeur de musique chorale et d’Education musicale Zachary Ullery apporta la touche artistique supplémentaire qui donne à la Paris Choral Society sa couleur vocale : le chef soigne l’homogénéité vocale de son chœur et multiplie les exercices phonatoires et les répétitions par pupitre pour obtenir les phrasés et la couleur vocale qu’il désire, quitte à briser quelques tabous.

 

4 Tenors-feminins-WebDes femmes parmi les ténors. Il a ainsi convaincu certaines femmes altos surnuméraires de sacrifier aux besoins du collectif pour chanter la partie ténor. Elles ont fini par y prendre du plaisir : « La raison invoquée pour cette mutation était qu’il y avait trop d’altos et pas assez de ténors, témoigne l’une d’elles. Au début, faire une voix de ténor a été difficile car la ligne mélodique descend assez bas. Mais ce challenge était motivant et le résultat s’est avéré très satisfaisant pour nous toutes. Nous recherchons une harmonie de timbre et, dans les notes hautes dans lesquelles les ténors masculins peinent parfois, nous pouvons jouer de nos aigus pour maintenir une homogénéité dans le pupitre. Les auditeurs nous ont dit que le mélange de voix produisait ainsi une couleur vocale inhabituelle et très jolie ». Ce que nous avons pu constater lors de la répétition : si les ténors masculins dominent largement dans les parties basses, les voix légères des femmes transparaissent dans les notes hautes pour apporter au pupitre un son plus aérien, plus brillant et plus constant. Un son effectivement rare dans les chœurs français.

 

6 Zach-dirigeant-le-choeur-plan-moyenLe défi du chant hors les murs. De toute façon, l’heure n’est plus aux tergiversations, mais aux derniers préparatifs pour le troisième concert de l’année. Consacré à la Missa Solemnis de Beethoven, celui-ci sera donné deux fois, les 20 et 21 mars. Nouveauté pour le chœur, la soirée du 20 mars ne se déroulera pas à 18h00 dans le décor familier de la Cathédrale Américaine, mais à 20h00 dans l’Eglise Saint-Eustache de Paris. Le chef, pour qui ce sera également une première, a prévenu ses choristes : « La disposition du chœur sera modifiée puisque vous ne serez que sur deux rangs au lieu de quatre. Nous devrons aussi tester l’acoustique ». Une certaine nervosité s’installe dans le chœur, animant la pause. Mais, à l’instar des chœurs amateurs purement français, la confiance dans le chef est totale. Et les noms des solistes, que tous connaissent, circulent comme autant de gages de succès pour le concert. Angela Brown chantera soprano, Mariana Rewerski sera alto, Simon Edwards sera ténor et le toujours aimable (paraît-il) Bertrand Grunenwald assurera la partie basse. La soirée promet d’être belle et, surtout, mémorable pour la Paris Choral Society.
Michel Grinand


7 Zach-portrait-WebZachary (Zach) Ullery, chef du Paris Choral Society

« Beethoven voit plus Dieu dans la Nature que dans le clergé »

 

Avantchoeur.com : Depuis votre arrivée à la tête du Paris Choral Society, en 2011, quelle évolution avez-vous apportée au chœur ?
Zachary Ullery : C’est d’abord une plus grande rigueur dans les auditions d’entrée car le chœur compte aujourd’hui près de 100 choristes, ce qui est important à gérer. Il a aussi élevé son niveau de qualité vocale et chorale, ce qui le rend capable de relever des défis élevés en matière d’œuvre interprétées. Je tiens donc à maintenir ce niveau en élevant nos standards choraux. Par ailleurs, un certain sens de la communauté est indispensable dans ce chœur qui comprend autant d’anglophones que de francophones. Les choristes doivent participer de façon active aux tâches que le Bureau de l’association leur demande de remplir, notamment lors de l’organisation des concerts. Enfin, aucun chanteur n’est rémunéré. Les choristes viennent au chœur pour le plaisir.

 

ACC : Quels principes appliquez-vous pour diriger des choristes multiculturels et multilingues ?
Zach : Je tiens compte des différences culturelles au niveau choral pour organiser le choeur. Les Britanniques, par exemple, qui ont grandi en chantant dans des églises et des cathédrales, ont une certaine retenue. Les Américains, eux, ont un sens très fort de la communauté chorale. Quant aux Français, ils n’ont pas été élevés dans un contexte choral. Ils ont abordé la musique en tant que musiciens dans des conservatoires et ne viennent au chœur que comme à une seconde opportunité de faire de la musique. Ils se comportent donc davantage comme des solistes que comme des choristes.

 

8 Zach-mimant-la-production-du-son-aux-bassesACC : Le mariage entre les voix anglo-saxonnes et francophones est-il aisé ? Cela vous limite-t-il à un répertoire ou un idiome particulier ?
Zach : En termes de couleur vocale, je m’efforce de trouver un son homogène par tous les moyens possibles. La difficulté se situe au niveau de la couleur des voyelles : la même voyelle est souvent prononcée de façon plus sombre par les Français que par les anglo-saxons. Par ailleurs, l’anglais américain comprend plus de sons différents pour les mêmes voyelles que l’anglais britannique. Mais la pratique et le temps de travail en commun améliorent peu à peu les choses. J’obtiens aussi de bons résultats avec les langues sur lesquels tous les choristes doivent apprendre la prononciation, comme l’allemand ou le russe. Enfin, la langue qui marie le mieux les voix des uns et des autres est encore le latin, car il comprend beaucoup de sons basiques.

 

ACC : Vous présentez en concert de grandes œuvres. Combien de temps de travail consacrez-vous à chacune ?
Zach : Le programme annuel est décidé lors d’une réunion du comité de direction, un an avant. Mais en fait, nous n’aurons préparé la Messe Solennelle que pendant six mois, car nous avons déjà donné au mois de septembre le Requiem de Fauré, que nous avons préparé pendant trois mois, ainsi que notre Sing-Along avant Noël. En fait, j’estime qu’il est important de préparer plusieurs pièces en même temps, car elles se nourrissent l’une l’autre. Elles permettent aussi aux choristes de se relaxer en changeant d’œuvre.

 

9 Zach-guidant-les-sons-de-coteACC : Quelle interprétation donnerez-vous de la Messe Solennelle de Beethoven ?
Zach : Au tout début de la Messe, je crois que ce qui vient du cœur doit revenir au cœur. Je pense aussi que Beethoven croyait réellement en Dieu, même si le Credo fait apparaître une bipolarité dans sa foi. On y découvre que le compositeur écrit des pages et des pages sur un propos court, à savoir qu’il est croyant. Et puis, il expédie en deux mesures la référence à l’Eglise catholique : « Je crois en l’Eglise, une, sainte, catholique et apostolique. J’en déduis que Beethoven cache une double personnalité, un double visage et qu’il voit davantage Dieu dans sa Création et dans la Nature, que dans le clergé. Je ressens là comme un lien entre la Messe Solennelle et la Symphonie Pastorale ou, tout au moins, avec une partie de celle-ci.

 

ACC : Le 20 mars, le Paris Choral Society chantera hors de ses murs, à l’Eglise Saint-Eustache de Paris. Est-ce une première ?
Zach : Oui. Ce sera une nouvelle expérience pour nous et j’espère que nous y réaliserons une merveilleuse performance.
Propos recueillis par Michel Grinand