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1 choeur chantant WebJ’ai chanté avec accentus – Concert du 10 avril 2015

Des choristes amateurs dans un chœur très professionnel

 

Pour les choristes amateurs et collégiens, voici enfin venu le jour du concert Orphée et Eurydice avec accentus. La solennité de la Philharmonie de Paris, l’urgence des derniers réglages provoquent leur lot de perturbations que les professionnels d’accentus règlent en pilotant les choristes. Et tandis que les amateurs sentent leur autonomie leur échapper, le chœur se consolide et devient une phalange chorale au son homogène, comme une ultime leçon pour ceux qui auront chanté avec accentus.

 

2 Philharmoni le soir WebPréparatifs de concert. Depuis tôt ce matin, mon esprit ne m’a rien permis d’autre que préparer le concert de ce soir, à la Philharmonie de Paris. Les vocalises de toutes sortes se sont succédé à un rythme nerveux, suivies d’une pointilleuse révision au clavier des parties les moins sues et, enfin, d’un filage en solo du concert. La matinée y est passée. Après un bref repas et une sieste réparatrice, j’ai pris soin de relancer la mécanique sonore par une remise en voix. Puis j’ai préparé ma tenue noire, celle que le chœur dans lequel je chante habituellement réserve à ses concerts. Je mets un soin particulier à nouer à mon cou la cravate noire satinée si décriée par mes collègues choristes, mais que j’apprécie comme la complice des grands jours. Car ce soir, ma tenue sera celle d’accentus et je la revêts comme une nouvelle identité, avec une attention accrue. A mon âge, je n’aurai sans doute pas deux fois la possibilité de chanter à la Philharmonie et j’ai bien l’intention de mobiliser tous mes moyens et toutes mes forces pour aller au bout de ce défi. Me voilà prêt, en noir des pieds à la tête et pourtant souriant, un demi-sourire que je ne parviens pas à effacer de mes lèvres. Je prépare mon sac : partition, bouteille d’eau, sandwich, banane, barre chocolatée. Je mangerai dans le train, longtemps avant le concert, mais cela me convient : je n’aime pas me sentir alourdi par la digestion quand je chante. Par ailleurs, je sais qu’une fois à la Philharmonie, je n’aurai plus faim que de chanter. Je dissimule ma tenue noire sous un imperméable commode. Je suis prêt. Je pars.

 

3 attente dans les loges WebLuxe, calme et volupté. Je suis arrivé parmi les premiers et je patiente dans le hall de la Philharmonie avec d’autres choristes comme le ténor Claude Carat, sans doute le plus volontaire des choristes amateurs malgré ses cheveux blancs. D’un chœur à travers la France, il les porte longs et coiffés en arrière comme un panache princier. Bientôt, une jeune femme s’approche. Elle nous distribue des badges en plastique à fixer à la poitrine, puis nous entraîne vers les loges de la Philharmonie pour les choristes. Spacieuses, puisqu’elles sont prévues pour cinq à huit personnes, elles sont équipées d’une douche, d’un canapé, de fauteuils et d’une table supportant bouilloire, café, thé et gâteaux. Elles flattent l’ego et invitent à la détente. Les choristes ne s’en privent d’ailleurs pas et partout l’on discute, on se prépare, on boit un café. La porte s’ouvre et une tête apparaît pour annoncer : « Trois minutes, puis on vient vous chercher. Soyez prêts! ».

 

4 raccord loupé WebOubliés. La fébrilité nous prend soudain. C’est à qui lustre une dernière fois ses chaussures, avale le plus vite son café brûlant. Le regard fixé sur la porte, nous attendons. Les trois minutes passent, puis cinq, puis dix. Nerveux, Gabriel Beauvallet, le plus jeune d’entre nous, échauffe sa voix, tandis que je triture la clé de la loge dans ma poche, car c’est moi qui fermerai. Au bout de quinze minutes, je m’avance résolument vers la porte quand elle s’ouvre sur Thomas Meugnot, notre contact relation avec accentus: « Mais que faites-vous là ?, lance-t-il. La répétition a déjà commencé ». Cavalcade dans les couloirs et les escaliers jusqu’à la salle où nous nous faufilons dans les rangs sous le regard surpris du chef. Il ne dit rien, mais poursuit la répétition. Le temps de prendre une photo du chœur et le chef nous sollicite. Je chante avec les autres, mais c’est déjà le final. « Merci, lance alors Olivier Holt. A tout à l’heure pour le concert ». C’est donc fini. Pour moi, la répétition d’avant le concert n’aura duré que cinq minutes. Je grimace. Cela débute mal.

 

5 Claude et Yaxiang Lu chantent WebRetour dans les loges. De retour dans notre loge, nous nous regardons d’un air penaud avant de nous asseoir. Mais, cette fois, nous restons aux aguets, prêts à bondir par la porte laissée ouverte. A nouveau l’attente, même si elle est plus tendue qu’auparavant. Pour passer le temps, j’arpente les couloirs en échauffant discrètement ma voix. Une action tardive, mais que je ressens comme nécessaire. D’ailleurs, j’entends qu’on chante dans la plus grande des loges, qui est équipée d’un piano. Claude Carat et le ténor Michel Deconinck y vocalisent avec le jeune baryton Yaxiang Lu, qui s’est mis au piano. La voix puissante du jeune chinois domine le trio. Bientôt, il entonne hardiment l’air du Toréador, de Bizet, ce qui fait taire les deux ténors, qui s’assoient pour l’écouter. Le temps passant, Yaxiang Lu se tait à son tour, se contentant de jouer au piano, plutôt bien, d’ailleurs. L’attente s’installe à nouveau, studieuse pour certains, reposante pour d’autres, bien que le stress se ressente partout.

 

6 choristes accentus entre eux WebEn rangs. Brutalement, c’est le rappel des choristes dans les coulisses. Cette fois, je suis parmi les premiers devant l’entrée de l’auditorium. On nous fait signe de parler à voix basse car les jeunes musiciens de l’Orch’Est Ensemble jouent avec brio le concerto pour piano n°3 de Beethoven en première partie du concert. Nous reculons dans le hall pour découvrir les choristes, les solistes et les membres de l’organisation d’accentus rassemblés plus loin en un groupe intime et soudé, reflet des connivences et des expériences qui ont fait d’eux ces stars du chant choral. Sans nous concerter, choristes amateurs et collégiens respectons spontanément cette communion à la fois intimidante et tentante. J’aimerais trouver chez les amateurs la même force de cohésion rassurante, mais notre groupe est vierge de toute communion et rien ne le soude encore. Après le concert, peut-être. En soupirant, je prends la place qu’on m’indique dans le rang. Les seize hommes entreront en premier, d’abord les sept ténors, puis les neuf basses. J’attends.

 

14 O Holt et Orphee et Amour WebEntrée en scène. Ca y est, nous entrons. La partition placée côté public, nous effectuons un long parcours autour de l’orchestre pour frôler le public avant de monter sur l’estrade. On croirait un défilé de mode et c’est d’autant plus impressionnant que, mis en appétit par l’Orch’Est Ensemble, le public applaudit avec enthousiasme notre future prestation. Enfin me voilà sur l’estrade. Je m’aperçois alors que je me trouve à l’extrême droite du rang des hommes, avec Gabriel à ma gauche, puis un autre choriste amateur, puis un autre. Les basses se trouvent donc à gauche du public et les ténors à droite, formation inhabituelle chez les amateurs. En outre, je vois que les basses d’accentus et notre chef Marc Korovitch occupent le centre du chœur avec les meilleurs amateurs, laissant les ailes aux amateurs les moins sûrs. Je devine déjà qu’ainsi relégué sur l’aile, je chanterai avec retenue, laissant les choristes d’accentus guider mon chant. Avec un pincement au cœur, je comprends la stratégie des « accentus » : ils veulent réussir ce concert et ils ont « blindé » le centre du chœur pour en assurer la qualité vocale. J’apprécie à sa valeur cet engagement des professionnels qui fait honneur aux amateurs et aux collégiens : nous ressortirons avec un sentiment de réussite. Mais quid de la communion avec ces artistes ? Quid de ce combat contre moi-même que je rêvais de mener avec eux et grâce à eux, mêlant ma voix à la leur pour, peut-être, leur voler un peu de leur feu sacré ? Je ravale mon dépit et me concentre sur ma respiration. Oserai-je néanmoins dire que « j’ai chanté avec accentus » ? Réponse… maintenant.

 

8 choeur chantant WebEh ! bien, chantez à présent ! De fait, le départ du chœur est impeccable et je n’ai qu’à me laisser porter. Je chante effectivement d’une voix plus douce que d’ordinaire, mais je constate que mon travail solitaire n’a pas été vain : je ne fais plus de faux-départs, ni de fausses notes flagrantes. Ma voix se raffermit bientôt et sonne plus forte dans l’air du Cerbère. « Quel est l’audacieux… ? », mais moi, bien sûr et c’est moi encore qui célèbre « le riant séjour de la félicité » sans la moindre hésitation. J’ose même écouter mon voisin, Gabriel, dont la voix nette a la clarté et la légèreté de la jeunesse. La profondeur viendra plus tard, avec l’âge. Sans doute surpris par mon intérêt, il rate un départ, mais se rattrape avec une habileté qui fait envie. Durant un temps mort, j’observe aussi dans le public Frédéric Huette, mon photographe pour l’occasion. Egalement choriste, il aurait pu chanter avec nous, mais il n’a pu s’inscrire. Il est en train de photographier les solistes et je note son professionnalisme, bien que son polo jaune vif le désigne ostensiblement aux regards. Une erreur de débutant, concédera-t-il plus tard. Mais il aura fait l’essentiel : témoigner de ce concert qui se déroule bien. Les petits collégiens s’appliquent, même si le chœur des hommes gronde derrière eux, et les solistes déploient tout le charme de leurs voix, au point que je ne sais plus dire si je préfère l’Amour d’Adèle Charvet, l’Eurydice de Julie Prola ou l’Orphée de Clémence Poussin. Signe que tout se passe bien, le visage d’Olivier Holt nous montre un chef satisfait de sa phalange.

 

9 basses et ténors chantant WebFinal bissé. Mais voilà que nous abordons déjà le dernier morceau. Détendu et concentré à la fois, je le maîtrise avec aisance et brio, véritable pied-de-nez à toutes mes erreurs passées, puis finis parfaitement. Une sorte d’habitude chez moi : je peux me tromper souvent, mais je réussis toujours le final, allez savoir pourquoi ? L’ennui est qu’après, il n’y a plus rien. Ce concert m’apparaît soudain trop court. Heureusement, le public et Olivier Holt nous gratifient d’un bis, occasion de replonger avec délice dans le plaisir du chant avec ce chœur magnifique. Mais à présent, c’est bel et bien fini. Je ressens une pression sur mon bras gauche, signal pour que nous quittions la salle. Or, comme je suis en bout de file, c’est moi qui conduirai tout le monde. Je descends avec précaution la haute estrade et entame à nouveau la longue marche devant le public qui applaudit à tout rompre et lance des "Bravo!" sur notre passage.

 

10 salut de Olivier Holt WebJ’ai chanté avec accentus. Tous les yeux sont braqués sur moi qui mène la troupe. Aux mains qui se tendent vers nous, je devine que certaines personnes aimeraient toucher les choristes qui les ont enchantés. Leurs regards brillants, leurs sourires ravis pèsent sur moi de la même façon que sur les choristes d’accentus avec lesquels ma tenue noire me confond. Je comprends d’un coup que, pour ce public heureux, je suis accentus. Je cherche des yeux Frédéric et son appareil de photo, mais non, il est assis à sa place et bat des mains comme les autres. Tant pis, ma mémoire visuelle et corporelle sera ma mémoire photographique. J’absorbe des yeux et de tous mes pores la sensation de cette foule qui m’applaudit et je poursuis mon chemin en réalisant soudain que : « J’ai chanté avec accentus ! ». Bien sûr, il y aura encore un concert dimanche 12 avril, au CRD de Montreuil, comme me le rappelle une voix intérieure. Mais, le cœur battant à un rythme crescendo, je ne pense plus en ce moment qu’à une chose : « J’ai chanté avec accentus à la Philharmonie de Paris. J’ai chanté avec accentus à la Philharmonie de Paris… ».
Michel Grinand


11 raccord CRD choeur et orchestre WebJ’ai chanté avec accentus – Concert du 12 avril au CRD de Montreuil

Notes et impressions finales

 

Donnée le matin, au CRD de Montreuil, la prestation chorale du dimanche 12 avril a consolidé le succès du concert du vendredi précédent, mais aussi le lien entre les choristes. Les amateurs ont dès lors pu s’impliquer davantage, avec la bienveillante complicité des professionnels.

 

Un concert plus détendu. Le concert du dimanche 12 avril, à 11h00, au Conservatoire à Rayonnement Départemental de Montreuil (CRD) a pris un caractère plus convivial tout en restant de haut niveau. La salle, plus modeste, sombre et rectangulaire, a rapproché les choristes et donné aux solistes l’occasion de briller, pour le plus grand plaisir du public, dans lequel se reconnaissait Marie-France Juglar, directrice d’erda accentus venue assister au résultat du projet Orphée et Eurydice. Les choristes amateurs ont pu aussi s’exprimer davantage, les professionnels d’accentus assurant la qualité sonore. Cela n’a pas été sans légers dérapages, comme un démarrage légèrement anticipé de ma part ou un mezzo-forte à la place d’un piano sur le dernier « Il est vainqueur », de l’air des Furies.

 

12 choristes en loges WebComplicités chorales et musicales. Mais rien d’alarmant, simplement la confirmation que le professionnalisme passe par la maîtrise de chaque note, de chaque nuance, de chaque instant. Plus marquant a été le sentiment de complicité qui avait fait défaut lors du concert à la Philharmonie et qui s’est instauré spontanément entre les chanteurs professionnels et les chanteurs amateurs lors de ce second concert. Les échanges cordiaux et les sourires ont scellé cette communion, pour le plus grand plaisir des amateurs. Les collégiens, eux, ont trouvé ce sentiment de complicité avec le chef Olivier Holt. Assise avec ses parents dans le métro qui la ramenait chez elle, une très jeune fille leur confiait : « Le chef était gentil et drôle. Il faisait même des blagues. C’était super ». Chanter de faire de la musique ensemble rapproche décidément les êtres.

claude et ténors WebImpressions à la volée. L'aventure est achevée, mais j'ai pris le temps de noter les commentaires des uns et des autres sur le concert. « Les deux concerts étaient très bien, assure Thomas Meugnot, responsable des relations choristes d'erda accentus. Le Conservatoire à Rayonnement Départemental de Montreuil possède une belle acoustique, mais la salle avait un retour de voix. Les rangs du fond avaient sans doute un son moins bon que les rangs du devant. C’est pourquoi je me suis installé au bas de l’amphithéâtre. De plus, la Philharmonie donnait plus de brillance à l’orchestre et au chœur. Ajoutons que « l’effet Philharmonie » a sans doute joué, poussant les choristes d’accentus à se montrer au sommet de leur art. Du coup, les choristes amateurs ont été un peu dépassés ». Frédéric Huette, notre photographe de circonstance à la Philharmonie, a particulièrement apprécié le concert malgré sa mission de prises de vues: « Le concert de la Philharmonie était très bien. L’acoustique y est parfaite, très nette et le chœur sonnait bien, même si quelques choristes ont paru être en retrait. On entendait chaque voix. Les solistes, en particulier Adèle Charvet et Julie Prola ont aussi été très bien ». Mais comme le dit Claude Carat, membre du choeur amateur adulte, les efforts des amateurs ne les ont pas pour autant porté au niveau des chanteurs d'accentus: « Si le concert à la Philharmonie a été une belle prestation, nous avons été trop submergés par le talent des choristes d’accentus pour nous en féliciter ». Néanmoins, tous les amateurs sont également d'accord pour reconnaître qu'ils ont beaucoup appris au contact de ces professionnels. Le talent se transmet aussi par l'exemple.

MG  

14bis Choeur au complet WebLes participants au concert 

 

Olivier Holt, direction
Marc Korovitch, chef de chœur 
Astrid Marc, chef de chant et accompagnatrice au piano

 

Solistes:

Clémence Poussin : Orphée
Julie Prola : Eurydice
Adèle Charvet : Amour

 

Orch’Est Ensemble
Chœurs des collèges Valmy et Dorgelès
Chœur d’hommes amateurs : 
- Claude Carat, Michel Deconinck, Julien Girard, Benoît Joyeux et Thomas Le Cam : ténors
- Gabriel Beauvallet, Louis Dall’Ava (erda accentus), Michel Grinand, Georges Groult, Fabien Hérembert, Yaxiang Lu, Cédric Perrot et Samuel Pilot : basses
Avec le soutien des chanteurs d’accentus : 
- Sopranos : Laurence Favier-Durand, Charlotte Plasse
- Altos : Benjamin Clée, Thi Lien Truong
- Ténors : David Lefort, Maurizio Rossano
- Basses : Pierre Jeannot, Rigoberto Marin-Polop

 

Orfeo ed EuridiceLe projet de concert Orphée et Eurydice, version parisienne de Berlioz, qu’ont chanté les amateurs, était le volet pédagogique amateur de la version professionnelle italienne de Vienne donnée en concert par accentus avec, notamment, le contre-ténor italien Franco Faggioli dans le rôle d’Orfeo et Malin Hartelius dans celui d’Euridice, Emmanuelle de Negri prêtant sa voix à l’Amore. Cette version a ensuite été enregistrée en avril 2015 dans un disque dont la parution est prévue pour le 18 septembre 2015.

MG

Les participants au concert