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New-Dublin-Voices4Polyfollia 2014 – compte-rendu musical

Un bouquet final pour fêter la naissance de l’Art choral total

 

Sous les yeux d’un public ébahi, les ensembles vocaux et les chœurs présents à la dernière édition du festival choral Polyfollia ont déstructuré leurs formations pour emplir l’espace clos du concert de chants croisés, de jeux de scènes et d’intrusions entraînant les spectateurs au cœur même du chant. Emotions nouvelles et sensations d’inconnu ont fait vibrer les auditeurs.

 

La magie de Polyfollia a opéré jusqu’au bout. Survoltés par la certitude que cette prestation serait la dernière dans cette ultime édition du festival choral, les chœurs ont saisi leur public au collet pour leur ouvrir les yeux autant que l’ouïe. Faussement sages dans leur organisation en demi-cercle face au public, les Irlandais de New Dublin Voices ont multiplié les replacements des choristes pour agréger les voix et renouveler la sonorité de leur chœur sous les voûtes de la Chapelle de l’Institut d’Agneaux (51). Ils ont aussi entremêlé les ballades irlandaises mélancoliques, les chants sacrés hiératiques et les refrains profanes et ludiques pour émouvoir le public de façon différente à chaque nouveau chant. L’usage récurrent de la langue gaëlique contribuait aussi à emplir d’accents lointains et mystérieux l’atmosphère attentive. Les voix homogènes, la dominante féminine du chœur et le recours à quelques percussions ont parachevé la sensation d’un concert familier et étonnant à la fois.

 

Bogazici-poing-fermeLe chœur turc Bogazici Caz Korosu (Bogazici Jazz Choir) n’a pas eu besoin de se forcer pour amener l’exotisme au sein de l’Eglise Sainte-Croix de Saint-Lô. La langue turque, les compositions de Hasan Uçarsu (Yeniden), d’Erdal Tugcular (Kara Üsüm Salkimi) ou du chef de chœur Masis Aram Gözbek lui-même (Sabahin Seherinde Ötüyor Kuslar) sur des chants traditionnels ont entraîné l’imagination du public sous les cieux orientaux. D’autant plus que, les choristes chantant sans partition, ils avaient la liberté de changer régulièrement leur placement et de mimer certaines réparties, ajoutant cette mise en scène en écho à leur chant. A plusieurs reprises, le chœur s’est dissocié pour former un second chœur répondant au premier en disputes animées. Le recours à des compositions de l’Américain Eric Whitacre (With a Lily in your Hand), de l’Autrichien Moses Hogan (Hold On) ou du catalan Josep Vila y Casanas (Salve Regina) ont apporté leur touche cosmopolitisme à ce concert passionnant.

 

Meliades2C’est par leur grâce, leur présence scénique et la qualité de leurs voix que les quatre Méliades (Quatuor féminin Méliades) ont emporté l’adhésion totale du public. Avec elles, l’ensemble vocal se fait à volonté quatuor de solistes, en un jeu varié à l’infini. Raison pour laquelle Jacques Vanherle, président de Polyfollia, justifiait leur présence au milieu des chœurs plus traditionnels par ces mots : « C’est le coup de cœur du Festival ! ». Mais même à quatre, elles ont fait tourner la tête au public, débutant leur concert depuis l’entrée de l’Eglise Sainte-Croix, le poursuivant depuis le chœur, parfois dos au public, ou se dispersant savamment entre les travées pour mieux emplir le magnifique espace acoustique de l’église et faire chanter des refrains entraînants à tout l’auditoire. Le public a ri, aussi, de leur complicité, de leurs poses étudiées et des textes faussement naïfs et pudiques des vieilles chansons traditionnelles françaises. Il s’est ému à l’ineffable mélancolie du magnifique cycle « The invisible Kingdom », du compositeur français Thierry Machuel. La prière à la fois passionnée et désespérée de l’air « Purify », qui débute le cycle, produit toujours le même silence recueilli dans l’auditoire. En le donnant intégralement, les Méliades s’étaient gagné toute l’attention du public. L’inclusion dans le concert de l’air ancien « La rose et le rosier », arrangé par Guillaume Prieur, familiarisait les auditeurs au nouveau disque des Méliades: « Je me suis en allée… », consacré aux chansons françaises traditionnelles, et dans lequel leurs différentes voix se dévoilent dans tous leurs éclats.

 

Adelaide-1Venu des Antipodes, le chœur australien Adelaïde Chamber Singers donnait lui aussi une leçon de modernité à l’assemblée. Venus se positionner au centre du chœur de l’église tout en chantant leur premier morceau, les choristes ont régulièrement interverti leurs places, y compris le chef de chœur : Carl Crossin, qui céda pour un air son pupitre à une choriste. L’Adélaïde Chamber Singers s’est tout entier consacré à la musique contemporaine australienne, interprétant impeccablement les airs classiques de Clare Maclean, dont le très beau « Christ the King », ou d’Andrew Ford. Il s’est ensuite dédoublé et réinventé dans l’Eglise Sainte-Croix pour aborder un répertoire inconnu de nombre de spectateurs : la musique aux résonances aborigènes du cycle « Great Southern Spirits » de Stephen Leek. Abandonnant le chant classique pour des sonorités plus tribales, les choristes se sont dispersés dans l’église pour environner le public de cris de jungle nocturne, de souffles de vents issus du désert ou de clapotis de rivières secrètes. Dans l’atmosphère sombre de l’Eglise, les frissons étaient garantis.

 

Loic-Pierre-et-CarillonsLast, but not least, le chœur Mikrokosmos achevait le lendemain de sortir l’auditoire de ses chemins rebattus avec son interprétation magique de « La Nuit Dévoilée ». Conçu par son chef : Loïc Pierre, à partir de 17 oeuvres écrites par 12 compositeurs des 20e et 21e siècles, cet assemblage d’œuvres et d’arrangements est apparu comme la quintessence de ce qu’un chœur peut réaliser lors d’une prestation scénique. Outrepassant tous les codes, Mikrokosmos a utilisé toutes les possibilités vocales, du chant au chuchotement, de la parole à l’onomatopée, de la mélodie à la cacophonie. Le chœur a aussi occupé tout l’espace de la Chapelle de l’Institut d’Agneaux où il s’est produit : il a chanté derrière le public, devant le public, hors de vue du public ou en marchant autour du public. Il a même chanté assis parmi le public. Pour l’auditoire, cette intégration dans l’espace sonore du chœur a bousculé ses habitudes d’écoute en rajoutant une spatialisation aux différents éléments chantants du chœur : écouter le chœur impliquait d’entendre et l’ensemble vocal et chacune des voix qui le composait. Echafaudé sur plusieurs niveaux, le chant n’avait plus forcément le même sens pour tous les auditeurs, ce qui rajoutait une dimension narrative à l’œuvre totale : l’œuvre existait par son sens général, mais aussi par chacun des événements qui la composaient.

 

Les-filles-chantent-alternées--depuis-la-travéeAinsi, la voix du ou de la choriste qui chantait au milieu du public rapportait un son et une histoire différents de ceux que donnait le chœur dans son entier. Des effets sonores étaient aussi recherchés pour leur seul impact : le souvenir est fort de cette soprane non-voyante qui, environnée d’un sombre bourdon masculin, éclairait de sa voix lumineuse la nuit sonore de ses compagnons. Au final, Mikrokosmos donna un spectacle choral total que le public salua debout, longuement. Les nombreux chefs de chœur présents dans la salle avaient perçu toutes les perspectives chorales et scéniques que la troupe de Loïc Pierre leur avait ouvertes. Assurément, Polyfollia ne mourrait pas sans descendance.
Michel Grinand

 

 

 



Grain-de-sel2Un Grain de Sel et « Sept Poteaux » parmi les choeurs

 

Comme leurs grands frères, les petits ensembles vocaux  comme le quatuor mixte français Grain de Sel et le septuor masculin vénézuélien Siete Palos (Sept poteaux), sont sortis du cadre restrictif du chœur pour marier le chant à l’art scénique et à l’art populaire. S’inscrivant dans la mouvance du Jazz, Grain de Sel donne aussi dans le classicisme en interprétant du Brel ou du Ferrat ou s’isncrit dans l’art des rues en bruitant les instruments de musique qui lui font défaut. L’ensemble est élégant et enthousiaste, il séduit par ses trouvailles permanentes. Plus nombreux, les sept copains de Siete Palos s’attaquent au répertoire tonitruant des Salsas, Merengues, Reggae et autres Porros, raison pour laquelle ils chantent avec des micros. Mais ce sont des bruiteurs hors pair qui parviennent à faire oublier qu’aucun instrument ne les accompagne. Une performance en soi qui montre aussi une voie nouvelle pour les jeunes chœurs français.

MG

 

 

Ecouter les chœurs dans leurs œuvres :

 

La majorité des chœurs ayant édité à leur compte des disques pour Polyfollia, les auditeurs curieux devront les contacter directement pour retrouver les sensations vécues ou évoquées. D’où les quelques adresses qui suivent :  
- Bagazici Jazz Choir : Live Recordings. Contact : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
- New Dublin Voices : Something beginning with « B » - www.newdublinvoices.com contact : Grainne o’Hogan sur Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
- Adelaïde Chamber Singers : Different Angels – contact Carl Crossin : tel (61 8) 8223 4138
- Mikrokosmos : La Nuit Dévoilée – contact : Magali Cardeilhac sur Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.
- Méliades : « Je me suis en allée… » - le quatuor est produit par Ad Vitam Records : www.advitam-records.com et distribué par harmonia mundi