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1 CNJ E en bouquet Web9e Festival 10 de Chœurs, 30 mars -3 avril 2016, à Paris

Une édition pleine d'audaces chorales et d'originalités

 

Pour sa 9e édition dans le 10e arrondissement parisien, le festival 10 de Chœurs a célébré des chœurs atypiques comme Mangata, le Chœur National des Jeunes- L’Ecole ou encore les ensembles féminins Las que Cantan ou Le Miroir. Leurs originalités chorales, leur hardiesse d’interprétation ainsi que la qualité vocale de leurs choristes ont enchanté et comblé le public.

 

2 J MG discours WebCinq jours précieux pour le chant choral parisien. Petit frère du grand événement choral qu’est Voix sur Berges, cet autre festival choral organisé par l’organisme culturel CRL10 du 10e arrondissement parisien et dont la 21e édition se tiendra fin juin 2016, le festival 10 de Chœurs apparaît décidément comme la vitrine précieuse et la quintessence du chant choral amateur à Paris : « Le festival 10 de Chœurs a pour objectif de promouvoir les chœurs amateurs de qualité qui s’y produisent, s'exclamait d’ailleurs son président Jean-Marie Guezala. C’est pourquoi ses organisateurs n’ont retenu, pour cette 9e édition, que 12 chœurs parmi les 80 candidats inscrits. Mais quels chœurs ! Ils nous ont livré des concerts fantastiques ». Effectivement, les cinq jours du festival ont brillé du talent de chœurs réputés comme Stella Maris, Arthémys ou Koghtan. A ces « vétérans » de 10 de Chœurs, se sont encore rajoutés des ensembles inconnus ou nouveaux à la qualité chorale incontestable.

 

3 LQC cercle semi fermé WebLe Béarn au féminin. Emblématiques de par leur caractère, les ensembles vocaux féminins Las que Cantan et Le Miroir, ainsi que les chœurs Mangata et le Chœur National des Jeunes – l’Ecole ont ainsi enthousiasmé leur public. Dès leurs premières notes, chantées tout en cheminant depuis l’entrée de la Chapelle de l’Hôpital Saint-Louis vers l’autel, le soir du 1er avril 2016, les cinq chanteuses de Las que Cantan (Celles qui chantent) ont fasciné l’auditoire. Parisiennes formées à l’école de l’ensemble vocal béarnais Vox Bigerri, les jeunes chanteuses ont usé de voix tantôt simples et nasillardes, comme pouvaient l’être celles des paysannes béarnaises de jadis, et tantôt éduquées au meilleur classicisme lyrique pour magnifier les mélopées traditionnelles ou les mélismes des airs les plus modernes.

 

4 Las que Cantan saluantWebEchos d’ici et des lointaines montagnes. A l’unisson, en polyphonie ou en relais de solistes chantant par-dessus un bourdon, les chanteuses de Las que Cantan, que dirige tout en chantant Pascale Audiau, ont ainsi évoqué avec un évident plaisir choral et une grande complicité les amours malheureuses, mais aussi la vie libre et naturelle des enfants des vallées béarnaises. Dans une quête perpétuelle du son le plus adapté à la pièce chorale, elles ont varié les atmosphères, chantant tantôt face au public, tantôt en cercle fermé et même de chaque côté des auditeurs. Leur polyphonie souple et changeante a ému jusqu’aux voûtes de la chapelle Saint-Louis qui participèrent à l’ambiance montagnarde en laissant parfois traîner des échos de refrains.

 

5 Mangata negro spirituals WebL’infini chemin lunaire de Mangata. Pour sa première participation à 10 de Chœurs, puisqu’il n’a été créé qu’en 2013, l’ensemble vocal Mangata marqua les esprits avec son effectif singulier d’un alto masculin pour douze voix féminines et avec son répertoire résolument contemporain et international. Entonnant des pièces chorales de l’Espagnol Julio Dominguez, des Hongrois Miklos Kocsar et Levente Gyöngyösi, du suédois Carl-Bertil Agnestig et des nord-américains Joan Szymko et David Morrow, Mangata entraîna son auditoire d’un bout du monde moderne à l’autre. Il faut dire que son chef : Hernan Alcala, est Vénézuélien d’origine, formé dans son pays natal mais aussi à Paris, auprès d’Ariel Alonso, ainsi qu’en Hongrie. Voyager est donc pour lui une seconde nature, ce que traduit bien le nom de Mangata, mot hongrois signifiant « le chemin infini créé par le reflet de la lune sur l’eau ». De plus, le jeune chef a su retenir le meilleur des leçons de ses différents mentors et le concert de Mangata fut donc une suite de pièces magistralement interprétées, dans lesquelles la beauté des voix des choristes s’est associée à l’exactitude des départs, à l’homogénéité du chœur et à la maîtrise des parties solistes, des techniques vocales et des jeux vocaux.

 

5bis Mangata choristes sur le cotéWebTechnicité vocale et gourmandises chorales. Mangata a ainsi fait merveille dans ce répertoire à la fois dépaysant et magnifique. On se souviendra longtemps du très beau « O Magnum Mysterium » de Miklos Kocsar, du superbe double chœur du « Gloria » de Carl-Bertil Agnestig ou du magnifique « Confitemini Domino » de levente Gyöngyösi. Heureuses de chanter, les choristes ont bissé avec un plaisir gourmand le negro Spiritual « Didn’t my Lord deliver Daniel ? » de David Morrow, rythmant le chant de claquements de doigts joyeux. Et on a pu frémir d’impatience à entendre Hernan Alcala préciser que Mangata participerait quelques jours plus tard à la Finale du Concours International Léopold Bellan avant de préparer l’œuvre de fin de cycle de l’Ircam du jeune compositeur Jonathan Bell. Celui-ci, dont on a entendu la pièce « Pecure » lors du concert Mutazione, de Soli Tutti, a écrit une pièce chorale dans laquelle un i-Phone indiquera aléatoirement aux choristes des extraits choisis de la Bible afin qu’ils les interprètent dans une composition pleine de surprises. On ne peut qu’imaginer l’impact de cette œuvre kaléidoscopique sur un public averti.

 

7 Le Miroir WebLes séduisants chatoiements du Miroir. Tout aussi ébouriffant fut le programme que donna l’ensemble vocal féminin Le Miroir en l’église Saint-Martin des Champs, le dimanche 3 avril suivant. Spécialiste des créations chorales, celui-ci présenta, sous la direction de Cécile Rigazio, un répertoire majoritairement français. Pour autant, le dépaysement fut total. Après un Salve Regina d’Eric Tanguy aux affinités évidentes avec Poulenc et que magnifiaient les voix douces et équilibrées des choristes, les jeunes femmes entonnèrent un cycle de pièces animalières de Pierre Chépélov, dont « La Mésange sur le cerisier nu » au style drôle et sautillant. Plus grave et émouvante fut ensuite l’incursion du chœur dans l’impressionnante « Suite de Lorca », d’Einojuhani Rautavaara, qu’on a rarement l’occasion d’entendre chantée par un chœur de femmes. L’alto la plus grave rythma avec talent la sombre dramaturgie de « La Chanson du Cavalier » (Cancion del Jinete), avant que le chœur réalise un decrescendo magistral jusqu’au magnifique pianissimo du Cri (El Grito). Les trois voix de "Malaguena" furent d’un mélancolique fatalisme.

 

8bis Le Verre composé2 WebFormule chimique et magie. Revenant alors aux compositeurs français, Le Miroir régala l’auditoire avec le Verre Composé, une petite merveille de composition de Valérie Philippin écrite à partir d’une formule chimique chantée aléatoirement en canon. Après un beau mais sage Printemps (Tavasz), de Bela Bartok, Le Miroir nous fit découvrir le Jeu du Miroir, pièce que lui avait dédiée Jean-Christophe Rosaz. Ecrite sur le thème du « miroir magique qui révèle la plus belle femme », ce chant instaura avec subtilité une ambiance mystérieuse grâce aux sons aigus exprimés bouche fermée, ses contrechants erratiques et sa fin pianissimo sur un retour au chant bouche fermée. L’air traditionnel « Guarda toun boun Tein », toujours de Jean-Christophe Rosaz, apporta un rafraîchissant intermède avant que les choristes achèvent leur prestation sur La Source, un canon de Ligeti à la beauté lumineuse et aux accents mélancoliques. Le Miroir n’avait pas menti sur la beauté chorale qu’il annonçait au public.

 

9 CNJ et violons WebLe chant des jeunes voix. Invité pour la première fois au Festival 10 de Chœurs « parce qu’ils sont l’assurance de la naissance d’une nouvelle génération de chefs de chœur », confiait Jean-Marie Guezala au public, le Chœur National des Jeunes – L’Ecole, créé par la fédération A Cœur Joie, eut le privilège de clore le festival avec la fougue et l’audace de la jeunesse. Dirigés avec enthousiasme par Christine Morel, les jeunes choristes firent preuve d’une technique chorale et de qualités vocales irréprochables lors d’une première partie consacrée à Camille Saint-Saëns, Benjamin Britten, Clément Janequin et Francis Poulenc. La jeunesse des voix se maria avec bonheur aux douces nuances des « Four Flower Songs », de Britten, et aux pièces bucoliques de Saint-Saëns. Avant une Lune d’Avril, de Poulenc, habilement transposée pour chœur à quatre voix mixtes par Christine Morel, le Jeune Chœur national des Jeunes donna un impeccable Chant des Oiseaux, de Janequin.

 

10 CNJ E et jeune chef WebChoristes et chefs de chœur. La seconde partie fut plus festive, avec des pièces particulièrement populaires et entraînantes de Michaël Jackson, Sting, David Bowie ou Maxime Le Forestier. Mais on retiendra surtout le trop rarement chanté « Quand les hommes vivront d’amour », composé sur le texte de Raymond Levesque et extrait des Trois chants pour chœur a capella du compositeur américain Philip Glass. Avec Itaipu, ce cycle est l’une des deux œuvres chorales qu’a commis à ce jour le chantre du minimaliste et fait regretter qu’il n’ait pas poursuivi ses créations chorales. Une belle découverte, néanmoins, pour nombre d’auditeurs. Ces pièces légères furent aussi l’occasion pour Christine Morel de céder la direction à plusieurs de ses choristes les plus âgés. Faisant preuve d’une belle maîtrise, ceux-ci confirmèrent leur vocation à diriger prochainement leurs propres chœurs. Le festival 10 de Chœurs s’achevait ainsi sur une encourageante promesse d’avenir.
Michel Grinand