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1 ut varna 2016 avec verres et gglobe WebGrand Prix Européen de chant choral, Varna 2016

Le chœur italien l’emporte avec brio pour la pertinence de son programme

 

Pour la première fois depuis la création du Grand Prix Européen de chant choral, c’est un chœur italien : UT Insieme vocale Consonante, qui a remporté la palme à Varna, le 14 mai 2016, à l’issue d’un concours plein de rebondissements. Une compétition qui redore le blason du concours de Varna alors que celui-ci devrait devenir bisannuel.

 

2 Lorenzo Donati reçoit ses prix WebUn concours de très haut niveau. C’est le chœur italien UT Insieme vocale Consonante, dirigé par Lorenzo Donati, qui a remporté le Grand Prix Européen de chant choral qui s’est tenu à Varna, en Bulgarie, le 14 mai 2016. Une première dans l’histoire du Grand Prix puisqu’aucun chœur transalpin n’avait à ce jour gagné la prestigieuse compétition qui réunit chaque année les cinq vainqueurs des Grands Prix de chant choral des villes de Tours (France), Tolosa (Espagne), Arezzo (Italie), Varna (Bulgarie) et Debrecen (Slovénie) ou Maribor (Croatie) selon les années. Cinq chœurs concouraient donc le 14 mai, venus d’horizons très divers. Les chœurs nord-américains East Carolina University Chamber Singers (ECUCS, Chanteurs de Chambre de l’Université de Caroline de l’Est), représentant Maribor et dirigé par James Franklin, et le Syracuse University Singers, vainqueur à Tours et dirigé par John Warren, apportaient tous deux la dimension mondiale au concours. Le chœur hongrois Lautitia mixed Youth Choir (Jeune Chœur Mixte Lautitia), conduit par Jósef Nemes, avait gagné en 2015 à Arezzo, en Italie, tandis que c’est déjà à Varna que l’ensemble vocal italien UT Insieme Vocale – Consonante, dirigé par Lorenzo Donati, avait gagné sa participation. Enfin, le choeur d’enfants Amics de la Unio (Cor Infantil Amics de la Unio), originaire de la Catalogne espagnole et dirigé par Josep Vila, remplaçait le chœur français vainqueur à Tolosa en 2015, à savoir Mikrokosmos, pour représenter la ville de Tolosa.

 

3 Amics de la Unio1 WebUn chœur d’enfants très mature. La compétition débuta avec la prestation des Chanteurs de Chambre de l’Université de Caroline de l’Est. Démontrant une belle puissance chorale et une séduisante couleur vocale, le chœur américain interpréta de façon superbe des œuvres de Cyrillus Creek, Vytautas Miskinis et Herbert Howells. Avec sa direction classique, mais impeccable, James Franklin lançait un défi majeur à ses concurrents en plaçant très haut la barre qu’il faudrait dépasser pour battre son chœur. Et le public, ravi, frémit d’aise en voyant le niveau auquel la compétition se jouerait. Seconds à intervenir, les jeunes choristes du Cor Infantil Amics de la Unio relevèrent aussitôt le défi. Sous la direction de Josep Vila, ils donnèrent un vrai show dans lequel la perfection de la chorégraphie le disputa à la qualité chorale. Chantant du Ola Gjeilo et du Carles Gumi comme s’ils avaient composé eux-mêmes les partitions, réagissant au quart de tour aux battements d’un tambour entêtant, les jeunes choristes éblouirent l’auditoire. Du coup, celui-ci lui réserva une ovation qui laissa peu d’espoir à la concurrence. De fait, le trop classique Chœur de l’Université de Syracuse, qui intervint ensuite, sembla aussitôt terne et dépassé, malgré une belle interprétation des Trois Chansons, de Claude Debussy et de différents airs de Brahms. La trop sage direction de John Warren acheva de laisser le chœur en dehors de la compétition. A sa décharge, il faut dire que le chœur américain n’avait obtenu à Tours qu’un Second Prix au Concours International. La différence avec ses concurrents n’en paraissait que plus évidente.

 

4 Lautitia1 WebLe talent choral hongrois. Le public crut donc avoir trouvé son lauréat avec le chœur des petits Catalans, mais les jeunes Hongrois de Lautitia ne se donnèrent pas pour battus. Classique et international, le programme choisi par Josef Nemes s’avéra particulièrement beau avec un « Bogoroditse Djevo », de Rachmaninov, très inspiré, des pièces de György Orban, Peter Toth, Ko Matsushita et « Stars » d’Erik Esenvalds, chanté avec les coupes de cristal résonnant sous les doigts des choristes. Le public était déjà séduit quand, pour finir, le Jeune Chœur Mixte entonna une composition française : « Les Boîtes à Musique », de Guy Lafarge et Pierre Philippe, immortalisée par les Frères Jacques. Alors qu’un partie des garçons mimaient les pantins des boîtes à musique, la scène s’éteignit brutalement. Comme le chœur, qui chantait de mémoire, poursuivait imperturbablement la pièce, c’est à la lumière des portables du public et sous ses applaudissements nourris que le Lautitia finit Les Boîtes à Musique. Sa dernière pièce « Serenity », d’Ola Gjeilo, reçut le même accueil et le Lautitia se retrouva donc à égalité avec le Cor Infantil Amics de la Unio pour le Grand Prix.

 

5 Utic filles voilées WebUn programme sans rupture. Seul l’ensemble vocal UT Insieme-vocale Consonante, de Lorenzo Donati, pouvait encore changer le résultat. Et c’est ce qu’il fit. Tout de sombre vêtus, les 17 choristes entrèrent sur scène pour s’immobiliser en demi-cercle face au public. La seule touche de couleur venant des taches peintes jaunes et grises que les hommes portaient sur la partie gauche de leur visage. Le chef de chœur, Lorenzo Donati, demanda au public de ne pas applaudir entre les différentes pièces, celles-ci composant un tout évoquant le deuil et la vie après la mort. De fait, les jeunes femmes étaient voilées de noir. L’ensemble vocal entonna alors « Good Night », de John Lennon et Paul Mc Cartney, puis « Noche », une composition de Lorenz Donati lui-même. A la fin du morceau, les hommes retirèrent aux jeunes femmes leurs voiles, faisant apparaître leurs visages peints de flammes jaunes et grises, certaines choristes sur le profil droit et d’autres sur le profil gauche selon leur position dans le demi-cercle choral.

 

6 Utic chantant avec les verres2 WebUne mise en scène onirique. Tour à tour, les jeunes femmes déposèrent leur voile sur l’avant-scène, formant ainsi un tapis sombre devant le public. Se retirant sur le côté, Lorenzo Donati laissa ses choristes chanter « Io parto », de Gesualdo, tout en déposant un globe jaune comme le soleil sur le tapis des voiles. La pièce suivante fut naturellement « Stars », d’Erik Esenvalds, mais si les chanteurs italiens s’accompagnèrent également du chant des verres, ces derniers étaient colorés de bleu, de vert ou de violet ou rouge fuchsia. Ressortant sur l’anthracite de leurs vêtements, les visages peints des choristes et les coupes colorées formaient un tout harmonieux que les chanteurs reproduisirent à une échelle réduite en disposant à la fin de la pièce chorale les coupes autour du globe solaire. C’était le soleil et ses planètes, le jour et ses heures, le temps et son zodiaque. Le chœur entonna alors une « Ronde », de Ravel, chantée à la perfection, puis la « Conversion de Saül », de Randall Stooge.

 

7 UTic pose après la victoire WebRetour en pleine lumière. « Every Door », une nouvelle composition de Lorenzo Donati, ouvrit alors de nouvelles perspectives que la pièce « Aurora Lucis rutilat Adie », d’Orlando di Lasso, paracheva en répandant sa lumière apaisante et régénératrice. « Cela formait un tout et on se sentait bien, témoigna Christian Balandras, Directeur artistique du Festival des Chœurs Lauréats de Vaison-la-Romaine. Lorenzo Donati avait surpassé tous les autres chœurs par la qualité de son programme et de sa présentation. C’était parfait ». Effectivement, le chœur UT Insieme-vocale Consonante fut longuement ovationné par le public captivé et il remporta le Grand Prix Européen à l’unanimité. Le dernier chœur était devenu le premier.
Michel Grinand

 

8 Sola WebUn concours International aussi mémorable

 

Deux chœurs à réentendre. En marge du Grand Prix Européen se tenait aussi le Concours International de Chant choral de Varna. Celui-ci aussi restera dans les mémoires, pas seulement pour le haut niveau de son concours choral, mais parce qu’un changement majeur pourrait bien affecter son rythme. Deux chœurs s’y distinguèrent particulièrement. The Archipelago Singers, de Jakarta (Indonésie), dirigé par Ego Azarya, lui-même ancien choriste, afficha une superbe qualité musicale et de très belles voix. Il obtint le 1er Prix du Concours, ex aequo avec le chœur Sola, de l’Académie de Riga, en Lettonie. Comptant 37 choristes, ce chœur mixte dirigé par Kaspar Adamssons donna cinq pièces très difficiles sas s’aidr d’aucune partition. La qualité vocale lettone s’ajoutant à cette prouesse technique, c’est logiquement que Sola remporta le Grand Prix de la Ville de Varna. En 2017, à Tolosa, il affrontera donc le Chœur National des Jeunes, lui-même vainqueur à Tours, pour l’attribution du Grand Prix Européen de Chant choral 2017. Le public français aura l’occasion d’entendre Sola et The Archipelago Singers au Festival des Chœurs Lauréats de Vaison-la-Romaine, où sont traditionnellement invités tous les vainqueurs des villes participantes. 

 

Ch Balandras et Jos VenkenUne nouvelle ville pour le Grand Prix. En attendant, gênés par les difficultés économiques actuelles, les organisateurs du Concours de chant choral de Varna envisagent de réduire la fréquence du Concours International en le rendant bisannuel, comme ceux de Debrecen et Maribor. Pour l’Association du Grand Prix Européen, ce changement de rythme amoindrirait la compétition pour le Grand Prix et elle a déjà entamé la recherche d’une ville dont le concours choral compenserait la défection bisannuelle de Varna. Les concours de Martktoberdorf (Allemagne), de Maasmechelen (Belgique) ou de Spittal (Autriche) ont déjà été approchés. On parle aussi d’un nouveau concours à Riga, en Lettonie, où le chant choral est une véritable institution. La décision devra être prise d’ici la fin 2016 si Varna renonce effectivement à son Concours International 2017. Et l’Association du Grand Prix Européen compterait alors sept villes, ce qui ne peut que profiter au chant choral européen. 
MG