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1 les 3 chefs plan moyenWebConcours International Léopold Bellan 2016- catégorie Ensembles vocaux

Mangata et Le Plisson gagnent la Finale et leur billet pour la Super Finale du 22 mai 2016 à Paris

 

Dans une magistrale démonstration de leurs talents respectifs, le quatuor vocal Le Plisson et l’ensemble vocal Mangata ont atteint d’emblée les sommets du 90e Concours International Léopold Bellan en obtenant le Premier Prix ex aequo et un Prix Spécial chacun. Tous deux concourront lors de la Super Finale du 22 mai, salle Cortot à Paris avec, en point de mire, le Prix du Lauréat 2016.

 

2 Le jury à lécoute WebUn jury averti et pourtant surpris

 

Trois chefs de choeur. Pour l’entrée en lice des ensembles vocaux dans ce 90e Concours International Léopold Bellan, les membres du jury étaient des auditeurs avertis en matière de chant choral. Trois chefs de chœur talentueux et deux représentants internationaux siégeaient ainsi aux côtés d’Hélène Berger, vice-présidente du Concours et Françoise Pérenchio, Trésorière. Etaient présents Béatrice Malleret, chanteuse lyrique et chef de chœur pour Emmanuelle Haïm et Le Concert d’Astrée, ainsi que de divers chœurs amateurs de bon niveau ; Marc Korovitch, chef d’orchestre, chef de chœur assistant d’accentus et chef du chœur O’Trente et Dominique Spagnolo, chef d’orchestre, chef de la Maîtrise de Grigny, chef du chœur L’Atelier de l’Opéra de Massy et compositeur en résidence à l’Opéra de Massy. Yoko Kitano, représentant le Festival de musique d’Osaka, et Thomas Kreutzberger, de l’Université de musique de Vienne, avaient fait le voyage jusqu’à Paris pour apporter l’indispensable regard international sur la compétition. MG

Deux sur trois. C’est une entrée fracassante qu’auront faite les ensembles vocaux dans le Concours International Léopold Bellan, avec deux Premiers Prix ex aequo et deux Prix Spéciaux. Et encore ont-ils loupé de peu le Prix d’Honneur. Pourtant, seuls trois des cinq ensembles vocaux initialement prévus ont en définitive participé à la Finale du Concours, le 17 avril 2016, au Conservatoire à Rayonnement régional de Paris : le chœur Alma Musica, le quatuor Le Plisson et l’ensemble vocal Mangata. Mais la qualité compensa le nombre, comme en jugea le jury en récompensant à deux reprises deux des trois chœurs candidats. Et ce sont les choristes les plus chevronnés du chœur amateur Alma Musica qui eurent le difficile privilège d’ouvrir la compétition des ensembles vocaux sous la direction de leur chef Romain Mastier.

 

3 Alma Musica trois quarts WebUn beau mais difficile programme. Le programme d’Alma Musica, comprenant presque exclusivement des œuvres britanniques depuis le 16e siècle à notre ère, était alléchant avec « Weep, Ô mine Eyes », de John Bennett et diverses pièces d’Edward Elgar, Benjamin Britten, William Walton et, d’origine malgache, de Ritz Rakotomalala. Mais d’emblée, la pression du Concours et du public nombreux sembla se faire sentir, car les voix des choristes restèrent en deçà du niveau qu’on leur connaît. Dans l’acoustique parfaite de l’auditorium du CRR, qui laissait entendre chaque détail vocal, les tempos lents, choisis pour faire ressortir le romantisme des œuvres mais délicats à tenir, ainsi que les nombreuses mesures à une voix qui dépouillent la choralité, laissèrent filtrer des hésitations, parfois un flottement. Ce malaise ne permit pas aux choristes de trouver l’assise nécessaire pour emballer le Concours avant la pièce de Ritz Rakotomalala. Quelque peu emphatique mais belle, celle-ci fut alors superbement interprétée. Hélas ! Il s’agissait d’un sursaut tardif, puisque c’était la dernière œuvre de leur programme. Alma Musica avait laissé passer sa chance.

"Un choeur, un ensemble vocal et un quatuor réunis dans une même compétition chorale pour le plus grand plaisir du public"

4 Le Plisson WebChants d’oiseaux et d’amoureux. En costume Renaissance et sans partition, le quatuor Le Plisson instaura une tout autre atmosphère dans le Concours en interprétant exclusivement des pièces vocales du 16e siècle. Démarrant sur un Chant des Oiseaux vif et ludique, dans lequel les cris d’oiseaux se transformaient soudain en « noms d’oiseaux », le quatuor Le Plisson s’attira la sympathie immédiate du public avec une interprétation s’appuyant à la fois sur la beauté des voix, l’humour, la virtuosité et les jeux de scène. Suivirent ensuite des pièces plus tendres et de plus en plus joliment chantées qui parlèrent d’amour avec drôlerie, mais aussi avec la crudité des passions assumées. La connivence théâtrale entre les quatre choristes, ainsi qu’un évident plaisir à chanter ensemble donnèrent au quatuor un élan artistique qui ne cessa pas de faire monter en puissance la qualité chorale.

 

5 Le Plisson crie VictoireWebLa bataille de Marignan. C’est sur cette lancée confiante que Le Plisson aborda ce monument de la musique guerrière de la Renaissance qu’est La Guerre, polyphonie mais aussi jeu vocal que Clément Janequin composa pour célébrer la victoire de la Bataille de Marignan, en 1515. Traduire la profusion et le tumulte avec seulement quatre interprètes et quatre voix aurait pu être une gageure irréalisable. Pourtant, mêlant idéalement les onomatopées et les bruits corporels à la diction parfaite et la virtuosité vocale au jeu théâtral et aux mimiques, le quatuor Le Plisson emporta le public dans une évocation passionnante de la bataille qui fit la gloire de François 1er. Mieux encore, les voix isolées de chacun des chanteurs dévoilèrent à la fois la qualité de la performance et la technique vocale, ce qui était idéal pour un concours. Conquis par cette bataille, le public salua d’applaudissements nourris le talent et l’esthétique du Plisson, lequel prenait déjà une option sérieuse sur la première place du Concours International Léopold Bellan.

 

6 Mangata chantant avec pupitresWebUn grand écart de cinq siècles de musique. Après ce véritable spectacle choral, l’installation sur la scène par Hernan Alcala, chef du chœur Mangata, des onze pupitres nécessaires à ses choristes ajouta un défi supplémentaire à leur prestation. Comment l’ensemble vocal allait-il dépasser la séduisante esthétique du précédent concurrent ? Par l’élision immédiate des pupitres, puisque le chœur entra sur scène en chantant le superbe « Hodie », de Johan Szymko. Non seulement cette entrée en matière mit en évidence la qualité lyrique des jeunes voix de l’ensemble vocal, élevant d’un coup le niveau choral vers l’excellence, mais elle introduisit avec habilité l’univers musical contemporain du répertoire de l’ensemble Mangata, que le public parisien avaient déjà pu entendre le 1er avril lors du Festival 10 de Chœurs. Le magnifique « Salve Regina », de Miklos Kocsar, puis les deux « Gloria » qui suivirent, dont l’un de Carl-Bertil Agnestig, profitèrent de cet élan pour imposer leurs sonorités modernes au public.

 

7 Mangata dans le public WebDe la scène à la salle. Impressionné par cet étalage de talents et de musique contemporaine, le public crut avoir atteint le sommet. Il n’en était rien puisque, quittant leurs pupitres, les choristes se scindèrent en trois groupes dans l’amphithéâtre tout en chantant. Entourant le public, ils interprétèrent alors à plusieurs chœurs un excellent « Pater Noster », de l’Espagnol Julio Dominguez. La direction souple et précise du jeune chef et la technique vocale des choristes firent là aussi merveille dans ce répertoire. Les auditeurs, aux anges, virent alors les dernières choristes rejoindre leurs complices sur les marches de l’amphithéâtre et leur chef les diriger face au public pour leur faire chanter le beau, mais complexe « Confitemini Domino », de Levente Gyöngyösi. La victoire semblait bel et bien acquise au jeune chœur, mais l’ajout final d’un « Allelujah », pour joyeux qu’il fût, clôtura la prestation sur une impression un peu décevante de redite et de limitation au répertoire sacré. Cet épilogue inattendu eut pour conséquence inattendue pour le chœur de remettre en cause sa suprématie chorale et relança le suspense sur le résultat du Concours.

 

8 Remise des prix etroitisee et claireCWebDeux Premiers Prix pour trois candidats. Pourtant, de l’aveu de Marc Korovitch, qui fit office de président de jury pour l’occasion, les délibérations du jury furent courtes pour déterminer les places des ensembles vocaux sur le podium. Elles furent par contre plus longues pour attribuer les mentions spéciales. Pour son engagement, le chœur Alma Musica reçut ainsi le 3e Prix du Concours. Le quatuor Le Plisson et l’ensemble Mangata se partagèrent, eux, le 1er Prix, ainsi que le privilège rare de participer à la Super Finale du Concours International Léopold Bellan, le 22 mai à Paris. Tous deux reçurent également un Prix Spécial du jury, accompagné d’un chèque de 500 euros, qui vint consacrer leurs talents si différents, mais si évidents. Certains membres du jury auraient attribué directement un Prix d’Honneur, mais les chefs de chœur s’y refusèrent, trouvant dans la prestation des deux formations la possibilité d’améliorations possibles qu’ils s’empressèrent d’ailleurs de communiquer aux intéressés.

 

9 les 3 chefs de choeur du juryWebUne indispensable maîtrise de différents styles. Ainsi, et toujours du fait de la redoutable acoustique de l’auditorium, Marc Korovitch releva chez Mangata « d’infimes écarts de rythmes chez certaines choristes et l’absence de choix dans la sonorité vibrante ou non du chœur, confia-t-il au jeune chef de choeur. Si le chœur vibre, alors ce sont tous les choristes qui doivent chanter d’une voix vibrante, pas un sur deux ». Une remarque qui situe à quel niveau d’exigence est désormais considéré l’ensemble Mangata. Sachant que l’ensemble compte parmi eux un excellent alto masculin qui vient arrondir les aigus des femmes, on imagine la difficulté du choix que devra assumer Hernan Alcala pour préserver la tonalité globale du chœur. De son côté, Hélène Berger, vice-présidente du Concours, avoua avoir regretté que l’ensemble se soit cantonné au répertoire sacré. Plutôt que l’Allelujah final, elle eût trouvé plus séduisant un changement total de musique et de style.

 

10 Salle Cortot videWebUn excellent score. Même remarque, en quelque sorte, pour Le Plisson que sa tenue vestimentaire confine au répertoire Renaissance. On eût été ravi de les voir interpréter un air contemporain ou une pièce sacrée ou étrangère. Mais si ces détails avaient sans doute coûté aux deux ensembles vocaux l’obtention d’un Prix d’Honneur qui aurait salué leur professionnalisme, ceux-ci avaient néanmoins prouvé que le chant choral moderne est au niveau des candidats des autres catégories du Concours : « Deux chœurs participant à la Super Finale pour trois candidats, c’est un excellent score », insistait Hélne Berger. Le 22 mai 2016, salle Cortot, à Paris, l’occasion sera donc donnée au Plisson et à Mangata de confronter leur musicalité à celles des chanteurs lyriques et des instrumentistes, dans ce qui s’annonce comme une superbe Super Finale.
Michel Grinand