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Coline-Serreau-dirig-la-Chorale-du-DeltaChorale du Delta

Coline Serreau dit « Stop aux Violences sexuelles »

 

Le 2 octobre dernier, la Chorale du Delta, que dirige la réalisatrice Coline Serreau, a offert au public un concert magistral en faveur de l’Association « Stop aux Violences Sexuelles ». Deux heures d’un vrai spectacle mené tambour battant avec des choristes acteurs, des musiciens de haute volée et des solistes de talent. Le message choral est parfaitement passé.

 

Ils sont arrivés sur scène en courant. Ils, ce sont les choristes comédiens et chanteurs de la Chorale du Delta que dirige Coline Serreau depuis 2003 et qui, ce soir du 2 octobre, présentaient un concert dans l’Eglise comble de Saint-Germain des Prés. La passion chorale a soudé la chef et ses choristes. Pour la réalisatrice, formée à la musique au Conservatoire de la rue de Madrid, à Paris et au chant choral à la Schola Cantorum avec Jean Langlais, il s’agissait d’un retour aux sources. Pour les comédiens, les chanteurs et les amateurs qui l’ont rejointe dans cette aventure à l’occasion d’un stage, ce fut une découverte qu’ils n’ont plus voulu lâcher. Il faut dire que la réalisatrice leur apporte toute sa science pour satisfaire leur passion du spectacle. Pour commencer, elle supervise leur technique vocale : « Je les forme moi-même à partir de mes expériences du chant et du théâtre, rapporte Coline Serreau. Je leur apprends à bien gérer leur respiration et à placer leur voix. Surtout, je les pousse à rechercher la virtuosité vocale tout en restant toujours dans quelque chose de naturel, tant dans le registre que dans la voix. Je veux qu’ils évitent le vibrato qui fait chanter faux dans les chœurs. Selon moi, les voix pures sont les plus indiquées pour chanter en chœur ».

 

Coline-Serreau-yeux-corrigésTravail solo pour de meilleurs sons choraux. Ceci étant, Coline Serreau pousse tous ses choristes à devenir solistes : « Le fait de pouvoir chanter en solo est très motivant pour des choristes, justifie-t-elle. Ils travaillent davantage leur voix et c’est le niveau général du chœur qui augmente. De plus, intégrer des airs solos durant le concert aère celui-ci, tout comme les parties instrumentales ». S’ajoute à cela le rythme intense des concerts, en particulier durant la belle saison : en 2013, le noyau dur de la Chorale du Delta a donné 37 concerts entre les mois de mai et septembre, dans le sud de la France et dans le Loir-et-cher. En 2015, ils devraient se produire 64 fois. Comme le travail est intense, la Chorale du Delta connaît un turnover naturel : « Je ne pratique aucune audition, mais nous cultivons l’excellence et la sélection se fait par la qualité, reconnaît Coline Serreau. Je possède de très bons chefs de pupitre, dont Reta Kazarian ( ?), qui est aussi chef de la Chorale de La Villette et de chœurs à Ville d’Avray et Saint-Cloud. Ces collaborateurs sont comme des locomotives qui entraînent les autres choristes, ce qui nous permet de travailler vite. Les choristes doivent donc être très bons lecteurs et accepter de travailler beaucoup pour tenir le rythme. Ceux que cela rebute ne restent donc pas ».

 

Mise-en-scène-Air-du-FroidUne mise en scène concertante. Avec une telle phalange, Coline Serreau peut se permettre de n’aborder que des œuvres majeures : « Nous ne chantons que des chefs-d’œuvre et nos concerts sont toujours gratuits afin que tout le monde puisse y assister », confie-t-elle. Un public qui se presse nombreux pour assister au spectacle. Car un concert de La Chorale du Delta se présente comme un véritable spectacle. Dans sa mise en scène soignée se reconnaît tout le talent de la réalisatrice. La chorale alterne ainsi les cantates ou extraits d’oratorio chantés partition en main avec les airs d’opéra scénarisés. Les musiciens ont droit à leur morceau de bravoure, de même que les solistes les plus assurés, comme Reta Kazarian qui, ce jour-là, interpréta un très bel « Erbarbe dich » de Jean-Sébastien Bach. Tous ces airs sont choisis pour leurs nuances et pour répondre aux objectifs du concert. Le 2 octobre, la Chorale du Delta chantait dans le cadre d’un concert caritatif au profit de l’Association « Stop aux violences sexuelles ».

 

La-Chorale-chantant-Amazing-GraceDes airs choisis pour parler au coeur. Créée en 2013, cette association milite pour la reconnaissance de ce fléau qui touche toutes les catégories de personnes : une femme sur quatre, un homme sur six et des milliers d’enfants à travers le monde. L’association veut sensibiliser les professionnels de la santé, de l’Education et les représentants de l’ordre sur l’impact de ces agressions sur les personnes et sur la nécessité d’une surveillance plus grande et d’une stratégie de santé publique sur cinq ans. Pour appuyer ce message, Coline Serreau et ses choristes ont interprété des airs évoquant des drames, mais en alternant les plaintes sincères et les parodies comiques : « Il faut que les œuvres soient comprises par l’ensemble du public sans didactisme excessif », insiste Coline Serreau. Le « Dieu, aie pitié de moi » de Jean-Sébastien Bach a donc côtoyé un extrait du Roi Carotte, personnage rongé par l’addiction au pouvoir et mis en scène par Offenbach ; le « Erlkönig » de Schubert, récit d’un enfant qui meurt sans que son père réponde à ses appels, a précédé « L’Air du Froid », de Purcell et le cri de l’Italienne à Alger : « Je suis au bord du Naufrage » a devancé le « Cantique de Jean Racine », de Fauré, et la rédemption du négrier d’ « Amazing Grace », un Gospel repris en bis par l’ensemble du chœur et Coline Serreau elle-même.

 

Reta-Khazarian2015, année d’un film et d’un nouveau répertoire. Sans pathos excessif, le concert a donc passionné le public pendant près de deux heures. Les belles voix, les pianissimos de velours et les jeux de scène ont achevé de rendre la soirée mémorable, donnant au public l’envie d’adhérer au discours et de revenir aux prochains concerts. La Chorale du Delta mène donc sa barque avec habilité et vélocité dans le paysage choral. Coline Serreau réendossant son costume de réalisatrice pour préparer en 2015 un nouveau film, dans lequel elle ne manquera pas de mettre en scène un choeur, c’est Reta Kazarian qui tiendra la baguette de la direction chorale jusqu’à mai de l’année prochaine. Elle aura la charge de préparer faire travailler le chœur sur des extraits des Passions de Bach, du Requiem Allemand de Brahms et des airs de Schubert et de Mozart. C’est avec ce répertoire que la Chorale reprendra alors sa tournée estivale.
Michel Grinand