AvantChœur.com

Le magazine en ligne du chant choral

Thierry-Machuel-Web1Thierry Machuel, compositeur du Duplicateur

« Cet opéra burlesque aborde des territoires nouveaux »

 

Le 13 décembre 2014 aura lieu, au Théâtre La Barbacane de Beynes (78), la première mondiale du Duplicateur, de Thierry Machuel, joué par la compagnie Chœur en Scène sur un texte de Benoît Richter et une mise en scène de Yaël Bacry. Traitant le thème du clonage humain, cet opéra burlesque renouvelle le genre de l’opéra choral dont le compositeur s’est fait le chantre. Interview.

 

Avantchoeur.com : Après 18 mois intenses de création, votre nouvel opéra Le Duplicateur va être joué. Que pensez-vous de cette oeuvre ?
Thierry Machuel : je vous avoue que je ne puis juger mon travail car nous sommes toujours dans le feu de l’action. Nous procédons encore à des ajustements et des mises en place nouvelles. Jusqu’au dernier moment, ma musique, la mise en scène de Yaël Bacry et la direction d’Emmanuèle Dubost-Bicalho peuvent évoluer. Nous bichonnons l’œuvre, nous la consolidons.

 

ACC : Mais le résultat est-il conforme à ce que vous espériez ?
TM : La forme de l’œuvre a beaucoup évolué. Au départ, je voulais reprendre le concept d’opéra choral que j’ai créé avec mes opéras sur l’univers de Clairvaux. Selon ce concept, l’opéra contient des rôles que les choristes se partagent indifféremment. Mais la profusion des scènes et la générosité du livret de Benoît Richter ont fait que Le Duplicateur est devenu hybride et se situe entre le théâtre musical, l’opéra choral et l’opéra classique. C’est pourquoi Emmanuèle Dubost-Bicalho a proposé de le rebaptiser « opéra burlesque ».

 

Couronne 9840ACC : En quoi cet opéra burlesque est-il hybride ?
TM : Sur le plan du scénario, il comprend une très riche galerie de personnages destinés à illustrer ce thème du clonage humain. Il est aussi composé non comme une histoire, mais comme une série de tableaux qui se complètent en apportant chacun une vision nouvelle des conséquences maléfiques de ce Duplicateur. De ce fait, les choristes doivent tous endosser plusieurs rôles, le plus souvent dans des conditions d’urgence. L’ensemble va toujours très vite, comme si nous étions dans une espèce de TGV qui accélère sans cesse. On finit par être pris dans un tourbillon, à l’image de ce que nous essayons de dénoncer : les dangers du clonage, qui introduit la captation du vivant par la société de clonage, laquelle génère l’aspect éphémère de cette pseudo vie éternelle qu’on n’arrive plus à quitter et qui, loin d’être un paradis, devient avec le Duplicateur une espèce d’enfer qui tourne sans logique et de plus en plus vite. Seule une grand-mère, à la fin, dira : « J’arrête. Je ne veux plus de cette vie-là ». Elle propose ainsi une autre façon d’aborder la mort, avec courage, en regardant en face quelque chose qu’on enfouit aujourd’hui sous des discours et des faux-semblants.

 

Jumelles-et-choeur-29 11ACC : Votre musique suit-elle ce rythme infernal ?
TM : Oui, je l’ai conçue comme une avancée progressive vers une folie, un paroxysme d’absurdité amené dans le scénario de manière implacable par le texte de Benoît Richter et la mise en scène de Yaël Bacry. En fait, chacun de nous a apporté sa pierre à l’édifice de ce rythme de plus en plus rapide et tourbillonnant.

 

ACC : Vous en parlez avec une certaine jubilation. Est-ce une œuvre vraiment comique ?
TM : Oh! Oui. Elle est emplie d’humour. Elle contient aussi de la poésie, comme ce poème sur le sens de la vie, profond et mystérieux, qui achève l’opéra sur un chœur a capella. Par ce chœur, qui valorise la nudité et l’unicité de la voix des choristes, j’ai voulu traduire le fait que tout être humain est unique et reste fragile comme une voix.

 

L’argument du Duplicateur

 

La société Mon Santon s'est approprié le clonage en inventant un appareil qui reproduit instantanément les gens à leur mort : Le Duplicateur. Cet appareil, dont elle a l’exclusivité, génère rapidement une société dans laquelle les personnes, assurées de leur immortalité par leurs cotisations, ne se protègent plus, mais se complaisent à s’autodétruire. Très vite, les excès, les erreurs de reproduction et les défaillances de l’appareil se multiplient, au point de créer un monde infernal car totalement insensé. Il faudra la sagesse des anciens pour redonner un sens à cette vie dénaturée.

 

ACC : Le Duplicateur aura-t-il été une expérience importante pour vous et y reconnaîtra-t-on la musique du Thierry Machuel qu’on connaît ?
TM : C’est une expérience extrêmement riche. Toute nouvelle œuvre qui s’étend comme celle-ci sur près de 18 mois est plus riche en enseignements que les œuvres brèves. Il faut s’adapter aux artistes qui vont l’interpréter, au texte, à la mise en scène, aux déplacements et aux décors. J’ai dû m’adapter aussi à cet ensemble instrumental que j’ai voulu composé d’un accordéon, d’une guitare électrique et d’une contrebasse. Ces contraintes font que je reste un humble artisan qui apprend toujours son métier. De ce fait, on reconnaîtra forcément ma musique, en particulier dans le final a capella. Mais il y a aussi plein de passages solos ou instrumentaux dans lesquels j’espère avoir abordé des territoires nouveaux.
Propos recueillis par Michel Grinand