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marthe davost durant le boleroCréation mondiale de Thierry Machuel

Le Chœur de Grenelle transcende a capella le Boléro de Ravel 

 

Pour célébrer ses dix ans d’existence, le Chœur de Grenelle s’est offert l’arrangement du Boléro de Ravel pour chœur a capella par le compositeur Thierry Machuel. Les trois concerts prévus jusque-là, qui réunissent aussi Purcell et Charpentier, atteignent déjà « L’Extase » promise par la cheffe Alix Debaecker.

 

Un tube planétaire en cadeau d’anniversaire. Pour ses dix ans et sa troisième collaboration avec le compositeur Thierry Machuel et le poète Benoît Richter, Le Chœur de Grenelle ne s’attendait pas à se voir livrer un « tube planétaire». De fait, les deux complices ont proposé à l’ensemble vocal que dirige Alix Debaecker rien de moins que la transcription pour chœur du Boléro de Ravel. « Une idée folle !, reconnaît d’autant plus Thierry Machuel qu’il était alors en résidence au Japon. Benoît Richter me l’avait suggérée car l’œuvre de Ravel appartient désormais au domaine public. Mais la partition est d’une finesse très complexe, avec des variations constantes et des limites aiguës et basses inaccessibles aux voix. J’ai compris qu’il valait mieux préserver l’imaginaire que nous avons tous développé à partir de cette œuvre mythique plutôt que de chercher à retrouver l’orchestre. D’autant que Benoît Richter est parti d’une idée merveilleuse pour inventer son récit intitulé Terra Boléro ». De fait, le poète dit s’être « inspiré de La Petite Cosmogonie Portative, de Raymond Queneau, ainsi que des nombreux Genèses existantes pour écrire un texte sur la création du monde à travers l’énumération des dix-huit âges de la Terre. Coïncidence, j’ai découvert que la structure du Boléro suit exactement la structure des âges géologiques tels que nous les connaissons aujourd’hui ».

thierry machuel et benoit richterL’irrésistible transe du Boléro. Poème en main, Thierry Machuel a travaillé d’arrache-pied depuis le Japon pour livrer la partition à la date anniversaire du Chœur de Grenelle. Pressé par le délai, il a temporairement renoncé au texte : « J’ai laissé la mélodie vocalisée, elle ne voyage [pour l’instant] que par les timbres. Le rythme, à l’instar de la mélodie, reste sous la seule responsabilité des mouvements et des voix, ce qui reste un formidable défi pour le chœur ». Ainsi, la création du 14 juin s’est faite sans texte. Mais, après les œuvres sacrées de Henry Purcell et le Miserere de Marc-Antoine Charpentier impeccablement interprétés par le Chœur de Grenelle, ce Boléro vocalisé a sacralisé le concert. Démarrant d’un quintet vocal, le chœur a usé de tous les moyens qu’offre l’humain pour créer du son : instrumentation vocalisée, mélodie sifflée ou musique corporelle : épaule et cuisse percutés de la main et pied battant le sol, enfin l’agrégation progressive des trente-huit choristes au fil des reprises jusqu’à atteindre 15 voix mêlées pour atteindre à la transe du Boléro. Quand la cheffe Alix Debaecker s’est mise à danser sur le rythme, le public était définitivement emporté par le maelström final et par la magnifique voix de la soprano Marthe Davost qui le dominait.

alix debaecker danse sur le boleroConcert avec texte et chant à l’automne. L’ovation qui suivit était méritée : « Je suis content parce qu’à un moment, on oublie tout à fait que ce devrait être un orchestre », témoigne le compositeur. « C’est un bonheur de chanter ce Boléro, renchérit la choriste Hélène Velluet. Difficile, mais génial. Nous avons de la chance que le compositeur et notre cheffe nous aient fait confiance ». Pour autant, Thierry Machuel n’abandonne pas le texte : « Je me prépare à créer une ligne nouvelle, mêlée à la pédale de dominante que la flûte naguère amorçait : peu de syllabes et son rythme propre, pour contaminer l’ensemble des voix lorsque la modulation arrive, lorsque le texte nous dit que l’humain est là et qu’enfin on entend les syllabes dispersées qui se réunissent, forment des mots, des appels, un chant, un cri », explique-t-il en se référant à la narration du Terra Boléro de Benoît Richter. Texte et musique seront donc liés en septembre. Ils seront présentés à l’occasion d’un concert accompagné d’un film. L’impatience nous gagne déjà.
Michel Grinand

Prochains concerts : 

- Dimanche 24 juin, 15h30, église Notre-Dame du Liban, Paris
- Jeudi 28 juin, 20h30, église Notre-Dame des Blancs-Manteaux, Paris
http://www.choeurdegrenelle.com/ 
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