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Le magazine en ligne du chant choral

1 Le Miroir dans la galerie au dessus du publicWeb« Once upon a Time », concert du 19 novembre 2016

L’ensemble vocal Le Miroir met en scène la vie et la passion au féminin

 

En vingt-trois pièces chorales puisées dans les œuvres de quinze compositeurs des 20e et 21e siècles, les choristes féminines du Miroir ont exprimé par le chant choral, la gestuelle et la mise en scène la profusion et la complexité des émotions qui emplissent la vie des femmes, depuis le jeu mutin jusqu’à l’affliction la plus grande. Une histoire émouvante et magnifique qui ne finit jamais.

 

2 langage des signes WebLe monde selon les femmes. C’est un véritable spectacle sur le monde tel que les femmes le perçoivent et le vivent qu’ont donné, sous la direction complice de Cécile Rigazio, les choristes de l’ensemble vocal féminin Le Miroir lors de leur concert à l’église Réformée de Paris Luxembourg, le 19 novembre 2016. Intitulé: « Once upon a Time », ce programme a cappella a d’ailleurs suscité les réactions immédiates et enthousiastes des spectatrices : « Ce concert a été magnifique avec son mélange de mises en scène, de chants et de jeux vocaux ! s’écriait ainsi l’une d’elles. On ne pouvait que se focaliser sur les voix et leur profondeur ». Et cette autre de renchérir : « Ce voyage dans l’âme du féminin avec ce rapport à la terre qu’apporte le marimba et ces contrastes entre le haut et le bas, la droite et la gauche ont constitué un moment extraordinaire ! La présentation écrite des saynètes, l’introduction par le langage des signes, la scénographie et la découverte de tous ces compositeurs contemporains m’ont enchantée ». De fait, en vingt-quatre tableaux chantés, récités ou joués et parfois accompagnés au marimba par la percussionniste Yi-Hsuan Chen, Le Miroir a reflété la grande diversité des préoccupations des femmes en même temps que leurs multiples façons de les exprimer.

 

3 Verre composéWebDiversité des expressions. C’est d’ailleurs l’extrême diversité des expressions qui a été la première impression qui s’est dégagée de ce concert. D’ores et déjà, tout en constituant un ensemble à l’homogénéité parfaite dès qu’il s’agissait de chanter des polyphonies classiques, comme « Universi Populi » ou les chants de Bela Bartok et de Knut Nystesdt, les choristes du Miroir ont démontré des capacités surprenantes à singulariser leurs expressions vocales et physiques pour les compositions les plus insolites. L’improvisation tint d’ailleurs certainement un rôle dans ces variations. Les jeux vocaux d’un John Cage (« Story »), d’un Georges Aperghis (« Récitation 9 »), d’un Jean-Christophe Rosaz (« Jeu de Miroir ») ou d’une Valérie Philippin (« Verre composé ») sonnèrent comme des structures vocales aussi parfaitement musicales que les compositions dramatiques d’Einojuhani Rautavaara (« Suite de Lorca « , extrait), de Thierry Machuel (« Maternidad », extrait) ou de Pierre Chépélov (« La mésange sur le Cerisier nu »). Le chant, la récitation, la déclamation, le geste et même le silence, le temps d’une pièce instrumentale, firent sens, qu’ils aient été produits en chœur, à l’unisson, en canon ou en solistes. Et comme Cécile Rigazio avait eu la bonne idée de demander aux spectateurs de n’applaudir « que s’ils ne pouvaient s’en empêcher », le spectacle choral se déroula sans rupture, comme une succession de tableaux scéniques toujours changeants et toujours captivants.

 

4 Marimba WebUn spectacle pour tous les sens. Le fil conducteur du concert fut cependant moins verbal que visuel ou sensuel et les historiettes rapportées par les textes s’enchaînèrent moins par leur sens que par les émotions qu’elles purent susciter. Ainsi, le démarrage du concert sur une choriste seule en scène, traduisant en langage des signes « Universi Populi », un chant appelant à la communion les pèlerins de Saint-Jacques de Compostelle et que chantait le chœur depuis la mezzanine située au-dessus et derrière le public, donna subtilement le ton : le concert s’adresserait à tous les sens du public en même temps. Ce que confirma aussitôt la mise en scène du chorégraphe et metteur en scène Dylan Read, qui usa des postures, des gestes ou des pupitres comme éléments de langage. De même pour l’intermède musical virtuose que proposa Yi-Hsuan Chen avec son marimba devant le chœur soudain silencieux et qui inspira une réflexion sur la nature. Ou encore les déplacements soudains de la chef de chœur Cécile Rigazio, soit qu’elle s’insérât dans le chœur pour y mêler sa voix, soit qu’elle sortît de scène comme pour une pause de répétition, laissant les choristes se lancer dans des joutes chorales faussement récréatives (« En ce Temps-là... », de Mirtha Pozzi). La chef de chœur finit d’ailleurs le concert en dirigeant le chœur de dos pour faire face au public.

 

5 Cecile dirigeant face au public ClaireWebDe l’autre côté du Miroir. Tout cela ajouta des non-dits emplis de sens à l’impact des polyphonies et acheva de fasciner l’auditoire. La connexion entre le public et le chœur ne se rompit donc jamais et les spectateurs purent ainsi se laisser conquérir autant par la pertinence des interventions des choristes, que par la joliesse et la variété de leurs voix ou par leurs jeux scéniques. Ils reçurent ainsi les compositions les plus complexes comme les plus simples avec la même attention et la même compréhension, en dépit de la diversité des langues chantées, du latin au français en passant par le hongrois, l’espagnol et l’anglais. Plus étonnant est le fait qu’ils s’approprièrent sans mal le concept d’un concert choral dans lequel la voix chorale ne s’exprimait pas toujours par le chant. Mais sans doute cela est-il à mettre au crédit du talent de l’ensemble vocal Le Miroir et de sa chef qui surent, comme certaine petite fille au lapin blanc, faire passer leur auditoire dans une autre dimension merveilleuse, là où mille et une histoires réunies font un conte.
Michel Grinand