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1 Ens vocal M Piquemal WebLa Création de Haydn transcrite par Anton Wranitsky

Une Première historique aux Bernardins par l’Ensemble vocal Michel Piquemal

 

En accueillant Michel Piquemal et son ensemble vocal dans la transcription par Anton Wranitsky de La Création, de Joseph Haydn, pour solistes, cordes, quintette à chœur et clavecin, le Collège des Bernardins est à l’origine d’une Première publique historique qui, par ses chants et ses lumières, a magnifiquement célébré la préservation de la Terre voulue par l’Encyclique du Pape François.

 

Une Première inattendue. Jamais la transcription de La Création, de Joseph Haydn, qu’en avait faite Anton Wranitsky dès 1805 pour solistes, chœur, quintette à cordes et clavecin n’avait eu l’honneur d’une audition publique, assurait en ce soir du 9 mai 2016 Marc Vignal, grand spécialiste de l’œuvre de Haydn : « Anton Wranistky l’avait écrite pour des auditions exclusivement privées. Nous assistons donc à une première parisienne historique ». De quoi étonner mais aussi réjouir le public venu au Collège des Bernardins écouter cette œuvre composée à partir du texte du « Paradis Perdu », de Milton, et choisie expressément par la directrice artistique du Collège : Véronique de Boisseson, pour célébrer l’Encyclique du Pape François sur la protection de la Terre. L’interprétation serait à la charge de Michel Piquemal et de son Ensemble vocal éponyme, accompagnés de trois solistes de renom : Sophie Marin-Degor, qui prêterait sa voix à l’Archange Gabriel et à Eve ; le ténor Philippe Do, qui chanterait Uriel et le basse Julien Véronèse qui serait tour à tour Raphaël et Adam. Le quintette à cordes serait assuré par les solistes de l’Orchestre Pasdeloup, tandis que Thomas Tacquet serait au clavecin. La soirée promettait donc d’être belle.

 

2 Trio WebDe la nuit à la lumière. C’est dans une pénombre d’aube naissante que Michel Piquemal entama le concert. Sa direction lente et légère évoquait encore le réveil quand il lança d’un geste l’embrasement solaire du « Que la Lumière soit ! », lancé fortissimo par le chœur. On crut revivre l’expression de Mme de Staël à la Première parisienne de la version pour orchestre et chœur quand elle s’exclama: « Quand la Lumière fut, il fallut se boucher les oreilles ». De sa voix solaire, Philippe Do/Uriel chassa alors les démons dans la Nuit éternelle avant que Julien Véronèse/Raphaël rapporte la création de la Terre d’une voix solennelle et magnifique. Le Gabriel de Sophie Marin-Degor put alors louer le Seigneur pour la séparation des Eaux et de la Terre d’une belle voix riche et triomphante. Sous les voûtes solennelles du réfectoire du Collège des Bernardins éclairées de lumières douces et changeantes, cette Création sonnait à la fois grandiose et intime.

 

3 MP de profil WebUn chœur et un chef habités. D’une belle couleur vocale et d’un allant toujours alerte en dépit des nombreuses interventions des solistes qui auraient pu abaisser son attention, l’Ensemble vocal Michel Piquemal fut impeccable durant tout le concert, livrant un son riche aux nuances idéales. Il faut dire que, habité par l’œuvre, le chef de chœur et d’orchestre cisela sa direction, réclamant le meilleur effet tant du chœur entier que d’un pupitre, d’un instrumentiste ou des solistes. Souvent, de ce fait, il se détourna sans hésiter de l’ensemble pour se concentrer sur la nuance sonore, la note idéale ou l’effet majeur. Livrés alors à eux-mêmes, les choristes chantèrent sans jamais se désunir et sous une tension permanente. Toute l’œuvre en gagna un ressort qui profita à leur prestation et passionna le public.

 

5 Julien Veronese WebDes solistes talentueux. Face à ce chœur solide, le choix des solistes s’avéra judicieux. Le ténor Philippe Do donna une version lumineuse de son Uriel et sa voix sonna claire, pleine de nuances veloutées ou claironnantes. Plus lyrique qu’extatique, Sophie Marin-Degor livra un Gabriel davantage héraut de la parole divine que commentateur du mystère divin. Ce même lyrisme fit de son Eve un personnage incarné aux élans séduisants et magnifia les différents duos et trios avec ses deux complices. Mais avec sa voix lyrique aux mille nuances et à la diction parfaite, le basse Julien Véronèse domina le débat entre les solistes. Grave et pertinent, mais avec une humilité non feinte, il fit de son Raphaël un témoin idéal de l’œuvre divine en devenir et de son Adam un être sensible et sensé à la fois, digne et fervente créature de Dieu. Assurément, le chanteur toulousain est un talent à suivre assidument, en espérant qu’il viendra fréquemment s’exprimer à Paris et enrichir de nombreuses œuvres chorales.

 

6 final avec solistes parmi les choristes WebLe quintette et le claveciniste à la hauteur. A la fois prétexte et héros de la soirée, le quintette à cordes formé par cinq membres de l’Orchestre Pasdeloup : Arnaud Nuvolone et Céline Prévôt, violons ; Benoît Marin et Corinne Huet-Varest, altos et Eric Villeminey, violoncelle, livra une prestation particulièrement lumineuse et délicate. Tout en répondant avec virtuosité à l’énergie du chef, ils valorisèrent avec talent les voix, offrant ainsi au public une palette sonore d’une diversité musicale qui le combla. Même chose pour Thomas Tacquet dont le clavecin nimba l’œuvre d’une ambiance précieuse et toujours renouvelée. Unis dans l’engagement, le quintette et le clavecin gagnèrent donnèrent à cette Première de la Création en formation réduite une dimension séduisante et une empreinte durable.

 

7 MP salue la salle WebUne œuvre offerte aux chœurs. Premier à être conscient du succès de cette interprétation de la Création, le chef Michel Piquemal prit visiblement plaisir à diriger cette œuvre, développant sa direction avec une gourmandise non dissimulée. A l’attention soutenue et palpable de l’auditoire, il savait qu’il avait réussi son pari de faire découvrir, non seulement au public, mais aussi aux interprètes, une version extrêmement séduisante de la Création de Haydn. Symbole de cette harmonie musicale, il engagea les solistes à rejoindre l’Ensemble vocal pour le chœur final, chanté dans une apothéose bienheureuse qui se prolongea par les longs regards complices que les interprètes échangèrent après la note finale. L’admiration du public s’exprima en longs applaudissements et Michel Piquemal put ouvrir les mains vers la salle comme s’il offrait au public et à tout le secteur choral cette nouvelle version de La Création. Dans sa longue carrière, le chef a souvent joué un rôle de pionnier en défrichant de nouveaux territoires et l’on peut encore mettre à son crédit d’avoir, par cet excellent concert, fait de cette Création pour ensemble vocal ou chœur de chambre, quintette à cordes et clavecin un modèle à suivre en même temps qu’un domaine à explorer pour les chœurs amateurs ou semi-professionnels.
Michel Grinand