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1 Choeur vers aigu OB main levéeWebConcert Boreal Musik, par le chœur Stella Maris

Splendeurs et misères de la vie au Septentrion

 

Avec son voyage à travers les œuvres de compositeurs des quatre pays scandinaves et des trois pays baltes, le chœur Stella Maris chante moins l’exotisme du Grand Nord européen qu’il n’initie à la philosophie d’une vie marquée par une nature dont la longue âpreté cède à de courtes illuminations et qui refuse le renoncement pour préférer le fatalisme, la spiritualité et la grandeur d’âme.

 

Les prochaines aurores boréales de Stella Maris

 

Après le concert du 16 mars, à 20h30, à La Chapelle Notre-Dame des Anges, à Paris, Olivier Bardot emmènera son chœur pour trois concerts de Boreal Musik en Bourgogne durant le weekend de l’Ascension, du 6 au 8 mai 2016. Les concerts auront lieu à Noyers-sur-Serein, Montréal et Saint-Père près Vézelay.

Un concert de contrastes. Ce n’est pas à un voyage exotique au plus près du Pôle Nord que le chœur Stella Maris nous convie dans son concert Boreal Musik. Les œuvres romantiques, lyriques, élégiaques ou traditionnelles qui ponctuent son parcours à travers les sept pays occidentaux du Nord : Danemark, Finlande, Norvège, Suède, Estonie, Lettonie et Lituanie suivent le cheminement d’une vie passée sous les fantasmagories boréales, de la naissance jusqu’à la mort. Certes, le chef de chœur : Olivier Bardot, évoque « l’importance extrême de la succession des énergies dans un programme de concert », ainsi que sa préférence pour le fait « d’imbriquer sacré et profane, savant et populaire tant que le fil [du concert] ne se perd pas et que l’aventure sonore reste agréable ». Mais cette alternance de chants vifs, de pièces lentes, de méditations profondes et de rondes endiablées reflète précisément le quotidien fortement contrasté et changeant qui fait la vie dans ces pays où les extrêmes se côtoient au fil des saisons, à l’instar de l’interminable nuit hivernale balayée de soudaines aurores boréales ou des fêtes d’origine païenne qui ponctuent les temps de ferveur et de spiritualité.

 

3 OB devant son choeurWebDiagonale d’instants vécus. Ainsi, en commençant son programme de concert par « Lumière d’étoiles », d’Oskar Lindberg, qui interpelle les « Enfants de la nuit, non encore nés, La lumière des étoiles annonce et guide votre âme », le chœur Stella Maris évoque la naissance de l’être humain. Suivent les temps des découvertes et des apprentissages du jeu (Killebukken) et du monde (Stemning), selon Wilhelm Peterson-Berger, mais aussi du temps qui passe (Et la Joie danse) d’Einojuhani Rautavaara, ainsi que de l’amour (Förvarsjkväll, Un soir, à la naissance du printemps) de David Wikander. Adulte fait, voici l’homme du Nord confronté à sa spirituelle à travers « La Première Elégie » (Die Erste Elegie) de Rautavaara sur un texte de Rainer Maria Rilke, questionnement que le chœur résout par le recours à Dieu : « Laudate Dominum », de Giedrus Svilainis. « Etoiles » et « Seulement se taire », de Nils-Eric Fougstedt reflètent d’autres aléas ou des choix de vie, ce qui introduit les Deux Psaumes d’Arvö Pärt, lesquels dressent un bilan plein d’humilité. Cette existence bien remplie ramène l’homme, à travers les trois pièces de Juris Karlsons, à son jardin (Mon Lac), à son crépuscule (Approche, nuit), puis à l’acceptation de sa destinée mortelle (Ronde d’enfants). Vient alors le temps de l’absolution (Nunc Dimittis), d’Arvö Pärt, puis celui des chants funèbres (Rondo Lapponico), de Gunnar Hahn.

 

2 OB dirigeant le cheoru de façon pointueWebLes aurores boréales du quotidien. Le temps d’un concert, une vie s’écoule donc sous les yeux de l’auditoire. Pourtant, l’ambiance n’est pas triste, même si les œuvres des onze compositeurs des sept pays du Nord, baignent dans une spiritualité profonde et commune. C’est que si les chants traditionnels et les compositions récentes évoquent le poids d’une vie rude et austère sur l’homme du Nord, ils magnifient aussi les meilleurs moments de cette existence comme autant d’aurores boréales dans la nuit humaine. Ainsi, les chants traditionnels, chargés de paganisme et de panthéisme, ne présentent pas la vie comme une fin en soi mais comme une destinée dont il faut saisir les meilleurs instants. Les chants contemporains, eux, invitent au même reflexe mais pour la jouissance de la beauté de ces instants éphémères ou pour leur bénédiction. Le résultat est un concert édifiant et empreint de mélancolie, dans lequel l’auditeur est saisi tour à tour par le pathétique et par l’insouciance, cette dualité profonde qui régit la vie des hommes du Septentrion.

 

5 Petit choeur dans Juris KarlsonsWebUne interprétation inspirée. Ce double destin est d’autant plus sensible que, sous la direction d’Olivier Bardot, le chœur Stella Maris magnifie les nuances et les particularités voulues par les compositeurs. Les voix, homogènes et belles, traduisent à volonté la mélancolie ou la rusticité des chants et l’on ressent un bonheur de chanter chez les choristes. Les temps forts voulus par le chef : le « Pseudo Yoik », de Jaakko Mäntyjärvi, « La Première Elégie », de Rautavaara, puis le « Laudate Dominum », de Svilainis, les trois airs de Juris Karlsons, le Nunc Dimittis d’Arvö Pärt et le chant tribal du Rondo Lapponico, de Hahn, sont des moments forts et réussis. La Première Elégie, en particulier, impressionne le public par sa puissance et sa profondeur, tandis que le Nunc Dimittis sonne magnifiquement. On ressort donc de ce concert enrichi non d’images d’Epinal, mais du message que, au plus près du cercle arctique, l’humanité doute sans peur, ancrée dans la certitude de sa propre pérennité. C’est cela, nous semble-t-il, la leçon à retenir de ce concert aux mélodies boréales.
Michel Grinand

 


Stella Maris, un chœur où il fait bon chanter

 

7 Suraigus facile WebFusion chorale. Le chœur Stella Maris pourrait-il aborder avec autant de bonheur le sérialisme lyrique de « Die Erste Elegie », d’Einojuhani Rautavaara ou, il y a quelques années, les aigus effrayants de la Messe pour double chœur, de Franck Martin, si son chef ne bénéficiait pas d’une cote d’amour auprès de ses choristes ? « Je choisis mes choristes en fonction de leur voix et ils me font confiance et me suivent », répond Olivier Bardot. Incontestablement, il suffit que le chef lève les yeux vers le ciel pour que les voix des choristes et, particulièrement des sopranos, montent avec aisance vers les sommets de leur tessiture. Le chef et le chœur sont soudés dans l’élan et cette communion contribue fortement à la qualité du chœur. Récemment intégrée dans l’ensemble polyphonique, après longtemps d’apprentissage du chant soliste, la mezzo-soprano Sophie Gauthier devenue alto pour le chœur témoigne de cette alchimie : « Alors que j’ai toujours pratiqué le chant en soliste, je suis emballée par le chant choral, confie-t-elle. Déchiffrer et faire de la musique avec d’autres personnes est déjà passionnant. Mais comme Olivier Bardot est hyper-perfectionniste, nous déchiffrons et travaillons beaucoup, ce qui est encore plus enrichissant qu’un cours particulier de chant. Je suis ravie d’être venue au chant choral et j’ai hâte de partir en tournée avec Stella Maris ».

 

6 Sophie Gauthier1 WebEn tournée avec Jaakko Mäntyjärvi. A l’automne 2016, le chœur voyagera effectivement en Finlande à l’invitation du chœur Kampin Laulu, d’Helsinki, dirigé par Kari Turunen. Un événement que les choristes français attendent avec impatience car ils auront alors le privilège de chanter aux côtés de Jaakko Mäntyjärvi, membre du chœur finlandais et compositeur de renommée mondiale. « Kampin Laulu est un excellent chœur de chambre et cet échange est une chance pour nous, commente Olivier Bardot. Stella Maris effectuera trois concerts de 20 minutes, sur des œuvres françaises, mais aussi sur deux œuvres finnoises, de Toivo Kuula, que je connais bien et que nous chanterons avec Kampin Laulu : « Nuku » et « Siell’on kauan je kukkineet omepapuut ». Pour notre partie seuls, nous interpréterons des extraits des Six Chanson populaires du Bourbonnais, de Ropartz, le Nocturne [Tagore], de Thierry Machuel et Trois chansons, de Ravel ». Un programme riche, virtuose et élégant à la fois qui ne manquera pas de séduire.
MG