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1 chant dans le gouffre WebChœur Mikrokosmos dans le Gouffre de Padirac

« Du fond du gouffre obscur, mon chœur… »

 

Le 07 août 2015, lors de la 10ème édition du Festival de Rocamadour, le choeur Mikrokosmos, de Loïc Pierre, a donné un concert choral en forme de parcours musical dans les galeries souterraines du Gouffre de Padirac. Un spectacle unique intitulé De Profundis et créé par le chef de choeur, qui a libéré sa créativité en matière de spatialisation. Spectatrice privilégiée, Marine Roland témoigne.

 

2 Loïc Pierre introduisant le concert WebUn spectacle choral créé pour le Gouffre. Les termes « De Profundis » sont les premiers mots du psaume 130, qui est une prière récitée pour les morts. Mais c’est également le titre d’un des poèmes du Spleen de Baudelaire, que l’on retrouve dans les Fleurs du Mal : « J’implore ta pitié, Toi, l’unique que j’aime, Du fond du gouffre obscur où mon cœur est tombé. [...] » C’est avec ce rappel qui plonge l’auditeur dans un état d’esprit solennel et envoûtant que le chœur Mikrokosmos invite le public à descendre les quelques 300 marches donnant accès à l'intérieur de la cavité naturelle de 33 mètres de diamètre et de 75 mètres de profondeur du Gouffre. A peine arrivés en bas, à l’entrée des premières galeries, une volée de percussions retentit. Elles rebondissent sur la paroi rocheuse qui nous entoure, dévoilant ainsi un avant-goût de l’exceptionnelle sonorité que promet le Gouffre de Padirac, avant de s'échapper là-haut, loin vers le ciel qu’on aperçoit par l'orifice.

 

3 chant entrée WebChants et chuchotements. C'est alors que commence véritablement le voyage dans les profondeurs : éclairé de bougies et de bribes de lumière du soleil couchant, le chœur Mikrokosmos entonne le Halling de Grete Pedersen. Nous sommes invités ensuite à pénétrer dans le souterrain. Les chanteurs sont partout : devant, au milieu, derrière nous, ils parsèment nos déambulations de chuchotements, de clapotis, de notes qui tourbillonnent, résonnent et bourdonnent le long de la roche, qui est ici très proche et humide. Nous débouchons alors dans un couloir, d'une hauteur impressionnante, bercés par la chaleur des voix des chanteurs qui nous accompagnent. Cette chaleur fait alors opposition à la fraîcheur et à l'humidité environnante. Elle transforme ce couloir immensément haut en un lieu agréable et magique.

 

4 chant en barque WebVoix des eaux, voix des hommes. La marche ralentit, s’arrête. Nous sommes à 103 mètres de profondeur. Le chœur se tait soudain, nous laissant dans le silence. Le silence des profondeurs. Celui dans lequel on entend la Terre, l'eau qui ruisselle, l'eau qui se fait plus que présente puisque nous arrivons à la rivière. Nous sommes au point d'orgue de ce concert : nous naviguons sur la rivière souterraine, avec 100 mètres de vide au-dessus de nos têtes. Puis, soudain, les voix reprennent, à la limite du féérique, nous baignant ainsi dans un espace hors du temps. Les échos et la réverbération dans les galeries donnent une présence exceptionnelle à ces voix si belles. Le lit creusé au fil des millénaires par la rivière luit d'une faible lumière, jaune orangée, rasante, nous plongeant dans une atmosphère mystique, presque irréelle. La clarté, la pureté et la puissance des voix font alors écho aux eaux de la rivière. Les voix célestes se perdent, nous abandonnant à ce rappel des forces telluriques présentes et splendides.

 

5 sur les lacs WebLes immortelles dames des lacs. Le concert reprend près des lacs, où le chœur émeut son public, aux larmes pour certains auditeurs, avec un Immortal Bach, de Knut Nystedt, qui s'empare de la cavité comme une vague déferlante, ne nous laissant pas le temps de reprendre notre souffle. Sur les eaux des lacs, la profondeur du gouffre s’avère un réceptacle idéal avec son écho pour flatter les couleurs du chœur, créant un unisson parfait entre timbre et espace, vibration et sensation. Mais c’est déjà l’heure du retour. Celui-ci s’effectue en barque. Il est tout aussi magique que l'aller, les sopranes lançant des comètes sonores qui s'en vont mourir plusieurs dizaines de mètres plus haut, dans l'obscur plafond, le long de la roche sculptée par le temps. En sortant, nous avons le sentiment d’avoir été littéralement plongés dans un espace hors du temps dont nous émergeons peu à peu. Le son pur des voix nous a hypnotisés. Ces voix magiques nous ont placés comme en suspension et nous nous rendons compte que l'alliance de ce lieu historique et naturel, complètement exceptionnel, à un ensemble vocal de 40 choristes hommes et femmes chantant a capella s’est avéré féérique, faisant de ce concert des profondeurs un moment exceptionnel et unique.
Marine Roland


6 choristes WebLe programme du concert souterrain

 

Pour ce concert souterrain, Loïc Pierre a convoqué les oeuvres les plus insolites de nombre de ses compositeurs de prédilection. Pour la circonstance, il a aussi ajouté une oeuvre de son cru.  

 

Guillaume Prieur (1963) : Incantatio I 
Meredith Monk (1942) : Afternoon melodies ; Jewish Storyteller 
Veljo Tormis (1930) : Vastlad ; Kiigelaul II ; Röntyshkä III 
Vytautas Miskinis (1954) : Oi Šala, Šala 
Loïc Pierre (1959) : De Profundis 
Knut Nystedt (1915-2014) : Immortal Bach 
Grete Pedersen (1962) : Ned i vester soli glader ; Halling ; No vi’eg a te jondalen og fri ; Brujemarsh