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1 HR et choeur WebHommage choral aux victimes du 13 novembre 2015

L’indignation pour le chœur, la compassion pour les solistes

 

Avec 400 choristes venus de 44 chœurs, Hugues Reiner a dirigé le 20 novembre 2015 en l’église Saint-Sulpice de Paris un Requiem de Mozart survolté dans lequel il a fait exprimer au chœur son indignation envers les attentats du 13 novembre et aux solistes sa foi en la résistance par la musique. Un Requiem qui a traduit la colère et la résolution des Français face aux terroristes de Daech.

 

2 Public faisant la queue devant St SulpiceWebUn chœur aussi comble que l’église. Ils étaient venus nombreux, battant le pavé en file indienne aux lueurs bleu, blanc, rouge qui ornaient la façade de la Mairie du 6ème arrondissement de Paris, avant d’entrer sous les hautes voutes de l’église Saint-Sulpice. Ils les attendaient nombreux, venus spontanément de 44 chœurs de l’Île de France et répétant jusqu’à la dernière minute leurs parties musicales et chorales du requiem de Mozart sous la baguette nerveuse du chef Hugues Reiner. Passé 20h30, ce 20 novembre 2015, plus de 1000 auditeurs désireux de rendre hommage aux victimes de l’attentat du 13 novembre avaient investi la nef et le transept de l’église, tandis que les 400 choristes de ce « Chœur Hugues Reiner » d’un soir en emplissaient le chœur. Déjà, le public s’était spontanément levé lors de la répétition de La Marseillaise, d’abord a cappella, puis avec l’orchestre. Le chœur, lui, s’était vu aiguillonné vers l’absolu auquel tendait son chef : « Il peut se passer quelque chose de merveilleux, ce soir, avait lancé Hugues Reiner. J’aimerais que nous y parvenions ensemble ». L’ambiance était tendue et solennelle à la fois.

 

3 Jean Loup Lacroix Curé St Sulpice WebPorte de Miséricorde et professions de foi. Dans l’église Saint-Sulpice, public, personnalités et choristes avaient un message à transmettre aux terroristes qui avaient voulu faire trembler la France. Par leur seule présence, les auditeurs affirmaient leur défi aux ignobles agresseurs. Les personnalités, elles, balancèrent entre la colère et la miséricorde. Ainsi, le Père Jean-Loup Lacroix, curé de Saint-Sulpice, s’appuya-t-il sur la Porte de Miséricorde, dont l’érection avait débuté à l’entrée de la nef, pour exhorter les croyants à ne pas sombrer dans la haine : « On ne franchit cette porte que pour faire un vœu de pardon à ceux qui nous ont offensés, précisa-t-il. Lorsqu’elle sera achevée, le 13 décembre, je la franchirai le premier ». De confession musulmane, M. Ghaleb Bencheikh, Président de la Conférence mondiale des Religions pour la Paix, dénonça ensuite véhémentement la perversion du message du Coran par les extrémistes islamistes. Familier du handicap, Guillaume Pollard, porte-parole du chœur Résilience affirma sa conviction que les victimes d’aujourd’hui seraient les vainqueurs de demain. Fidèle à son rôle, une élue appela à l’unité républicaine jusqu’à ce que le public marque son impatience à trouver la libération de ses sentiments dans l’expression de la seule musique. C’était donner un blanc-seing au chef Hugues Reiner et celui-ci s’en empara avec passion.

 

4 H Reiner bras en croix WebColère et compassion. Comme investi de toutes les émotions exprimées, c’est les poings serrés que le chef entama un Requiem où la colère le disputa à la compassion. D’une baguette survoltée, il libéra d’un coup la colère du chœur et de l’orchestre dans un Introïtus âpre au ton d’airain. Faite de doigts pointés, de bras levés au ciel ou écartelés en une crucifixion martyre, sa direction intense et tendue n’avait jamais été aussi pressante, expressive et agressive. Le chœur vibrait d’une rage qui ne devait pas faiblir durant toute l’œuvre et le Dies Irae gronda sous les voutes de Saint-Sulpice comme la condamnation définitive des assassins à l’Enfer. Le souffle coupé, le public aspirait à une bouffée d’oxygène que lui apportèrent alors les solistes, mélodieux, doux et compatissants. Avec un calme bienvenu, ils promirent la paix des Anges aux victimes des attentats. Mais ce répit fila comme l’éclair avant qu’une nouvelle explosion de rage ne s’empare à nouveau du chœur dans un lacrymosa accusateur, puis un offertorium révolté.

 

5 HR penché sur solistes chantant WebRecueillement et détermination. Pris dans ce maelström de passions, le public semblait pétrifié et il fallut que le chef impose une minute de silence à sa phalange pour qu’il retrouve son souffle. Les têtes se levèrent vers les voutes de l’église qui semblaient s’être encore élevées. Rien ne bougeait, seuls les souvenirs des notes exacerbées et des voix rageuses flottaient dans les esprits. Mais cela dura peu. Dès la reprise, le chef et son chœur reprirent le public au col pour lui promettre que le Peuple de Dieu ne cèderait jamais. Même le Hosannah vibra de détermination. Et il fallut encore toute la douceur tendre des solistes pour promettre le réconfort et la lumière éternelle aux victimes de la longue lutte qui s’engageait dorénavant contre l’intolérance. Le Requiem de Mozart s’acheva alors sur la célébration d’une détermination sans faille, qui refusait la haine, mais n’acceptait pas non plus la rédemption des assassins. Tout était dit pour le public qui, débarrassé de ses doutes, se leva pour ovationner le chef. Les bras pleins de fleurs, Hugues Reiner lui répondit par ces mots : « Je ne sais pas qui vous êtes, mais je vous aime quand même ». Ite missa erat.
Michel Grinand

 

6 Marseillaise2 WebLes autres manifestations de soutien aux victimes

 

Durant toute la semaine du 16 au 22 novembre 2015, de nombreux chœurs émaillèrent leurs concerts d’hommages aux victimes des attentats. A la Philharmonie de Paris, le chef Lionel Sow fit chanter le Da Pacem d’Arvo Pärt au Chœur de l’Orchestre de Paris. A la Cathédrale américaine, le 20 novembre, le chœur de la Paris Choral Society a terminé son concert sur le Dixit Dominus de Haendel en invitant le public à chanter avec lui et main dans la main le Dona Nobis Pacem. Le samedi 21 novembre, le chœur polyphonique de Versailles et l’Ensemble vocal du Chesnay ont dédié leur concert sur La Création, de Haydn, à l’un des leurs, assassiné au Bataclan. Et dimanche 22 novembre, le chœur basque Anaiki, de Jean-Pierre Guezala, a chanté devant l’église Notre-Dame du Travail, à Paris… Partout, les hommages se multiplient, prouvant qu’on n’arrête pas le chant ou la musique par la violence. 

MG