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Soli Tutti et le Chœur Elisabeth Brasseur

Duo pour un Dernier Evangile

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Expérience rare, les Rencontres chorales d’Île de France ont réuni le chœur amateur Elisabeth Brasseur aux professionnels de Soli Tutti pour interpréter Le Dernier Evangile, de Thierry Escaich, accompagnés à l’orgue par l’auteur. Frissons dans le chœur autant que dans la salle, comme en témoignent les deux chefs : Antoine Sébillotte et Denis Gautheyrie.

Soli Tutti nous a appris à ne pas forcer la voix

Antoine Sébillotte, chef du chœur Elisabeth Brasseur, répond:

 

Avant Choeur: Les rencontres chorales d’IDF étaient-elles la première occasion pour votre chœur d’amateurs de chanter cette œuvre difficile avec Soli Tutti ?
Antoine Sébillotte : Non, nous l’avions déjà chanté au festival de Roquevaire. Mais cette fois, la pression était double, car le compositeur était là et il nous accompagnait à l’orgue. Ensuite, c’est notre chœur d’oratorio, qui ne comprend qu’une vingtaine de chanteurs, qui s’est produit. Cela ne fait que cinq à six voix par pupitre et, pour des choristes amateurs, cela constitue une forte prise de responsabilité. C’est une des raisons pour laquelle je me suis intégré dans mon chœur pour chanter avec eux. Mais en fait, je ne savais pas du tout comment cela allait se passer et je dois reconnaître que nous étions tendus.

 

AC : Le concert s’est-il bien passé finalement ?
AS : Eh ! bien, oui. Déjà, nous étions très contents de participer aux Rencontres Chorales d’IDF et puis, nous avons découvert qu’il était très agréable de reprendre cette œuvre. Du coup, notre prestation s’est révélée meilleure que la première fois. Le lendemain du concert, lors de notre répétition hebdomadaire, les choristes m’ont avoué qu’ils avaient encore plein de phrases qui leur revenaient en tête. Il suffisait d’ailleurs que l’un d’eux en chante une pour que tout le monde la reprenne en chœur. C’était très agréable.

 

AC : Est-il facile de chanter avec Soli Tutti et en retire-t-on un enseignement ?
AS : Oui. Nous avons toujours eu la plus haute exigence possible et, avec les choristes de Soli Tutti, une sympathie mutuelle s’est tout de suite créée. Une sorte de fluidité s’est instaurée entre nous et, durant le concert, la mayonnaise a tout de suite pris. De plus, ils nous ont appris qu’il n’est pas utile de forcer sa voix pour que le son passe jusqu’au public. C’est une vraie leçon de chant et chaque prestation en commun fait progresser nos choristes. C’est bien.

Propos recueillis par Michel Grinand

 

Le Chœur Elisabeth Brasseur, c’est :
- cinquante ans de chant choral
- un chœur d'environ 60 choristes, dont 25 participent au chœur d’oratorio

Pour se mettre à niveau, le chœur E. Brasseur s’est fortement engagé

Denis Gautheyrie, chef du chœur Soli Tutti et du Petit chœur de Saint-Denis

Thierry-Escaich-Soli-Tutti-et-le-Choeur-Elisabeth-Brasseur

Avant Choeur : Pourquoi avez-vous accoutumé Soli Tutti à travailler avec des chœurs amateurs ? 

Denis Gautheyrie : Je fais se rencontrer et travailler ensemble des chœurs amateurs et un chœur professionnel car cela ouvre les choristes sur de nouveaux répertoires et sur d’autres façons de chanter. De plus, Soli Tutti est un ensemble vocal à 12 voix qui a été créé pour pouvoir interpréter les 5 Rechants d’Olivier Messiaen. Cette œuvre sert de base pour les compositeurs que je sollicite afin qu’ils créent une œuvre à double chœur pour chacune de nos rencontres annuelles. Ils peuvent alors associer des chœurs amateurs à Soli Tutti.

 

AC : Travaillez-vous de la même façon avec un chœur amateur et un chœur professionnel ?
D. G. : A la base, oui. Cependant, le chœur amateur doit avoir le niveau requis pour maîtriser l’œuvre. Souvent, le principal défaut des chœurs amateurs réside dans leur soif de chanter et ils ont tendance à vouloir chanter des œuvres trop difficiles pour eux. La partition du Dernier Evangile étant complexe, l’interpréter a exigé d’eux un gros engagement. C’est là que la médiation du chef de chœur a été essentielle : celui-ci doit être très motivé et avoir une grande capacité à entraîner son chœur dans un travail long et difficile. De fait, les chœurs amateurs ont une connaissance très limitée des œuvres du 20ème siècle et ils chantent toujours les mêmes, soit du Debussy ou du Poulenc. C’est dommage car ils méconnaissent les jeunes compositeurs qui écrivent très bien pour les chœurs car ils aiment les voix. De plus, chanter des œuvres nouvelles est motivant car leur interprétation n’est pas soumise à une tradition, ce qui n’est pas le cas pour une œuvre comme le Requiem de Mozart, par exemple. Je pense que les chœurs amateurs devraient donc laisser les grandes œuvres du répertoire aux grands chœurs professionnels. Pour autant, j’estime qu’il ne faut pas forcer les choristes à chanter une œuvre qu’ils ne ressentent pas. Sur les 55 choristes du Chœur Elisabeth Brasseur, seuls 25, qui constituent le chœur d’Oratorio, ont accepté d’interpréter le Dernier Evangile. Je leur ai donc adjoint le Petit Chœur de Saint-Denis, lui aussi chœur amateur composé d’étudiants, pour compléter l’effectif.

 

AC : Le Chœur Elisabeth Brasseur a-t-il répondu à votre attente ?
D. G. : Oui. Chaque ensemble a longtemps travaillé de son côté. Le chœur d’Antoine Sébillotte a commencé dès septembre 2010, tandis que le Petit Chœur a débuté trois mois avant le concert et Soli Tutti un mois avant seulement. Puis, en décembre et janvier, nous avons fait deux séances de travail en commun pour nous assurer que nous étions bien dans le même rythme. Ce point est essentiel à travailler. Puis il y a eu trois rencontres globales à trois chœurs, dont deux avec deux pianos. La seule interprétation commune avec deux orgues s’est faite lors du concert des Rencontres Chorales d’Île de France. Idéalement, une dernière séance avec les orgues aurait été nécessaire, mais nous avons dû nous contenter d’une heure de travail avant le concert pour mettre au point les ensembles car c’est là que nous avons découvert que les orgues étaient placés de chaque côté de la scène et qu’une partie du chœur était même située derrière eux. Le résultat a néanmoins été bon. On aurait pu affiner avec un peu plus de temps, mais le chœur a montré une belle puissance expressive. On voit que Thierry Escaich sait écrire pour les chœurs et qu’il est lui aussi très intéressé à travailler avec les chœurs amateurs.

Propos recueillis par MG


Le Chœur Soli Tutti

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Créé pour interpréter les 5 Rechants d’Olivier Messiaen, un chœur à 12 voix, Soli Tutti comprend 12 choristes professionnels. Particularité : certains sont eux-mêmes professeurs de chant ou instrumentistes. Le chœur se dédie à l’interprétation des œuvres des compositeurs contemporains. Nombre d’entre eux compose d’ailleurs spécifiquement pour lui, d’autant plus que Denis Gautheyrie commande chaque année une œuvre nouvelle pour double chœur à un compositeur à l’occasion notamment des rencontres chorales appelées Musicolies qu’il organise avec des chœurs étrangers. En 2011, ces Musicolies ont accueilli le chœur roumain Transylvania pour quinze jours de concerts en commun à travers la France. A cette occasion, le compositeur roumain Adrian Pop a écrit une œuvre mêlant des textes français et roumains que tous les chœurs réunis ont interprétée ensemble. En 2012, Soli Tutti a accueilli un chœur japonais de jeunes filles, avec une œuvre composée par un compositeur japonais.