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1Choeur yeux levés sur Léo Warynski modifié 1Ensemble vocal Les Métaboles

Une Nuit américaine à écouter, voir et respirer

 

Le 2 juin 2015, à l’Eglise des Billettes de Paris, l’Ensemble vocal Les Métaboles donnait un concert de musique américaine à voir, entendre et sentir en associant aux ondes sonores de ses superbes voix les effluves concoctées par le parfumeur Quentin Bisch. La Nuit américaine en fut sublimée. Ce concert sera repris le 13 juin au Festival des Voûtes Célestes de Sud Vendée.

 

Voix sensuelles et senteurs lyriques. En associant le parfumeur Quentin Bisch à la musique chorale des compositeurs américains contemporains, Léo Warynsky et son ensemble vocal Les Métaboles ont offert au public, le 2 juin dernier, une soirée sensuelle où l’onirisme le disputait à la mélancolie. A l’opposé de sa vie trépidante, le continent nord-américain semble inspirer une composition contemporaine pour chœur a cappella méditative et mélancolique. Aaron Copland, Morton Feldman, Samuel Barber, Morten Lauridsen et Eric Whitacre ont ainsi donné à Léo Warynski et à Quentin Bisch l’occasion d’associer leurs talents respectifs lors d’une soirée dédiée aux plus émouvants des sens. Ensemble, ils ont conçu un concert vespéral mêlant le lyrisme des voix « métaboliques » aux fragrances enivrantes du parfumeur.

 

2Leo et Quentin en flash WebOmbre et pénombre. Le concert qui en est résulté s’est inscrit dans les couleurs de la nuit, couleurs qu’a traduites l’artiste éclairagiste Rosario de Sanctis par de savants jeux d’ombres et de douces lumières. L’événement a ainsi trouvé son titre : Parfums d’une nuit américaine, et son concept : l’association de senteurs à des groupes de mélodies. « Léo Warynski m’ayant donné carte blanche, j’ai écouté le programme du concert et suggéré d’organiser celui-ci en quatre temps sur le thème de la nuit, expliquait Quentin Bisch. Pour le premier temps, j’ai voulu représenter la tombée de la nuit avec sa soudaine fraîcheur et ses odeurs de feux de cheminée. J’ai donc donné au public des mouillettes imprégnées d’un parfum reprenant ces bases ». Quatre motets d’Aaron Copland ont ainsi été autant respirés qu’écoutés par le public, les belles voix des sopranes et des altos opposant leur fraîcheur au grondement de braise des basses profondes, avant que tous les choristes mêlent leurs voix dans la sautillante et légère prière d’avant le coucher de « Sing ye praises ».

 

3Ambiance verteDu sommeil au rêve. Se nuançant de douceur, de pianissimos délétères et d’envolées oniriques, les voix des Métaboles ont traduit l’endormissement à travers « Sleep », d’Eric Whitacre, « O Magnum Mysterium », de Morten Lauridsen et, surtout, « Christian Wolff », de Morton Feldman, œuvre sans parole chantée bouche fermée. « Pour ce temps douillet, j’ai créé un parfum « doudou » et réconfortant à base de violette et de musc », poursuivait Quentin Bisch. Vinrent ensuite, dans une lumière de plus en plus ténue, les rêves. Ceux de l’amour : « Mary Hines » et « The coolin », ou ceux de la mort : « Anthony O’Daly », « To be sung on the water » et « Let down the bars », mélodies de Samuel Barber transcendées par un entêtant parfum à base de tubéreuse : « J’ai découvert l’odeur de cette plante dans un hôtel d’Asie et je l’ai adorée, précisait Quentin Bisch. Pour ce temps de repos, mais aussi de cauchemars, j’ai voulu recréer cette odeur forte, lactée et animale ». Les voix du chœur en semblaient tantôt enivrées, tantôt apaisées, les sonorités masculines et féminines s’opposant en nappes sonores contrastées, tantôt dramatiques et puissantes, tantôt douces et paisibles. Ce temps s’acheva sur un tableau à la Rembrandt, la lumière n’éclairant plus que les visages, les gorges et les épaules dénudées des choristes.

 

5Final crescendo Agnus DeiRetour à la lumière. Avec « Lux Aurumque », d’Eric Whitacre, et l’Agnus Dei, de Samuel Barber, parfum et mélodies traduisirent la fin de la nuit dans une odeur lumineuse de « bergamotte, de musc et d’essence de graine de carotte ». Sur un fond sonore grave et masculin évoquant les dernières lourdeurs du sommeil, les sopranes donnèrent leurs plus beaux aigus pour traduire, d’un crescendo chromatique aboutissant à un fortissimo débordant les voûtes de l’église, le retour du jour et l’explosion de lumière d’un Agnus Dei magnifique de ferveur. Comme ramené à la conscience, le public ovationnait longuement Les Métaboles, leur chef de chœur et leur « chef d’odeurs », obtenant un double bis qui compléta harmonieusement la soirée. Chance pour les absents, et surtout pour les absentes, car c’est la gent féminine qui apprécia le plus ce concert parfumé, une reprise de ce programme est prévue à l’église de Xanton-Chassenon le 13 juin 2015, à 21h00, lors du Festival des Voûtes Célestes de Sud Vendée. Avis aux amatrices et amateurs de sensations olfactives.
Michel Grinand