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Syracuse WebFlorilège 2015 – Programme imposé du Concours International

Le chœur américain prend une option sur la victoire

 

A l’issue du programme imposé du Concours International du Florilège vocal de Tours, le chœur américain de l’Université de Syracuse a pris l’avantage sur ses concurrents grâce à sa qualité sonore et son homogénéité. Mais le Petri Sangare (Suède) a impressionné par ses basses et ses nuances, talonné par le chœur Dragan Shuplevski (Macédoine) au phrasé impeccable.

 

Premiers frissons. La compétition du Concours International est lancée. Alors que le jury tait se humeurs, le public est déjà pris à la gorge par l’ambiance et exprime sans retenue ses émotions et son plaisir. A la fin du programme imposé, son choix penche déjà en faveur du chœur américain de l’Université de Syracuse. Il faut dire que la discipline et la maîtrise du chœur, les voix riches et vibrantes des choristes et le programme choisi avaient tout pour séduire. Fidèle à son éclectisme, le chœur a abordé des airs des 21ème, 20ème et Renaissance. Il a prudemment limité son expression française au seul « Gnome » de Bruno Régnier, le chantant avec une mélancolie qui a intelligemment effacé les « R » glottiques du français et chanté essentiellement en anglais et latin, se permettant un mouvement chaloupé sur le Haec Dies, de William Byrd et un final sur un negro spirituals de Moses Hogan enthousiasmant avec ses belles voix solistes. C’était bien fait et l’ovation était méritée. Reste à savoir si le chœur saura se renouveler dans le programme libre et, surtout, le Grand Prix de la Ville de Tours.

 

Petri Sangare modifié 1Le Petri Sangare en embuscade. Car le chœur de Malmö, qui l’avait précédé dans la soirée, a impressionné par sa maîtrise et sa présence. Plus âgés, les choristes se sont permis des pianissimos extrêmes et des graves puissants. Le programme, particulièrement difficile avec le Timor et Tremor de Poulenc et La Nuit arrive, de Johann Magnus Sjöberg (1953), a laissé le public muet de saisissement. En outre, le chœur semble disposer d’amples réserves de surprise dans ses voix et la direction de Alexander Einarsson est inspirée et subtile. Il est difficile d'imaginer que ce choeur suédois ne saura pas se surpasser pour revenir à la hauteur, voire dépasser le choeur américain. D'ores et déjà, les deux choeurs se disputeront aussi le Grand Prix de la Ville de Tours, ainsi que le Prix du Public. Le weekend sera passionnant.  

 

Dragan modifié 1Le Dragan Shuplevski n’a pas dit son dernier mot. A quelques mesures en retrait se trouve aussi le chœur Dragan Shuplevski. Avec leur phrasé impeccable, les jeunes choristes macédoniens ont été les premiers à recevoir une ovation du public. Leur Bestiaire Fantastique, de Bruno Régnier (compositeur imposé) était superbe de clarté et leur Bogorodice Dyevo, d’Arvo Pärt, magnifique de naturel. De surcroît, les choristes ont fréquemment chanté sans partition, ce qui a sans doute magnifié leurs voix. Ils se sont montrés aussi à l’aise dans leur air Renaissance de Baldassare Donati. Quel dommage, de ce fait, qu’à deux reprise leurs démarrages aient été imprécis. Souhaitons que leur chef Sasha Tatarchevski saura corriger ce défaut lors du programme libre. Ils pourraient alors surprendre leur monde.

 

Juvenalia Kuoro modifié 1Deux chœurs en retrait. Malgré un impressionnant Angelus ad Pastores à 8 voix de Praetorius et des qualités vocales indubitables, le Schola Cantorum Sopianensis, de Pecs (Hongrie), n’a pas convaincu. Sa belle technique a été tenue en échec par un phrasé inaudible dans les airs français de Bruno Régnier et l’on a regretté qu’il ait achevé sa prestation sur cette mauvaise impression. Son Puer natus in Bethlehem, de Levente Gyöngyösi, au style jazzy aurait fait une meilleure fin. Quant au Juvenalia Kuoro, de Suède, c’est son démarrage hésitant qui a coupé l’élan de ses voix pourtant belles. Son Jésus es a kufarok, de Zoltan Kodaly était captivant. Les deux chœurs se referont sans doute à l’occasion du concours Renaissance dans lequel ils sont seuls à se présenter.
Michel Grinand