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1-Vocalitas-yeux-levés WebChœur Vocalitas en concert caritatif à Boulogne-Billancourt

Un vibrant hommage aux bénévoles des Papillons Blancs

 

En convoquant l’histoire musicale, du Moyen-Âge au 20e siècle, et le génie européen, de l’Espagne à l’Angleterre en passant par l’Italie, l’Autriche et la France, pour son concert caritatif au profit des Papillons Blancs des Rives de Seine, Didier Basdevant et son chœur Vocalitas ont magnifié l’abnégation et l’espérance divine, comme un poignant hommage aux bénévoles de l’association.

 

Vocalitas et Boulogne, un mariage d’oraison. L’église Notre-Dame de Boulogne porte chance au chœur Vocalitas, qui le rend bien à l’Association des Papillons Blancs des Rives de Seine qui l’y invite chaque année. Le 12 avril dernier, le chef Didier Basdevant, son chœur Vocalitas et le pianiste accompagnateur Hugues Delaunay ont offert au public de Boulogne-Billancourt (92) un concert choral intense et d’une profondeur d’expression qui a impressionné l’auditoire. Le programme, essentiellement fait de musique sacrée, s’est partagé entre le chœur et l’Ensemble de musique de chambre pour développer un vibrant hommage aux bénévoles de l’Association qui se dévouent avec ferveur et pugnacité aux handicapés mentaux des Papillons Blancs.

 

2-Didier-dirigeant WebHommage à la charité chrétienne. Le concert a ainsi débuté par l’allégeance à la Mère du Christ à travers le « Stella Splendens » et un magnifique « Mariam Matrem » du Livre Vermeil de Montserrat, ainsi qu’à Dieu avec le « Jubilate Deo » d’Orlando di Lassus. Il s’est ensuite poursuivi par un hommage aux mères terrestres avec la « Musique pour les Funérailles de la Reine Mary », d’Henry Purcell. Vinrent alors l’imploration et la contrition du « Miserere Mei », du même Purcell, avant que le chœur ne clame l’indéfectible espoir des humains en Dieu à travers le « Madrigal », d’Antonio Caldara. Suivirent ensuite les hymnes à la gloire divine du « Magnificat », de Francesco Caldara, et de la Messe en sol de Franz Schubert. Le concert s’achevait alors sur une invite au public à communier solennellement avec son Dieu, d’abord à travers le « Eli,Eli » de Georgius Bardos, puis à travers le « Cantique de Jean Racine », de Gabriel Fauré. Le « Bis » réclamé par le public confortait encore cette communion avec le redoublement du « Sanctus » du Madrigal de Caldara. Enchanté et conquis, l’auditoire montrait sa satisfaction par une belle générosité envers l’Association des Papillons Blancs.

 

3-Vocalitas-chantant WebDes solistes rayonnants, des choristes expressifs. Il faut dire que le chef Didier Basdevant avait idéalement préparé le chœur à une belle douceur expressive, ainsi qu’à une grande variété dans ses interventions. Ce fut d’abord l’alternance entre le chœur et l’Ensemble de musique de Chambre, ce qui étira le concert sur une durée rassasiante de près d’une heure et demie. Du coup, l’Ensemble chambriste put briller longuement dans les Funérailles de la Reine Mary et, surtout, dans la meilleure version qu’il ait donné du « Eli, Eli » de Bardos. L’intervention des solistes dans le Magnificat et dans la Messe en sol, en particulier le rayonnant ténor de Lauris Stéphani et le clair soprane de Marie-Agnès Poletti, illumina aussi le concert en singularisant les dévotions. Mimétisme heureux, les sopranes et les ténors du chœur firent le bonheur du public en étant particulièrement en voix dans le Madrigal et le Magnificat, les altos donnant également le meilleur d’elles-mêmes dans leurs parties de ces œuvres, ainsi que dans le Mariam Matrem.

 

4-Vocalitas-Miserere-Mei-bouche-fermée WebL’audace magique du chef. Bien que réduits en nombre, les basses entretinrent un doux soutien des autres pupitres jusqu’à leur donner le ton dans un Cantique de Jean Racine particulièrement émouvant. Tout en retenue et pourtant très expressif, ce Cantique nous apparut comme la meilleure version qu’ait donné jusque-là Vocalitas. Ajoutons à cela d’heureuses audaces du chef, comme un « Mariam Matrem » chanté en alternance par les sopranes et les altos par-dessus un bourdon masculin ou, surtout, un Miserere Mei s’achevant sur une reprise chantée bouche fermée, ce qui lui conféra une dimension spirituelle poignante. Au final, ce concert fut un des meilleurs jamais donnés par Vocalitas. Dommage, pourtant, que la prononciation trop légère des consonnes ôta parfois une part du plaisir du texte à l’auditoire. On se prête aussi à rêver à ce que donnerait l’Ensemble de chambre s’il chantait mélangé et non dans la traditionnelle disposition Sopranes, Altos, Ténors et Basses (SATB). Cet agencement différent égalise mieux la perception des voix d’un petit ensemble aux oreilles du public vers lequel certains chanteurs ne chantent pas directement. Mais il faudra attendre le prochain concert à Boulogne pour en avoir peut-être l’heureuse confirmation. 

Michel Grinand