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Zach-bras-levés--choeur-chantant modifié-1Chœur Paris Choral Society à Saint-Eustache, Paris

Une Missa Solemnis virtuose et majestueuse

 

Accompagné par The Paris Symphonic Orchestra, le chœur Paris Choral Society a donné une superbe Missa Solemnis de Beethoven à l’Eglise Saint-Eutache de Paris, le 20 mars 2015. La conduite sûre de Zachary Ullery, la luminosité des sopranes et la douceur de voix des altos et des hommes ont élevé la solennité de l’œuvre jusqu’à la passion, aidés en cela par des solistes magnifiques de vaillance.

 

Dialogue sacré et lyrisme. Sous les étroites, mais vertigineuses voûtes de l’Eglise Saint-Eustache, à Paris, le chœur Paris Choral Society et The Paris Symphonic Orchestra ont offert au public une Missa Solemnis, de Beethoven, de haute volée, le 20 mars dernier. Installés sur quatre rangs à l’entrée de la nef, à l’opposé du chœur de l’église, les cent choristes du Paris Choral Society ont tenu la dragée haute aux solistes aux timbres magnifiques qui les devançaient pourtant auprès du public. Car, compositeur oblige ou volonté du chef Zachary Ullery, l’œuvre a pris les allures d’une joute verbale entre le chœur et les chanteurs. Aux timbres solaires de la soprane Angela Brown et du ténor Simon Edwards répondaient les aigus aériens des sopranes du chœur. Aux graves de plus en plus rayonnants du basse Bertrand Grunenwald s’opposait la douceur des voix masculines, teintées dans les aigus par la voix féminine des femmes ténors. Enfin, la belle alto Mariana Rewerski voyait son timbre sous-tendu et enrichi par celui des altos du chœur, lesquelles lui cédaient volontiers la vedette.

 

Solistes-chantant modifié-1A chacun sa foi. Rien d’agressif, donc, dans cet échange verbal qu’orchestrait d’une main sûre et rassurante Zachary Ullery, mais plutôt un concours de profession de foi. Les uns et les autres répétaient à l’envi leur conviction que Dieu les guide, même si, comme le faisait remarquer Zachary Ullery lors de l’interview qu’il avait accordée auparavant à Avantchoeur.com, la foi de Beethoven s’inscrivait davantage dans son émerveillement pour la création divine que dans le respect des phalanges ecclésiastiques. En ce sens, l’échange vocal entre les solistes, sans doute porteurs du message de la conviction du compositeur, et le chœur, davantage destiné à représenter l’humanité fervente, reflétait cette dualité spirituelle, pour le plus grand plaisir de l’auditoire. L’atmosphère de contrastes que le chef entretint par un jeu entre les pianissimos du chœur, les fortissimos des solistes et les crescendo et decrescendo alternés entre les uns et les autres donna d’ailleurs à cette Missa Solemnis un caractère captivant.

 

violon-soliste--Zach modifié-1Un violon virtuose, un tempo solennel. L’ « et incarnatus est » et le « Sanctus » des solistes se révélèrent de toute beauté. Le Benedictus et l’Agnus Dei du chœur leur firent un pendant majestueux, presque martial. Cet équilibre dans la domination vocale permit la réconciliation finale entre l’humanité du chœur et le génie des solistes lors du « Dona Pacem » final. S’ajoutèrent à cela la performance du violon solo, qui éclaira longuement l’espace de la nef de ses envolées romantiques, ainsi que ce léger ralenti que le chef imposa au tempo pour que l’œuvre gagne encore en solennité. Au dernier coup d’archet, le public avait été totalement conquis, si ce n’est converti.
Michel Grinand