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Jean-Marie-Puissant-Web1Jean-Marie PUISSANT

Itinéraire d’un chef de chœur gâté

 

Avec sa voix d’or et sa main directive, Jean-Marie Puissant a déjà tout connu du chant choral ou soliste et de la direction de chœur ou d’orchestre. Trente années d’une carrière riche et exemplaire en attestent. Mais l’envie et la passion d’entreprendre sont toujours là et le chef envisage de nouveaux défis.

 

La chance de l’audacieux. « Je suis né sous une bonne étoile », affirme avec conviction Jean-Marie Puissant. Possible, puisque celle-ci lui a permis de faire une belle carrière dans les domaines de la musique vocale, chorale et instrumentale. Mais encore fallait-il que le chef de chœur adore relever les défis qui lui impose la vie et qu’il les transforme en autant de succès. Sa découverte de son goût pour la musique, à l’âge de cinq ans, est comme le symbole de sa capacité à faire des aléas de la vie de nouveaux départs. S’il débute le piano, c’est à cause d’un accident à la main et de la nécessité de suivre des séances de rééducation au moyen du piano. Mais au lieu de haïr l’instrument et la thérapie, il se prend de passion pour eux et devient pianiste et chanteur choral à Arras, ville dont il est originaire. A l’adolescence, sa muse le favorise puisque, de soprano, il devient ténor, et non baryton comme la plupart des garçons sopranos. L’épreuve du Bac avalée, il opte pour des études de musique, au lieu d’études d’espagnol plus faciles et s’installe en région parisienne où il apprend l’harmonie, la composition musicale et l’orgue, tout en poursuivant le chant choral. Sa formation achevée, il devient enseignant au collège de Villiers Le Bel et y crée une chorale d’adolescents.

 

claudio-abbado-morto 784x0Rencontres avec des chefs d’exception. Il s’inscrit aussi au Chœur de l’Orchestre de Paris en tant que ténor. C’est l’occasion pour lui de chanter sous la direction de Carlo Maria Giulini, Daniel Barenboïm, Claudio Abbado ou Georg Solti : « Une grande chance pour moi, insiste Jean-Marie Puissant, car j’y ai non seulement chanté les grandes œuvres du répertoire, mais avoir été dirigé par des chefs de renommée internationale, m’a apporté une grande expérience ». Du coup, l’intérêt de ses activités compensent largement l’ennui des interminables trajets auxquels celles-ci le contraignent à travers l’Île de France. En 1979, nouveau changement, et de taille : un ensemble vocal de 25 choristes cherche un ténor. Jean-Marie Puissant passe l’audition avec succès. Il entre alors à La Chapelle Royale, de Philippe Herreweghe. Le chœur n’est pas encore très connu, mais il s’inscrit déjà dans la musique ancienne et Jean-Marie Puissant est subjugué : « Cela a été pour moi une énorme découverte, reconnaît-il. J’ai découvert la rhétorique, le phrasé, la respiration. J’ai aussi appris qu’on pouvait chanter « subtilement ». Le jeune Jean-Marie est d’autant plus aux anges que, parmi les choristes se trouve Lisette Mecattini, qui deviendra par la suite sa femme.

 

Indes-galantes2Sous le soleil de la Renaissance et du baroque. La chance joue encore, cette fois par l’intermédiaire du gouvernement socialiste qui, en 1981, attribue des moyens financiers aux chœurs pour qu’ils se professionnalisent. Philippe Herreweghe saute sur l’occasion pour constituer le chœur dont il rêve à partir de sept de ses choristes. Parmi eux, Jean-Marie Puissant et Lisette : « Philippe Herreweghe voulait des voix naturelles, sans grand vibrato et qui soient vierges de la technique appuyée du 19e siècle », raconte Jean-Marie Puissant. Débute alors « une époque folle et passionnante, confie le chef. Nous étions invités dans tous les festivals, nous chantions des opéras baroques, nous avions le sentimentd’être des précurseurs. Ce furent les plus belles années artistiques de ma vie ». Mais après quatre ans, il est remplacé par un autre ténor et doit quitter La Chapelle : « Cela n’a pas été une fin, mais un nouvel élan, assure pourtant Jean-Marie Puissant. J’étais toujours enseignant et je suis rentré dans le Groupe Vocal de France où j’ai découvert la musique contemporaine. Nous interprétions Messiaen, Ligeti, Kagel, Xenakis, Berio alors que les compositeurs se trouvaient dans la salle. C’était très stimulant ». Il intervient aussi dans l’Ensemble Vocal Michel Piquemal, et en renfort dans l’ensemble vocal Akademia de Françoise Lasserre, A seiVoci, Sagittarius ou le chœur de chambre Accentus. Ses connaissances en musique ancienne lui permettent aussi d’entrer dans le Chœur des Arts Florissants, où il restera dix-sept ans. Là, il interprète des opéras et des oratorios en France et dans le monde entier.

 

JMP-chef-orchestre-3 modifié-1Nouvelle direction. C’est alors qu’en 1991, avant un concert d’Akademia, Françoise Lasserre se déclare souffrante et lui demande de la remplacer. Jean-Marie Puissant déchiffre bien et connaît bien les partitions. Pourtant, le programme est très difficile, passant de Monteverdi à la Messe en sol de Poulenc et à la Messe à double chœur de Frank Martin. Mais le goût du challenge l’emporte une fois de plus et Jean-Marie Puissant accepte : « J’ai prévenu les choristes que je me dirigerai moi-même, sachant qu’ils pouvaient se débrouiller, et qu’ils devraient me suivre, rapporte-t-il avec satisfaction. Cela s’est très bien passé ». De cette expérience unique lui viendra, un an plus tard, la proposition par le chœur Nicolas de Grigny de prendre la direction de ses 90 choristes : « Je les ai écoutés et j’ai été séduit, rapporte le futur chef de chœur. Mais comme je n’avais jamais pris de cours de direction, je leur ai proposé de faire un essai gratuit pendant 3 mois. Si je convenais, je m’engagerais alors à suivre des cours de formation à la direction chorale et de direction d’orchestre. C’est ce que j’ai fait pendant cinq ans toutes les semaines, tout en suivant des master-classes. Dans la foulée, j’ai pris la direction, pendant 15 ans de la coordination des chorales de collèges du département de l’Essonne, soit 1500 ados. Nous avons donné des concerts à l’Opéra de Massy, avec 300 choristes différents chaque soir, des orchestres et des solistes professionnels, dans des répertoires allant de la musique classique ou contemporaine au jazz ou au tango argentin. J’ai aussi pu diriger des chœurs aux Choralies de Vaison-la-Romaine, ainsi que le Chœur National des Jeunes pendant trois ans. J’ai été invité à diriger des chœurs en Chine pendant deux ans. J’avais même appris à parler chinois. J’ai donné des Master Classes au Portugal, en Russie et en Estonie».

 

Ens-Nicolas-de-Grigny.CgifUn chœur à prendre pour un soir. La tâche devenant de plus en plus importante, en 2005, Jean-Marie Puissant a mis un terme à sa carrière de chanteur : « J’ai changé de casquette, confie-t-il. Je dirigeais le Chœur Nicolas de Grigny, j’ai créé le Chœur Variatio et puis, il y a trois ans, l’Ensemble Allegri, qui fonctionne à partir de solistes engagés selon les productions. Je suis leur directeur artistique et, avec les trois ensembles, nous donnons près de 30 concerts par an. Rien que pour le Chœur Nicolas de Grigny, cela représente de 110 à 120 répétitions par an. Outre la préparation artistique, je prévois les programmes, cherche les financements, choisis les chanteurs, réserve les salles, remplit les fiches de paye et les déclarations. C’est lourd, mais j’ai la chance d’avoir un conseil d’administration qui m’aide dans la gestion. Aux chefs de chœur, je propose, avec l’Ensemble de Solistes Allegri, des quatuors de solistes habitués à chanter ensemble, ce qui leur confère une meilleure homogénéité. Je prépare aussi les chœurs pour les chefs d’orchestre qui ont besoin d’un chœur pour une œuvre spécifique". Le Chœur Nicolas de Grigny a ainsi chanté sous la direction de Jean-Claude Malgoire, Yoel Lévi, et, plus récemment, Jacques Mercier. Jean-Marie Puissant est donc un homme très occupé, mais toujours en quête de nouveaux challenges. Il faut dire qu’à présent qu’il n’a plus la responsabilité des chorales collégiennes de l’Essonne, il dispose d’un espace d’action pour de nouveaux projets. Toujours dans la musique, évidemment : « J’estime avoir eu beaucoup de chance d’avoir pu faire tout ce que j’ai fait, conclut-il. Le plus drôle est que mes fils continuent à dire que je ne travaille pas : pour eux, je fais juste de la musique ». Peut-être, mais avec un talent et une énergie indéniables.
Michel Grinand

Les prochains concerts des chœurs de Jean-Marie Puissant

Chœur Variatio : samedi 21 mars 2015, dans le cadre du Festival 10 de Chœur : Concert « Humour » et le 14 juin 2015 à la Coupole de Combs la Ville (77): Requiem de Mozart
- Le Chœur Nicolas de Grigny chantera le Requiem de Brahms à Guignicourt (Aisne) le 19 avril et le 21 mai 2015 à Epernay avant de se produire aux Flâneries Musicales de Reims (18 juin-18 juillet)
L’Ensemble de Solistes Allegri donnera la Misa Tango de Martin Palmeri le 18 avril 2015 à Guignicourt et le 9 mai 2015 à Reims, avec l’ensemble Ad Libitum (cordes, piano et bandonéon).