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Le magazine en ligne du chant choral

Chanteurs-handicapésChef de chœur pour personnes en situation de handicap 

Une formation, un métier, une passion

 

Par sa nature communautaire, le chant choral agit contre l’isolement, en particulier des publics en situation de handicap ou qui peinent à s’intégrer. La détente et les satisfactions qu’y trouvent ces choristes leur font dépasser leur mal-être. Des chorales dédiées se créent donc, amenant les chefs de chœur à se former pour répondre aux attentes et aux besoins de ces choristes à la fois exigeants et fragiles.

 

Enrichissement musical et humain. Que ce soit au conservatoire ou à l’école, à l’hôpital ou à la maison de retraite, de plus en plus de « chorales inclusives » émergent. Elles sont des vecteurs de mixité sociale et un facteur d’intégration. Elles permettent à chacun de pratiquer la musique à toutes les étapes de la vie, de continuer à se perfectionner malgré la maladie ou le handicap. Le temps d’une répétition, chacun oublie ses soucis et part à la rencontre de soi-même et des autres, tisse une histoire musicale et humaine, partage des événements exceptionnels qui marquent et scandent la vie. Avec de l’expérience, le chef de chœur devient à la fois le leader musical et le moteur de dynamique du groupe. Il s’enrichit musicalement et humainement avec ces belles aventures. Les personnes en situation de handicap cherchent à apprendre le chant choral dans des lieux dédiés. Si la pratique s’effectue dans les établissements pour personnes handicapées, elle peut avoir une connotation thérapeutique ou occupationnelle. Animé par les professionnels du secteur médico-social (thérapeute, animateur, éducateur), le chant choral se déroule généralement sous forme d’atelier et non d’enseignement, ce qui nécessite une formation pour le chef. Mais le résultat est souvent gratifiant.

 

Micha-acompagnee-dirige-les-choristes modifié-1La culture accessible à tous. Au cours des dix dernières années, notamment depuis la loi sur l’égalité des chances, dite loi de 2005, le regard porté sur les personnes en situation de handicap a changé. Petit à petit l’idée que les personnes en difficulté puissent chanter en chœur a fait son chemin. Elles ont désormais le droit de pousser la porte du conservatoire comme tout le monde. Une enquête réalisée par l’association MESH (musique et situations de handicap) montre que les professeurs ont conscience que former les élèves, quel que soit leur handicap, s’inscrit dans leur mission. Ils sont prêts à tenter l’expérience mais se sentent désarmés et veulent pouvoir se former avant d’accepter un élève différent. Au sein de Cœurs en Chœurs, association de chorales mixtes (handi-valides), des chefs de chœur se sont intéressés au chant choral avec des personnes extraordinaires. Ils se sont formés sur le terrain, puis sont allés rencontrer les professionnels pour mieux comprendre les besoins spécifiques de leurs choristes. Par cette expérience, les chefs ont questionné leurs pédagogies peu adaptées à ce public, repensé les exercices pour mieux s'adapter, cherché une dynamique relationnelle différente. Ce questionnement a rejailli sur l'ensemble de leur pratique professionnelle: ces chorales singulières les ont amenés à se perfectionner, à aller plus loin dans leur recherche de musicien-formateur.

 

Interview-dame-ageeSe former pour diriger « affectivement ». La dimension humaine est très forte dans ces chorales, car on se situe au-delà d’une transmission de savoirs: il faut sans cesse ajuster sa pédagogie pour ne pas perdre l’attention. Le lien affectif est souvent aussi ténu et instable: le chef doit donc faire preuve de réactivité et d’imagination pour aider les personnes en situation de handicap à rester dans la musique. Selon les lieux, les conservatoires proposent différentes configurations :
- Soit les groupes de personnes en situation de handicap viennent chanter au sein de l’école de musique. Cela peut être avec leur professeur. Le conservatoire est alors prête-murs et, par une convention, il acte la mise à disposition des locaux. Pour les personnes en situation de handicap, il est beaucoup plus valorisant de chanter dans le lieu consacré à la musique car elles sont portées par l’ambiance musicale et sont heureuses d’apprendre la musique dans le même lieu que les valides.
- Soit le conservatoire propose des cours de chorale aux établissements médico-sociaux de leur secteur avec l’un de leurs professeurs. Les personnes viennent alors prendre leur cours au conservatoire.
- Enfin, certains Dumistes, au nom de l’égalité des chances, interviennent dans les établissements type Institut Médico Educatif, comme ils le font à l’école primaire.

 

chanteurs-aveuglesLa chorale, espace de découvertes. La chorale est une excellente première approche de la musique. Elle ne nécessite que très peu de connaissances musicales, peut être apprise d’oreille (de nombreuses personnes en situation de handicap ne peuvent pas lire) et permet de chanter en concert. Chacun peut y participer selon ses moyens. Quelques-uns des choristes ne chantent pas, mais se nourrissent du bain sonore. Cœurs en Chœurs a choisi de créer des chorales mixtes pour favoriser l’inclusion des personnes en situation de handicap dans la société mais aussi pour permettre d’aboutir à une belle qualité artistique. On se doit de trouver les moyens pour faire peu - mais pour faire très bien - avec les personnes en situation de handicap et proposer au public des concerts de qualité. Cela suppose un choix de répertoire réfléchi, des harmonisations adaptées et un temps de préparation au chant souvent plus long qu’avec un public courant. La formation ou l’analyse de la pratique permet de donner les clés pour rester naturel, comprendre comment être disponible à la rencontre avec autrui. La chorale permet aussi aux établissements de s’ouvrir sur l’extérieur, d’aider les résidents à aller vers l’inconnu et à s’en sentir valorisés. L’embauche d’un chef de chœur professionnel permet aussi aux choristes de découvrir leur potentiel vocal et d’aller plus loin musicalement. Ne connaissant que peu l’histoire des résidents, ce chef ose être exigeant et il crée de l’inattendu. Diriger une chorale pour personnes en difficulté (hospitalisées, âgées, handicapés) est devenu un véritable métier et offre de belles perspectives aux musiciens qui souhaitent s’orienter et se former dans ce domaine.

 

Micha-StaffordTrouver des lieux de rencontres. Des dispositifs comme Culture et Santé, coordonnés par les DRAC et ARS, permettent à des ensembles de résider au sein d’hôpitaux. Les musiciens et les choristes répètent dans des locaux peu onéreux et les usagers ont la possibilité d’assister à des concerts malgré leur hospitalisation. L’association Musique et Santé a beaucoup œuvré pour professionnaliser les instrumentistes et chanteurs qui vont à la rencontre des usagers jusque dans leur chambre d’hôpital. Ces concerts, où la barrière de la scène n’existe plus, où l’émotion est palpable, sont une excellente école pour les concertistes souvent déconcertés par l’atmosphère de ces sérénades. Culture et Hôpital crée des réseaux Culture Ville Santé, où tous les acteurs de la culture travaillent ensemble dans un même quartier, collaborent pour retisser du lien social en utilisant la musique comme fil conducteur de cette rencontre.

Micha Stafford
Psychologue, chef de chœur
Formatrice pour MESH et Cœurs en Chœurs

 


Hugues-Reiner-intègre-des-non-voyants-et-des-handicapés-dans-son-choeurHugues Reiner, chef du choeur Hugues Reiner

« Chanter Dvorak vaut mieux que prendre du Prozac »

 

Intégration et salut. Le chef de chœur Hugues Reiner milite depuis longtemps pour l’intégration par le chant choral des personnes en situation de handicap physique ou social. Sa conviction s’est nourrie de ses propres expériences : « Récemment, mon chœur a intégré des choristes en situation potentielle de suicide, témoigne-t-il. Chanter en chœur les a sauvés. Certes, j’ai fait baisser le niveau de mon chœur, mais on n’en a rien à faire de bien chanter. Ce qu’il faut, c’est intégrer tout le monde. Il est connu qu’en faisant chanter en chœur des personnes en difficulté, on abaisse leur dépendance aux antidépresseurs comme le Prozac. En fait, le chant les aide à résoudre 80% de leurs difficultés parce qu’il leur donne la parole et les valorise, surtout s’ils chantent avec passion ». Son engagement a poussé Hugues Reiner à proposer au gouvernement ce rôle d’intégration sociale des chœurs : « Les hommes politiques considèrent le chant choral comme quelque chose de ringard alors que les 20 000 chefs de chœur actifs en France font œuvre sociale, assure-t-il. Les chefs de chœur ne se rendent pas compte de ce qu’ils font car ils sont trop modestes, mais ils accomplissent un travail sociétal de premier ordre. Ils sont capables d’intégrer des populations en difficulté ou isolées. Il suffirait de leur donner un chèque choral de 5000 euros par an à pour qu’ils assurent en douceur l’intégration de milliers de personnes potentiellement délinquantes ou en situation de marginalisation. Cela coûterait moins cher que tous les programmes de prévention ». Malheureusement, son offre n’a pas encore été entendue. Peut-être faudrait-il faire chanter les hommes politiques pour cela.
MG