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conferenciers2Relation chefs de chœur – professeurs de chant

Un indispensable partenariat qualitatif et choral 

Pour la première journée d’étude du chant choral, organisée au Conservatoire de Paris 11ème à l’initiative du chef de chœur Henri Pompidor, les intervenants ont démontré la nécessité pour les chefs de chœur et les professeurs de chant de collaborer pour valoriser la qualité vocale et artistique du chant choral.

 

Faut-il un professeur de chant pour le chœur ? Le 25 mai 2017, le Conservatoire du 11ème arrondissement de Paris organisait une réunion sur le thème de « La relation entre les professeurs de chant et les chefs de chœur au sein des écoles et des conservatoires ». Autour d’Henri Pompidor, chef du chœur Charles Munch et instigateur de la rencontre, se trouvaient réunis Valérie Millot, Professeur de chant pour le chœur de l’Orchestre de Paris, direction Lionel Sow ; Stéphane Grosclaude, coordinateur de la Plateforme interrégionale d’échange et de coopération pour le développement culturel pour Paris ; Jean-Marie Guézala, chef du chœur Anaiki et organisateur des Voix sur Berges et du festival 10 de Chœurs et Gilles André, artiste de chœur à l’Opéra de Paris. Depuis la salle intervenait parfois Micha Stafford, chef de chœur et psychologue.

 

trois conferenciers

De la confrontation…. Dès l’entame du débat, les intervenants reconnaissaient que, si le chant les rapprochaient, la pratique qu’ils en avaient semblait les éloigner : « Lorsqu’il s’est créée une filière voix dans mon conservatoire, la chef du chœur a craint que je lui prenne ses élèves », rapportait ainsi Valérie Millot, tandis que Jean-Marie Guézala lançait : « Si un de mes choristes se met à pratiquer le chant lyrique soliste, je ne peux plus le garder dans mon chœur ». Et, depuis la salle, Béatrice Malleret, artiste d’opéra et chef de chœur, rappelait que « certains professeurs de chant interdisent à leurs élèves de pratiquer le chant choral », avant qu’un membre du public lance avec conviction : « Il est pourtant indispensable pour un choriste de prendre des cours de chant car cela lui évite d’être limité dans son potentiel. Il est indispensable de vivre l’effort vocal de l’intérieur. On fait de la musique et on partage ainsi des moments rares avec les autres choristes ». Pour sa part, Stéphane Grosclaude rappelait la collaboration idéale qui s’était instaurée entre le chef de chœur et le professeur de chant au Chœur National des Jeunes, ce qui avait permis à celui-ci de remporter le Grand Prix de la Ville de Tours au Florilège vocal de Tours en 2016.

 

valerie millot… aux prémices d’un dialogue... Riche de son expérience avec le chœur de l’Orchestre de Paris, Valérie Millot reconnaissait que la demande du chef Lionel Sow pour qu’elle donne quarante-cinq minutes par semaine de technique vocale aux choristes était une très belle initiative, mais qu’il restait des situations compliquées à gérer : « Qu’un professeur de chant accompagne les choristes est indispensable car il est impossible de déterminer seul son niveau et ses besoins, expliquait-elle. Le professeur de chant est une paire d’oreilles qui écoute l’élève, se met à sa place et l’aide. Mais qu’on soit choriste ou soliste, il n’y a qu’une méthode pour bien chanter et c’est de bien placer son souffle. Par ailleurs, il ne faut pas que le professeur de chant se prenne pour un gourou et brime son élève ». Pragmatique, Jean-Marie Guézala revendiquait alors deux choses : « Que le professeur de chant considère le pupitre choral comme une entité à part entière car il existe au sein des pupitres une solidarité qui fait leur homogénéité. Il faut que le professeur de chant donne des cours collectifs pour ne pas briser cette homogénéité qu’a créée le chef de chœur et, également, pour permettre aux chœurs les moins riches de payer leur prestation ». De la salle, Micha Stafford, chef de choeur et psychologue, confirmait : « La place de la technique vocale est dans le chœur. Quand un chef a un professeur de chant, il se sent moins seul ».

 

Beatrice Malleret assise portrait… jusqu’à la solution. Valérie Millot s’interrogeant sur la capacité du professeur de chant de s’adapter à tous les styles de chant choral : classique, jazz, chant du monde ou Gospel, Stéphane Grosclaude rappelait qu’aujourd’hui, « le ministère permet aux autodidactes des nouvelles pratiques chorales d’obtenir un Certificat d’Etat diplômant au titre du ministère de l’Emploi. La loi de Réforme 2014 prévoit de créer des stages de validation des acquis et la Commission, qui s’est réunie le 20 mai, travaille à décider des modalités ». Au demeurant, cette reconnaissance professionnelle apportait au chant choral un élan nouveau en validant les pratiques chorales les plus modernes et les plus susceptibles d’attirer le public et les jeunes choristes. Au final, un consensus se dessinait entre les intervenants, à savoir : la nécessité pour le chœur de s’adjoindre un professeur de technique vocale afin d’augmenter sa qualité vocale, mais aussi la nécessité pour le chef de choisir son professeur de chant en allant écouter son cours : « Il est indispensable que le professeur de chant possède de grandes connaissances musicologiques pour enseigner le chant », confirmait André Gilles. Restait à résoudre un problème propre aux Conservatoires : les professeurs de chant sont payés par la mairie et dépendent donc du ministère de l’Intérieur. Une incongruité qui reste à corriger. 

Michel Grinand


bruno rastier v2 WebUne problématique française de la pratique vocale 


Un point de vue plus international. Si l’on en croit Bruno Rastier, chef du chœur Hysope, le débat entre chefs de chœur et professeurs de chant est franco-français et repose sur une conception erronée du travail vocal : « En Allemagne, explique-t-il, tout jeune chanteur commence par être choriste et il travaille le chant au moins deux heures par jour. Ce n’est que lorsqu’il atteint l’âge adulte que son professeur de chant s’interroge sur sa capacité vocale, physique et musicologique à devenir un soliste. En France, où le travail musical se limite souvent à une à deux heures par semaine, tout le monde veut tout de suite devenir soliste. C’est tout simplement une aberration ». L’infortunée « Marguerite » serait-elle le symbole d’un syndrome français ? 
MG