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Photo Nikolaus Harnoncourt WebHommage à Nikolaus Harnoncourt

Un chef sans chœur, mais sans frontière

 

Le célèbre chef Nikolaus Harnoncourt est mort le 5 mars 2016, à l’âge de 86 ans. Son purisme et son souhait de restituer les œuvres comme à leur première écoute ont révolutionné le monde orchestral, mais aussi le monde choral, même si cela s’est fait de façon moins spectaculaire.

 

Percée médiatique avec des chœurs d’enfants. Avec le décès de Nikolaus Harnoncourt, trois mois seulement après son adieu aux salles de concert, le monde musical a perdu l’un de ses chefs d’orchestre les plus novateurs. Au point que, même s’il n’était pas reconnu comme un véritable chef de chœur, il a tout de même influencé notablement le chant choral. Pour preuve, sa percée médiatique s’est faite à partir de son intégrale des Cantates de Jean-Sébastien Bach sur instruments d’époque et chœur d’enfants. Jusqu’à lui, on semblait avoir oublié que Bach, en tant que Cantor, dirigeait une maîtrise et qu’il composait sans doute avec, dans la tête, le chant des voix claires et sans vibrato de ses jeunes choristes. De la même façon qu’il souhaitait « revenir aux sources des œuvres altérées par des copies successives, les aléas de l’histoire ou l’indélicatesse de certains interprètes », Harnoncourt tenait aussi à restituer les œuvres avec des formations musicales, chœur et orchestre, identiques à celles qui avaient présidé à leur création. De ce fait, la voix et les chœurs faisaient partie intégrante de sa palette orchestrale et il ne s’en privait pas. A la tête de son Concentus Musicus, Harnoncourt a ainsi donné « une version somptueuse de la Passion selon Saint-Jean au Festival de Lucerne, en 2008 », se souvient Jean-Pierre Amann, producteur-animateur de l’émission Chant Libre à la Radio-Télévision suisse.

 

NH dirigeant le Magnificat de Bach2 WebLes plus grandes œuvres chorales. De plus, son attention à considérer ces notes qui « sonnaient faux » dans la partition non comme des accidents d’écriture, mais comme des volontés musicologiques, a sans doute conduit les chefs de chœur du monde entier à reconsidérer leurs relectures et leurs interprétations des chœurs. On a moins triché avec la partition pour rendre belles toutes les notes. Après Bach, Harnoncourt s’attaquera aussi aux œuvres lyriques de Monteverdi, Rameau, Purcell et Haendel, avant de remonter le son baroque jusqu’aux opéras et aux œuvres sacrées de Haydn et Mozart. Partout, les chœurs tenaient un rôle. Désireux de tester sa méthode sur les œuvres romantiques, Harnoncourt surprendra tout le monde en réintégrant, en même temps que les instruments modernes dans l’orchestre, les voix de femmes dans les chœurs. Il dirigera ainsi la Missa Solemnis de Beethoven et le Requiem Allemand, de Brahms, avec un indéniable succès. Son Requiem de Verdi, encore une œuvre où les chœurs sont présents, a aussi beaucoup intéressé et reste plus qu’une curiosité : « la transparence du chœur » et le quatuor vocal « fonctionnant plus comme un ensemble vocal que comme un groupe de solistes » révèlent là encore son attention permanente pour la polyphonie. Ses réalisations modernes avec le chœur Schoenberg ont aussi marqué l’auditoire. Peut-on donc encore refuser à Harnoncourt le titre de chef de chœur ? Peut-être, mais il est cependant certain qu’il n’était pas non plus un chef sans chœur.
MG