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1 Ange chantant avec le choeur WebAlexandre Herviant et le Requiem de Mozart

Audace et rythme à La Madeleine

 

Le 19 septembre 2015, Alexandre Herviant, lauréat du Concours International de Direction de chœur de Ville d’Avray, a dirigé son 1er Prix avec le Chœur Amadeus et l’Orchestre Jean-Louis Petit : le Requiem de Mozart à l’Eglise de La Madeleine, à Paris. Une récompense périlleuse, puisque le jeune chef n’a eu qu’une heure pour répéter, mais qu’il a assumée avec audace et fougue. Reportage.

 

1bis La Madeleine WebUn édifice géant pour un concert d’exception. Quel chœur ne serait pas ravi de chanter à l’Eglise de La Madeleine, à Paris ? Pourtant, la première impression qui me vient à l’esprit, lorsqu’au sommet des 28 marches, je pénètre enfin dans l’édifice, ce 19 septembre 2015, c’est son gigantisme. Longue de 108 mètres, large de 43 mètres et haute de 30 mètres, de surcroît sans pilier intérieur, l’Eglise arbore un volume impressionnant. Et tandis que je remonte les 50 doubles rangées de bancs, l’Orchestre Jean-Louis Petit qu’Alexandre Herviant dirige là-bas, loin, au pied du chœur, pour accompagner une soprano, apparaît bien modeste pour emplir de musique tout cet espace. Pire, l’écho y est énorme, proche des 3 secondes, me suis-je laissé dire.

 

2 Alex devant le choeur pour 1ere fois WebUn public de 1000 spectateurs. De fait, les notes s’entremêlent furieusement sous la voûte, obligeant la soprano Lisa Lévy, qui répète encore ses Ave Maria de Schubert et de Gounod qui introduiront le Requiem de Mozart, à contenir son chant pour faire entendre son texte. Tout en déposant mon sac au quatrième rang, je me retourne vers l’immense nef. Il faudrait presque 1000 personnes pour gommer cet écho abyssal. Techniquement, cela ne pose aucun problème car la nef peut aisément les contenir. Mais aussi talentueux soit-il, Alexandre Herviant peut-il réunir ce millier de spectateurs pour son premier Requiem de Mozart, récompense de son 1er Prix au Concours International de Direction de Chœurs de Ville d’Avray ? Un défi de plus en ce jour exceptionnel pour ce jeune chef qui, après seulement soixante minutes de répétition, conduira un orchestre et un chœur dans les violences, les prières et les murmures du plus fameux des Requiem.

 

12 Alex WebAlexandre Herviant, un chef très éclectique

 

Violoniste et trompettiste de formation, Alexandre Herviant est licencié en musicologie, titulaire du DE et du DNSPM de direction d’ensembles vocaux. Il est aussi chanteur, ayant étudié sous la houlette de Jean-Paul Fouchécourt et Agnès Mellon. Il a été formé à la direction de chœur par Laetitia Casabianca et Pierre Cao et à la direction d’orchestre par Roberto Gatto. Il a aussi suivi nombre de stages et de masterclasses auprès de chefs prestigieux comme Nicole Corti, Frieder Bernius, Loïc Pierre, Valérie Fayet ou Raphaël Pichon. De 2012 à 2015, il a été Chef de chœur assistant à la Maîtrise Régionale de Bourgogne. Depuis 2014, il est chef de l’ensemble vocal féminin Phénocristal, du chœur mixte Claude Goudimel et, plus récemment, de l’ensemble vocal Kaleidos et de l’Orchestre Zik-Zag. Son 1er Prix de Direction chorale au Concours de Ville d’Avray 2015 a incontestablement consacré sa déjà large expérience en direction d’ensemble. MG

L’art du chœur. Justement, les choristes du chœur Amadeus entrent dans la nef, tout de noir vêtus, pour prendre place sur l’escalier du chœur, derrière l’orchestre. Sous le regard attentif de Jean-Louis Petit, chef en titre de l’orchestre, et de Laurent Zaïk, chef du chœur, Alexandre Herviant adresse une habile invite aux musiciens : « Bonjour à tous, lance-t-il. Nous n’aurons pas beaucoup de temps pour apprendre à nous connaître. Aussi, je vous propose d’enchaîner assez vite les airs afin de faire un tour d’horizon de l’œuvre ». Docilement, les choristes ouvrent leurs partitions et la répétition commence aussitôt. Le chef est déjà concentré sur sa tâche et il ne voit même pas que je commence déjà à le photographier. Tonique et inspiré, Alexandre Herviant accompagne son chœur du corps et du visage, comme il l’avait promis. Le chœur est ravi de suivre ses mimiques et ses élans expressifs mais, pour ma part, je me débats contre les prises de vues floutées tant le chef ne cesse de vivre physiquement la musique du divin Mozart.

 

4 Alex dirige WebUne confiance immédiate. A la première remarque du chef, je devine que mon problème ne va pas s’arranger : « C’est bien de trouver un rythme !, félicite-t-il le chœur et l’orchestre. Enchaînons après cet adagio pour garder cette dynamique ». A peine le temps de donner le « la » aux choristes et la répétition reprend. La prise de confiance d’Alexandre Herviant est palpable. Le voici qui interpelle le chœur d’une voix claire, tout en le dirigeant, pour des indications déjà plus impératives : « Restez au contact avec moi ! lance-t-il. Gardez un tempo toujours net et ne lâchez pas prise… Méfiez-vous, le chœur, ce sont des valeurs pointées. Donc, prenez votre temps, sinon vous serez devant l’orchestre… Je vous le redis, ne perdez pas le contact avec moi. Je sais que vous n’entendez pas l’orchestre, aussi fiez-vous à moi ! ». Même les solistes, qui ont eu leur tour de répétition, semblent conquis : « Le tempo est bon pour vous, les solistes ? », les interpellent-ils. Et ceux-ci de répondre en chœur : « Oui, oui, c’est très bien ». De fait, le ténor solaire de Pierre Vaello et la belle basse sonore d’Olivier Peyrebrune ont résonné avec aisance. Lisa Lévy a libéré son timbre de soprano, tandis que la mezzo Muriel Souty a dévoilé une voix riche et mûre. Le concert s’annonce prometteur.

 

5 les 3 chefs discutent WebLes promesses de la répétition. Dès la fin de la répétition, le chef attitré du chœur, Laurent Zaïk, me confirme aussi sa bonne impression : « Diriger pour la première fois le Requiem de Mozart n’est pas facile, mais il s’en sort mieux que le chœur qui présente toujours des petits défauts qui m’énervent, m’avoue-t-il. Mais, bon, le Requiem n’est pas une œuvre facile. J’aime aussi beaucoup les tempos qu’il a choisis ». Il m’abandonne d’ailleurs pour aller le lui dire avec chaleur et je dois attendre qu’Alexandre Herviant se libère pour recueillir ses premières impressions. Elles sont empreintes de confiance : « Oui, la répétition s’est bien passée, m’assure-t-il. J’ai obtenu ce que je voulais. Pour la répétition, ils se sont retenus, mais je sais qu’ils donneront tout pendant le concert. Ce sera bien ». Tandis que le chœur et l’orchestre sortent de la nef pour se préparer, les trois chefs : Jean-Louis Petit, Laurent Zaïk et Alexandre Herviant se retrouvent pour mettre au point d’ultimes mesures.

 

6 le public a répondu present WebConfession pour un chœur. C’est qu’il est déjà 20h45 et que le public commence à entrer dans l’Eglise. En hâte, je récupère mes affaires et, avec fébrilité, je cherche un endroit idéal pour prendre discrètement mes photos en cours de concert. M’apparaît alors sur le côté gauche, derrière une balustrade et quelques rangées de chaises, une structure en bois ouvragé qui semble offrir un espace protégé parfait : juste assez large pour que j’y tienne debout et juste assez discret pour que je ne gêne pas le public. En fait, j’y serai comme dans une boîte fermée sur trois côtés. Idéal, vraiment. Je m’y réfugie en hâte… pour découvrir que je me suis installé dans un confessionnal. Heureusement, me dis-je en guise d’absolution, j’ai choisi l’espace réservé aux pénitents. Je ne m’en fais pas moins discret en m’asseyant. Les yeux dépassant à peine la balustrade, je découvre alors le spectacle d’une église quasiment pleine. Aussi improbable que cela puisse paraître, les 1000 spectateurs indispensables pour atténuer l’énorme écho de la nef sont bel et bien présents. Le premier Requiem de Mozart qu’aura dirigé Alexandre Herviant peut commencer sans tarder. Il est déjà un succès.

 

7 Solo soprane WebUne appropriation de l’espace sonore. Le concert débute par les Ave Maria de Schubert et de Gounod que chante Lisa Lévy. La battue d’Alexandre Herviant est fine et délicate et il a choisi un tempo modéré pour laisser à la voix de la soprane le temps de se déployer. Pourtant, l’espace encore trop vaste noie le chant, tandis que l’orchestre semble l’étouffer sous ses rutilances. Du coup, mon inquiétude sur la puissance de l’orchestre et du chœur concert ressurgit. Mais Alexandre Herviant ne partage pas mon doute. Le chœur à peine en place, il démarre le Requiem. D’une baguette souple et ample, il entraîne sa phalange dans un élan vif et dynamique qui ne laisse plus de place au vide. Comme il l’avait annoncé (voir article précédent), Alexandre Herviant dirige de tout son corps et son Dies Irae sonne fougueusement sous la voûte de La Madeleine. Du regard, il engage les solistes Pierre Vaello et Olivier Peyrebrune dont les voix de ténor et de basse sonnent claires dans l’espace. Il me semble alors que La Madeleine n’est plus aussi grande. Pourtant, le chœur manque un peu de basses sur le « Salva me », comme me l’avait signalé Laurent Zaïk en déplorant les absences de vacanciers. Dommage, car tous les pupitres du chœur affichent de belles voix.

 

8 choeur chantant WebIncidents, ballet et final. Mais le chef ralentit hardiment le rythme sur le Confutatis, allonge les tempos comme il en a le secret. Surprises, les altos hésitent et puis dérapent vers des bémols incongrus avant que le chœur les rattrape et les ramène dans le droit chemin pour un Lacrymosa émouvant. Le chef reprend alors un rythme vif et entame un Offertorium allègre où le chœur et l’orchestre s’enjouent et retrouvent leur assurance. On devine alors qu’Alexandre Herviant joue sur les rythmes et accompagne les mélodies d’une main légère et enthousiaste. Le Requiem en prend soudain des allures fort séduisantes de ballet. Mais à nouveau, sur le Sanctus, le chef s’autorise un ralenti majestueux et cette fois c’est un des instrumentistes à vent qui émet une fausse note. Le jeune chef ne s’émeut pas, raffermit sa direction et stabilise l’orchestre et le chœur qui semblaient s’effriter. D’une baguette plus vive, il rassemble sa phalange et réattaque sur un rythme plus rapide qui balaie toutes les hésitations. Le Benedictus, que les solistes cisèlent de nuances passionnées, redonne ensuite son lyrisme au chœur qui peut négocier avec brio son entrée finale. Arrivent alors l’Agnus Dei, avec des pianissimos superbes. Enfin, le final de la Communion et le Lux Aeterna, très doux mais avec des Hosannah glorieux, achèvent le Requiem dans la paix et la joie de la gloire céleste.

 

8ter quatuor solistes WebTouristes et patrimoine. Les applaudissements du public sont cordiaux, mais trop peu nourris à mon goût, d'autant que l'orchestre et les solistes félicitent chaleureusement leur chef de circonstance. Les auditeurs ne réclament même pas un bis et l’Ave Verum, de Mozart, que le chœur avait préparé pour l’occasion et que j’aurais écouté avec plaisir, reste dans les cartons. Pourtant, les commentaires sont flatteurs : « Cela m’a beaucoup plu ! », assure ainsi une dame âgée à sa fille. Intrigué, je demande à mes proches voisins s’ils sont venus pour le chef ou pour l’œuvre : « Nous sommes venus pour le Requiem de Mozart, naturellement, me répondent-ils. C’était très bien ». Ah ! Le divin Mozart et son Requiem ! Il ne se passe pas une semaine sans qu’il soit donné à Paris. Je reste donc boudeur jusqu’à ce qu’Alexandre Herviant me rappelle en riant que ce 19 septembre est consacré Journée du Patrimoine en France : « Associé au Requiem de Mozart, La Madeleine ne pouvait qu’attirer du monde, se réjouit-il. J’en suis très content. Ce 1er Prix s’est avéré une belle récompense, d’autant plus que mes professeurs de direction de chœur: Laetitia Casabianca et Pierre Cao, y ont assisté. Je suis ravi». Le sourire radieux qu’il affiche est contagieux.

 

10 choeur WebCommentaires. Afin de recueillir d’autres avis, je me rapproche de Jean-Louis Petit, par qui ce concert est arrivé : c’est lui, faut-il le rappeler, qui avait organisé le Concours International de Direction de chœur 2015 de Ville d’Avray. C’est aussi lui qui a offert ce 1er Prix à Alexandre Herviant et qui lui a cédé son orchestre pour un soir. Réfléchissant un instant, il me déclare : « Alexandre Herviant a été tel qu’en lui-même et c’est pour cela que nous l’avons fait venir ». Me voilà donc livré à mes propres conclusions quand, à la sortie, un des instrumentistes me confie : « Ce jeune chef a naturellement des comportements qui ne s’apprennent pas et qui sont importants pour diriger. Il a cela en lui. Mais il lui faudra également de la chance pour réussir dans sa carrière ». Voilà qui ouvre plus de perspectives et je m’en vais en songeant qu’Alexandre Herviant ne manque pas de l’audace nécessaire pour provoquer sa chance. Et que c’est justement cette audace qui, associée à son charisme et à son talent, le rend si sympathique et si original. Les Muses ne l’abandonneront pas.
Michel Grinand


11 choeur Amadeus WebAmadeus, le chœur qui aime le grand répertoire

 

C’est en 2005 qu’est né le Chœur Amadeus, fondé par des choristes amateurs désireux de chanter le grand répertoire avec orchestre. De par cette vocation, le chœur intervient régulièrement comme partenaire d’orchestres et il participe ainsi à près de 20 concerts par an, sans compter que, durant l’été, il se met au service du chef Jean-Louis Petit. Le chœur est donc habitué à être dirigé par différents chefs d’orchestre ou de chœur : « Les choristes savent s’adapter très vite à de nouveaux chefs, confirme Laurent Zaïk, qui a pris la direction du chœur en 2010. Tout en étant amateurs, ils répondent rapidement aux demandes des chefs ». Le Chœur Amadeus prépare deux œuvres par an. Outre le Requiem de Mozart, il a déjà chanté les Requiem de Schumann et de Saint-Saëns, ainsi que la Messe en ré de Dvorak. Pour 2016, il prépare Les Sept dernières Paroles du Christ, de Haydn.

MG