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1 Alex-Herviant-sur-davoir-gagnéConcours International de chefs de chœur de Ville d’Avray

Alexandre Herviant remporte le Premier Prix au tempérament

 

Comme la journée des éliminatoires, la finale du Concours International de chefs de chœur de Ville d’Avray s’est avérée passionnante. Le résultat, qui a tenu compte de la direction chorale pendant la répétition et pendant le concert public, est resté indécis jusqu’au bout et c’est dans sa maîtrise du chœur et de tempos souverains qu’Alexandre Herviant a pris le meilleur sur ses concurrents.

 

Une édition de luxe. Le Concours International de Chefs de chœur organisé par le Festival de Ville d’Avray a satisfait jusqu’aux concurrents les plus malheureux. Vingt-neuf chefs s’étaient inscrits, dont seulement vingt-cinq concoururent dans l’environnement sportif du Gymnase de Ville d’Avray, bien fait pour inspirer la combativité. Le répertoire, choisi par Marine Fribourg, Chef du chœur d’application Bergamasque et membre du jury, s’est avéré idéal pour révéler les talents des chefs et du chœur. Les concurrents se colletèrent en effet avec tous les avatars de l’amour.

 

2 Marine-Fribourg1Amours et tragédies. Ce furent « Ronde », de Ravel, seule vision gaie de la passion ; « Marie », de Poulenc, symbole de l’amour perdu ; « Dieu, qu’il la fait bon regarder », de Debussy, tout en déchirure ; « Le Crapaud », de Chépelov, chef d’œuvre d’amour sans espoir et « La Béle Gloire, le bel honneur », de Lejeune, aveu d’amour trahi. « Un choix judicieux, mêlant l’unité de style et de nationalité à un bouquet d’œuvres à la fois sensibles et techniques », commentait Thierry Dagon. Chef de chœur et chanteur lyrique, il participait aussi au jury avec Pascale Jeandroz, présidente du jury et chef d’orchestre, Jean-Louis Petit, compositeur organisateur et Robert Combaz, représentant de la Confédération Musicale de France (CMF).

 

4 Ayaka-dirigeant-le-choeur-vue-du-dessusDix minutes pour convaincre. De fait, les chefs durent jouer du soupir, de la colère, du désespoir et même de l’humour, le tout en seulement dix minutes pour émouvoir le chœur et, à travers lui, le jury. On se souviendra des multiples versions du « Dieu,… », de Debussy, de la Marie sans cesse perdue de Poulenc, de la malice de la Ronde de Ravel, de la colère rentrée de « La béle gloire… », de Lejeune et de l’étonnant Crapaud, de notre contemporain Pierre Chépélov, qui suscita tant d’interprétations différentes autour de l’expression de son chant, bouche ouverte, bouche fermée, avec la langue ou avec la gorge. En même temps, la délicate palette de nuances des œuvres permit au chœur Bergamasque, magnifique d’expressivité, de chanter près de sept heures durant sans faiblir.

 

6 Ayaka-expressiveQuatre prétendants au titre. Au final, ce fut sa direction sculptée dans un espace musical idéal, donnant au chœur des nuances incroyablement riches dans le « Marie », de Poulenc, qui valut à Stéphane Ung, Chef du chœur de la Maîtrise de Rambouillet, d’accéder à la finale. C’est en entraînant le chœur Bergamasque dans une expressivité limpide d’amour et de regrets du « Dieu, qu’il la fait bon regarder », de Debussy, qu’Alexandre Herviant, ténor et Chef de chœur assistant à l’Ecole Maîtrisienne de Bourgogne, obtint lui aussi sa place. Menue, mais efficace avec son sourire qui fascinaient les choristes et avec ses mains qui semblaient peindre les mélodies comme autant de tableaux impressionnistes, Ayaka Ueda, élève du chef estonien Tonu Kaljuste, apporta au chœur une dimension spatiale de la musique. Cela lui valut sa place en finale.

 

8 Vaclav-Dlask-gros-plan-1Classicisme et Renaissance. Enfin, c’est dans l’histoire et la tradition tchèques que Vaclav Dlask, élève chef de chœur du Conservatoire de Prague, trouva l’énergie et la précision pour interpréter la plus belle version de la journée de « La béle Gloire, le bel Honneur », de Claude Lejeune. Tour à tour passionnée, coléreuse ou suppliante, elle fit de lui le quatrième prétendant au titre, le jury ne parvenant pas à se limiter à trois candidats comme prévu.

 

10 Jean-Louis-PetitUne création de Jean-Louis Petit. Le public ne s’en plaignit pas, d’ailleurs, car la finale n’en fut que plus palpitante. Cette fois encore, Ravel et Poulenc étaient du programme, le premier avec l’humour picaresque de « Nicolette » et le second avec la mélancolie tourmentée de « Tous les Droits ». Le public découvrait aussi une composition particulièrement séduisante de Jean-Louis Petit : « La Confession, Autre chanson d’Odile et J’ai le cœur dolent », triptyque à la gloire de la jeunesse amoureuse.

 

12 Stephane-Ung-gros-plan1Un suspense crescendo. Toujours gracieuse, Ayaka Ueda eut le difficile privilège d’engager la finale. Ses mains voletaient, vives dans l’espace, mais si la joliesse de sa direction convainquit dans « La Confession, … » (JL Petit) et dans « Tous les droits » (Poulenc), elle laissa le chœur un peu distant dans le facétieux « Nicolette » de Ravel. Ce même « Nicolette » qu’un moment plus tard, Vaclav Dlask brossait, lui, théâtralement avec force nuances avant de littéralement narrer d’une direction dynamique « La Confession » et « l’Autre chanson d’Odile ». Elégant et raffiné, Stéphane Ung opta, lui, pour la séduction : un humour ravageur dans « Nicolette » et le charme de la jeunesse dans « La Confession,… » semblèrent lui promettre la victoire.

 

14 Alex-Herviant-dirigeant1Et le temps s’est suspendu… C’était sans compter avec Alexandre Herviant et sa magistrale maîtrise des trois œuvres. Fin stratège, il avait déjà pris soin de limiter sa répétition à des extraits, instants clés qui ne donnèrent pourtant pas au chœur Bergamasque assez d’éléments pour anticiper sa direction. Du coup, les choristes accueillirent son entrée en lice avec une attention totale et le jeune chef put aussitôt leur imposer sa loi. De fait, après leur avoir fait chanter un « Nicolette » enjoué, il les surprit en appuyant les nuances dans « Tous les droits » avant de les captiver par des ralentis imprévus dans « La Confession… ».

 

16 Alex-Herviant-maitrise-le-choeurDe battre, le chœur s’est arrêté. Sûr de lui, Alexandre Herviant tenait le chœur au bout de ses doigts et l’entraînait dans une interprétation pleine d’onirisme dans laquelle le temps semblait s’être suspendu : « La veille, j’avais noté son savoir-faire, mais là, il semblait transcendé », nous confiait plus tard la choriste Virginie Gay. Le jeune chef en était conscient puisqu’au bout de sa prestation, il invita lui-même ses concurrents à venir saluer le public autour de lui. Et il ne se trompait pas, le jury lui attribuant à l’unanimité le Premier Prix ou Prix du Conseil général des Hauts-de-Seine.

 

18 la-Présidente-Pascale-Jeandroz-désigne-le-gagnant-pour-le-juryUn concours d’un très haut niveau. Stéphane Ung et Ayaka Ueda reçurent ex aequo le second prix, tandis que Vaclav Dlask eut l’heureuse surprise d’être l’élu à la fois du Prix du Public et du Prix du chœur : « Je n’ai pas gagné, mais j’ai reçu deux prix », se consola-t-il. La fête était finie, mais les chefs de chœur avaient du mal à se séparer, y compris ceux qui s’étaient vus éliminer la veille : « J’ai raté mon concours, confiait ainsi Corinne Arnaud, chef du Chœur Les Intemporelles. Mais je ne regrette pas d’être venue : la préparation a été une période excitante et l’expérience du concours, puis le fait d’assister à une finale d’un si haut niveau de qualité se sont révélés des moments extraordinaires. Je ne souhaite qu’une chose et c’est me présenter à un nouveau concours de chefs de chœur ». Tous les chefs semblaient d’accord avec elle sur ce point. Malheureusement, ce ne sera pas à Ville d’Avray puisqu’en 2016, le concours sera consacré à l’orgue sur le thème « Autour de Cavaillé-Coll ». Dommage, on aurait bien pris date pour de nouvelles émotions chorales.
Michel Grinand

 

 

 


 

RESULTATS DU CONCOURS INTERNATIONAL DE DIRECTION DE CHŒUR

(21-22 mars 2015 à Ville d’Avray)

 

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Le Jury, sous la présidence de Pascale JEANDROZ et composé de Marine FRIBOURG, Thierry DAGON, Jean-Louis PETIT, avec Robert COMBAZ comme représentant de la CMF, a décerné :
Le premier prix (Prix du Conseil Général des Hauts-de-Seine) à Alexandre HERVIANT(France).
Le second prix (Prix de la Commune de Ville d’Avray) à Ayaka UEDA (Japon) ex aequo avec Stéphane UNG (France).
Le « Prix du Public » ainsi que le « Prix des Choristes » sont revenus tous deux à Vaclav DLASK (République Tchèque).

29 candidats de 13 nationalités étaient inscrits au Concours. Ils ont dirigé l’Ensemble Vocal Bergamasque (chef du chœur Marine Fribourg http://www.bergamasque.org ) dans des œuvres de Poulenc, Ravel, Debussy, Le Jeune, ainsi que deux créations de Pierre Chépélov et Jean-Louis Petit.
 
Le Concours (17ème  http://concoursparisva.jimdo.com ) organisé par le Festival de Ville d’Avray est soutenu par la Commune de Ville d’Avray, la Communauté d’Agglomération « Grand Paris Seine Ouest », le Conseil Général des Hauts de Seine, avec le partenariat de la Confédération Musicale de France, de l’Association des Concerts, de la MPT et du Conservatoire de Ville d’Avray ainsi que des Editions Musicales Fortin-Armiane (http://www.editionsmusicalesfortin.com )

 

Liste des prix :
Premier Prix : 1500 € (Prix du Conseil général des Hauts de Seine
Deuxième Prix : 1000 € (Prix de la Commune de Ville d’Avray)
Prix du Public
Prix des Choristes
Direction d’un Requiem de Mozart en concert à l’Eglise de la Madeleine, à Paris.