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Livre Web 1Murielle Radault

Sauvez nos âmes musicales !

 

L’enseignement du solfège en conservatoire : un naufrage français
Editions Yves Michel, collection Société civile, avril 2015, 95 pages

 

Enseignante de musique et mère de trois enfants musiciens, Murielle Radault témoigne de l’insuccès de l’enseignement du solfège en conservatoire, où les résultats semblent affligeants. Elle milite donc pour une formation pragmatique qui développerait d’abord l’appétence naturelle des jeunes pour la musique.

 

Trois expériences et un constat. Impossible de prétendre que Murielle Radault a écrit son livre à charge contre l’enseignement du solfège en conservatoire sous le coup de l’émotion : ses trois enfants sont tour à tour passés sous les fourches caudines de différents conservatoires de musique français pour apprendre la musique. Impossible aussi d’affirmer que l’auteur ne connaît rien à la musique : elle enseigne elle-même cette matière. Impossible, enfin, de crier à la phobie naturelle des enfants pour l’enseignement du solfège : la méthode Dalcroze, pratiquée par un enseignant formé à l’étranger, a donné d’excellents résultats en termes d’engouement des élèves. Muriel Radault explique simplement que, pour chacun de ses enfants, elle a dû pallier l’absence de méthode rigoureuse d’enseignement du solfège et l’importance démesurée accordée à des examens insuffisamment préparés en enseignant elle-même le solfège à ses enfants. Ainsi ceux-ci ont-ils pu continuer à suivre les enseignements de pratique musicale et devenir musiciens. Pour nombre d’autres élèves, malheureusement, il n’en a rien été. Après des recherches, Muriel Radault a constaté qu’au bout d’une seule année d’enseignement, les élèves des deux premiers niveaux d’enseignement d’un conservatoire sont ainsi tombés de 515 inscrits à seulement 368 élèves admis au niveau supérieur, soit un taux d’érosion de 28,53%. Et au bout de cet élagage sans appel, combien d’abandons définitifs de la pratique musicale ? Combien d’inscriptions et de rentrées financières en moins, aussi, pour les conservatoires ? Trop, c’est certain.

 

Classe de solfège WebUn manifeste pour sauver la pratique musicale en France. Forte de ce constat, Muriel Radault a donc rédigé un manifeste pour réclamer que les conservatoires révisent leur politique de formation en l’adaptant aux besoins des élèves, des parents et de l’époque. A savoir, en raccourcissant, comme cela est le cas à l’étranger, les cours de formation musicale à 1h00 en niveau 1 et à 1h30 en niveau 2 ; en créant un cahier de cours, témoin des leçons données ; en élaborant des cours et des exercices révisables à domicile par les élèves ; en remplaçant les examens finaux de formation musicale par un bilan annuel ; enfin, en communiquant aux parents le contenu des évaluations afin que ceux-ci puissent s’opposer au redoublement de la classe de formation musicale de leurs enfants. Aucun de ces souhaits n’apparaît démesuré. Pire, l’expression même de ces souhaits semble démontrer que l’enseignement du solfège en France est aussi mal maîtrisé par les enseignants que son apprentissage l’est par les élèves. Si c’était le cas, la défaillance pédagogique au niveau de l’enseignement du solfège dans les conservatoires français apparaîtrait bien comme une réalité que les ministères de la culture et de l’Education nationale devraient normalement corriger. Même si des milliers de musiciens et de choristes français pratiquent la musique sans lire la musique, le solfège est la base de la maîtrise de l’art musical. Sans connaissance solfégique, point de progression musicale, ni de pertinence musicologique. A l’heure où le secteur de la musique dite classique s’interroge sur la désertion des salles de concert par le grand public, il importe de se demander si l’amélioration des connaissances musicales de ce même grand public ne serait pas la solution au problème de cette désaffection. Après tout, on ne se déplace pas pour ce qu’on ne connaît pas.
Michel Grinand