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Disque-Holst-et-RT-copy-Renaud-Araud modifié-1« The Sun rising through the Mist » 

L’art choral de Gustav Holst révélé au grand jour

Direction Régine Théodoresco

APC Calliope 2014, Distribution Harmonia Mundi

 

C’est une facette méconnue de Gustav Holst que Calliope et Régine Théodoresco dévoilent avec le disque « The Sun rising through the Mist ». Passionné de spiritualité indienne et chef de chœurs féminins, le compositeur des « Planètes » a composé des airs dont le Chœur Calliope exprime à merveille l’ambiance exotique et cérémonielle.

 

Un disque-phare dans le paysage choral. Si un album fait découvrir un aspect nouveau de l’œuvre de Gustav Holst, c’est bien « The Sun rising through the Mist ». Au-delà des « Planètes » et de leur rutilance orchestrale, c’est le domaine des dieux et ses cortèges de chœurs cérémonieux que l’ensemble vocal Calliope-Voix de Femmes nous révèle ici. Paisible et solaire, la musique qu’il interprète nous ouvre un univers fait de spiritualité bienheureuse et d’exotisme qui n’a commencé à sortir de l’ombre qu’au début des années 80. Là, le rideau se déchire davantage avec les deuxième et troisième groupes des Hymnes Choraux tirés du Rig Veda ou Livre des Hymnes, le plus ancien témoignage de la littérature hindoue. Les accompagnent Deux Images Orientales (Two Eastern Pictures) évoquant le printemps et l’été, tandis que le recueil Seven Part-Songs et l’air Dirge and Hymeneal (Chant lugubre et Chant nuptial) apparaissent comme des pendants chrétiens et nordiques de ces chants orientaux. Ce disque plonge donc dans les racines spirituelles de l’humanité qui ont tant fasciné le compositeur. Mais, celui-ci ayant pris soin de ne pas égarer totalement son auditeur, ce dernier ressent une étonnante familiarité avec ces œuvres. Car Gustav Holst a exprimé son attirance pour la spiritualité hindoue sous la forme d’une musique «  travaillée à partir d’un imaginaire sonore ensorcelant, voire envoûtant », explique Régine Théodoresco, chef du chœur Calliope. Accompagnés par la harpe mutine d’Anaïs Gaudemard ou par le piano mystérieux et hiératique de Nicolas Jouve, les chants expriment des « sensations extra-européennes » et des « émotions simples » qui suscitent à la fois le plaisir du renouveau et la sécurité du reconnu : « Le compositeur relie force vitale, racines, spiritualité et culture, ajoute la chef de chœur. Interpréter sa musique nous permet de nous sentir vibrants et lumineux ».

 

Surya-forme-celeste-du-feu-AgniUn son plein, sensuel et extatique. Bien qu’empreint d’une atmosphère cérémonielle, le disque résonne donc de vitalité et de beautés vocales qu’avec son talent à maîtriser le placement dans les chœurs, Régine Théodoresco magnifie. Les quatre voix de femmes : Sopranes1, Sopranes2, Mezzosopranos et Altos sont agrégées à la perfection, donnant au chœur un son plein, sensuel et extatique que l’enregistrement restitue pour le plus grand plaisir de l’auditeur. Le texte en anglais en est comme éclairé de bonheur. La qualité vocale propre aux 13 interprètes, les aigus aériens et les graves sonores donnent à la chef de chœur la clef d’oppositions magiques entre lignes vocales et nappes sonores. L’engagement des jeunes femmes dans le chœur permet aussi les ruptures de rythmes, du drame à la gaieté comme dans « Dirge and Hymeneal », ou de la nuit au jour comme dans « Hymn to Vega ». L’introspection y est aussi profonde que la gaieté est communicative. Enfin, la succession des airs choisie par Régine Théodoresco agence les ambiances vocales sans heurt et en maintenant toujours au plus haut l’attention de l’auditeur. Allié à la très belle musique de Gustav Holst, le chœur Calliope nous propose un disque magnifique, avec peut être la plus belle des versions des Choral Hymns from the Rig Veda qui ait jamais été enregistrée. Proposant notamment un Hymne aux Voyageurs de toute beauté, sa version du Troisième Groupe nous paraît même supérieure à celle qu’avait enregistrée, en 1988, le chœur britannique des Holst Singers, pourtant formés par la propre fille du compositeur, Imogen Holst. C’est dire combien nous recommandons ce disque à tous les amoureux du chant choral en général, et des chœurs féminins en particulier. C’est un disque divin à méditer longuement.
Michel Grinand