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1 disque jumala horizontal webChœur Mikrokosmos

Voyage onirique dans l’univers maternel de Jumala

 

Jumala, pour choeur, solistes, tambour et carillons
Enregistré par le Chœur Mikrokosmos, à la Ferme de Villefavard, 48’minutes 14
Direction Loïc Pierre
Editions advitamrecords, 2017

 

C’est à un parcours dans l’univers féminin de Jumala que nous convient Loïc Pierre et son chœur Mikrokosmos. Composé de légendes anciennes et d’instants de vie captés à la volée, ce voyage choral aux confins du rêve traduit les relations entre la femme, l’homme et leur monde dans le dialogue permanent qui unit le réel, l’imaginaire et le spirituel avant toute naissance.

 

2 choeur et lumieresUn nouveau microcosme pour Mikrokosmos. Avec son dernier disque Jumala, le chœur Mikrokosmos fait naître par le chant choral polyphonique ou unisson, par la voix soliste et par les jeux de scène un nouvel univers dans son catalogue déjà bien fourni de mondes imaginaires. S’inscrivant résolument dans le mystère de la pénombre, ce disque-spectacle reste avant tout un chant choral puisque c’est par les variations de la voix chantée qu’il dévoile ses fantasmagories tant au spectateur qu’à l’auditeur. Il reflète, là, la passion du chef pour la scénarisation du chant choral dans le cadre d’une liturgie imaginaire, scénarisation dont on a pu déjà goûter les mystères avec La Nuit Dévoilée. Rappelons d’ailleurs que Jumala est la seconde partie d’un triptyque démarré avec La Nuit Dévoilée et que Loïc Pierre promet d’achever pour les trente ans du chœur. La voix est donc au cœur de l’œuvre et c’est sans doute le soir, dans une ambiance de pénombre ou même les yeux fermés qu’on appréciera le mieux ce disque, en particulier si l’on dispose d’une ambiance sonore spatialisée. Car c’est la voix qui réunit les esprits, à l’image du premier morceau : « Les Crieuses1 », qui reprend à son compte la tradition nordique du Kulning, ces appels aigus et modulés que lancent dans la nature les gardiennes de troupeaux scandinaves pour rameuter leurs troupeaux ou pour se reconnaître entre elles dans la nuit boréale. Par leurs cris chantés, les Crieuses rassemblent le chœur, d’abord celui des femmes (Incantatio, de Guillaume Prieur), puis celui des hommes (Kaksikpühendus, Veljo Tormis). Ensemble, ils entonnent la ronde joyeuse du Churchyard Entertainment, de Meredith Monk. La fête des esprits peut alors débuter et nous conduire dans une cérémonie magique où les entités imaginaires se rejoignent pour animer le monde. 

3 mikrokosmos cercle webLe mystère de l'enfantement. Dans cette ambiance nocturne, on notera que c’est la voix soliste féminine qui sert de guide au chant choral. Le disque s’inscrit donc dans le cadre d’une apologie de la femme, ce qui éclaire à nos yeux un sens global à donner à l’ensemble du disque : celui du mystère de l’enfantement, depuis l’union des époux jusqu’à la naissance heureuse du nouveau membre du chœur, lequel tient office de communauté. Dans ce parcours, trois temps forts : le morceau non chanté La Servante, qui rappelle l’enregistrement d’une échographie prénatale du foetus; l’antienne Komm (Patrick Zimmerli), à la fois sereine et insistante pour appeler l’enfant vers la vie, puis l’heureux Halleluja (Orjan Matre), qui accueille l’arrivée du nouveau-né. Les airs intermédiaires, eux, traduisent les dialogues mère-enfant, père-enfant et chœur-enfant qui s’inscrivent dans l’histoire prénatale pour préparer les uns et les autres à accueillir l’enfant et son avenir. Le tambour et les carillons maquent le temps qui passe et résonnent comme des avatars sonores et des méditations des parents et du chœur. Le disque Jumala marque donc une re-naissance dans la carrière du chœur et de Loïc Pierre, que l’année 2016 avait vu passer par de douloureuses expériences. Il est aussi l’occasion pour le chef d’adresser un vibrant hommage à ses compositeurs de prédilection, ceux qui ont inspiré sa carrière. Ce sont les compositeurs scandinaves en général et, en particulier, l’Estonien Veljo Tormis, décédé le 21 janvier 2017, et dont Loïc Pierre parlait comme d’un ami. C’est aussi l’Américaine Meredith Monk, sans qui la fête de Jumala n’aurait peut-être pas débuté. C’est, enfin, la touche française avec la présence de Guillaume Prieur, mais aussi de ses propres compositions (Les Crieuses et Histoire de Vaïno), dans un opus qui se réfère beaucoup aux légendes nordiques. Avec Jumala, Mikrokosmos a donc repris son voyage dans l’univers choral pour notre plus grand plaisir car le chœur nous semble avoir encore vocalement progressé. Les voix ont mûri et jouent avec aisance de la rusticité traditionnelle ou du lyrisme classique. Avec elles, le spectacle choral atteint à la magie liturgique. Nous guetterons donc avec gourmandise le troisième volet du triptyque, sans compter les représentations concertantes du chœur à travers la France et le monde. 

Michel Grinand

5bis repetition ombres chinoises webLes prochains rendez-vous de Mikrokosmos

 

17 et 18 novembre 2017 : Paris, Carrousel du Louvre ; Création de Brent Michael Davids
3 et 4 février 2018 : Nantes ; Chroniques des Peuples oubliés, aux Folles Journées
5 mai 2018 : Albi ; La Nuit Dévoilée + Jumala
7 au 10 mai 2018 : Nara (Japon) ; La Nuit Dévoilée + Jumala (à confirmer)
Fin avril 2018 : Enregistrement du CD Chroniques des Peuples oubliés