AvantChœur.com

Le magazine en ligne du chant choral

magnificat disque hauteurMagnificat, de Martin Palmeri

Un sacré tango pour une réussite exemplaire

 

Pour soprano, mezzosoprano, chœur mixte, bandonéon, piano et orchestre à cordes – durée 46’19
Chœur Astrolabium, direction Kinga Litowska
Soprano : Aleksandra Turalska - Mezzosoprano : Agata Schmidt 
Bandonéon : Mario Stefano Pietrodarchi - Piano : Martin Palmeri
Orchestre de chambre Capella Bydgostiensis - Direction Kinga Litowska

Première édition mondiale par les Editions Dux Recording Producers 

 

Plus de vingt ans après l’insolente création de sa Misatango, Martin Palmeri récidive avec un Magnificat dont, issues de l’Evangile selon Luc, la dramaturgie et l’exaltation s’avèrent idéaux pour le tango argentin. C’est donc une œuvre au caractère affirmé et particulièrement séduisante que livre le compositeur avec ce premier enregistrement mondial par le chœur polonais Astrolabius, que dirige Kinga Litowska.


astrolabium ohrid macedonia 2008Un premier enregistrement de toute beauté. Alors que la Misatango a mis près de vingt ans pour trouver son public et pour être enregistrée par Michel Piquemal et son Chœur Vittoria, la nouvelle folie tango de Martin Palmeri, un Magnificat édité en première mondiale par les Editions Dux, devrait gagner rapidement tant le cœur des tangophiles que des choristes du monde entier. Dès son introduction sur un joyeux « Magnificat, anima mea, dominum », l’œuvre assume son affiliation au tango nuevo inventé par Asto Piazzola, appartenance renforcée par l’aria qui suit et qu’enchaîne la soprano sur un « Et exultavit spiritus meus » langoureux et passionné. Ce « Magnificat » s’en trouve comme libéré, à l’instar du compositeur dont on sent qu’il a pris plaisir à l’écrire au point d’y aborder toutes les atmosphères propres au genre. Ainsi, ce Magnificat s’élance toutes jupes volantes dans un tango extraordinaire aux enchaînements élégants et aux rythmes idéalement dramatisés.


martin palmeriUn mélange d’exaltation et de gravité. Sur fond de cordes de l’Orchestre de chambre Capella Bydgostiensis, le bandonéon de Mario Stefano Pietrodarchi s’en donne à cœur joie, tant à l’occasion de solos lyriques que pour accompagner les élans fiévreux du chœur ou des solistes. Assurée par Martin Palmeri lui-même, la partie pianistique est complice du chœur et des solistes, affichant la joie, la gravité et l’exaltation propres au genre et que l’ensemble vocal polonais Astrolabium Choir rend avec une éclatante vitalité. Il faut dire que le chœur est bien servi par cette œuvre, avec huit interventions sur onze numéros. Gâté naturellement par la dramaturgie intrinsèque de l’Evangile de Saint Luc, le chœur rit, s’inquiète, s’interroge ou s’exalte avec un évident plaisir. Et rien ne l’effraie ni le perturbe, que ce soient les mélismes sur le texte ou les ruptures de rythme. Le long tango de ce Magnificat composé par Martin Palmeri se déploie comme une histoire passionnée et passionnante qui devrait séduire aussi rapidement les chorégraphes.


martin palmeri et michel piquemal webUne œuvre faite pour les chœurs. Pour un peu, le chœur en volerait la vedette aux solistes, la soprano Aleksandra Turalska et la mezzosoprano Agata Schmidt, aux voix pourtant bien choisies. Elles disposent de six duos, ainsi que d’une aria pour la soprane, pour faire valoir leurs qualités tant vocales que stylistiques et leurs prestations sont remarquables. Mais il est vrai que quatre de ces duos accompagnent le chœur, ce qui achève de traduire la volonté du compositeur de présenter une œuvre d’abord chorale. On notera par ailleurs que chaque morceau s’achevant à la manière de tangos classiques, il peut être aisément extrait de son contexte pour que le chœur ou les solistes en fassent des présentations isolées. Le monde choral ne peut donc que se réjouir de la création de ce « Magnificat Tango », qui viendra enrichir leur bibliothèque chorale d’une pièce particulièrement séduisante et réussie. Après cette magistrale démonstration de la capacité du tango à s’adapter à la liturgie du Magnificat, on ne peut qu’être impatient d’entendre la pièce profane que Martin Palmeri a promise à Michel Piquemal et à son chœur Vittoria. Le compositeur saura-t-il autant nous surprendre dans le registre opératique que dans celui de la liturgie ? Nous guetterons avec impatience sa parution.
Michel Grinand