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1 Disque Misatango1WebMisatango, de Martin Palmeri

Le Chœur Vittoria comble un manque et consacre un chef-d'oeuvre 

 

Misatango ou Misa a Buenos Aires, 
Chœur régional Vittoria d’Île de France, Boris Mychajliszyn chef associé
Orchestre Pasdeloup, 
Arnaud Nuovolone : 1er violon solo ; Gilberto Pereyra : bandonéon, Thomas Tacquet : piano
Sophie Hanne : soprano 
Direction : Michel Piquemal 
CD Live, 40’24, éditions Hortus, 2016

 

En enregistrant la Misatango de Martin Palmeri aux éditions Hortus, Michel Piquemal et son choeur Vittoria d'Île de France comblent une absence injustifiée au disque. Cette Messe composée pour chœur sur le rythme et dans l’esprit du tango argentin remplit son office d’art sacré tout en comblant les choristes et l’auditoire de beautés musicales inconnues qui élèvent la pièce au rang de chef-d’œuvre choral.

 

3 Danseurs et choeurWebUn enregistrement très attendu. Comme le furet de la chanson, la Misatango pour chœur, soprano solo, orchestre et bandonéon de l’Argentin Martin Palmeri a parcouru la France sans jamais se fixer ces deux dernières années. Seul l’intérêt de chefs de chœur curieux et audacieux comme Jean-Marie Puissant, Jean-Michel Chattard ou Michel Piquemal avait permis à quelques heureux auditeurs de l’entendre et trop nombreux étaient les amateurs de chant choral qui n’en avaient ouï que des échos de concerts passés. Avec l’enregistrement en public qu’en ont fait pour les éditions Hortus Michel Piquemal et son Chœur Vittoria d’Île de France, avec le soutien de la Région Île de France et de l’Orchestre Pasdeloup, le manque d’accès au chef d’œuvre du compositeur argentin est enfin comblé. Par chance pour les auditeurs parisiens, la sortie du disque dans les magasins distributeurs, officiellement prévue pour janvier 2017, a été précédée par un concert inaugural en présence du compositeur, le 19 novembre 2016, dans la salle de concert du Conservatoire de Paris (75009). Si l’effectif de l’orchestre fut réduit aux cordes, piano et bandonéon, le bandonéoniste Gilberto Pereyra, le pianiste Thomas Tacquet, la soprano Sophie Hanne et le chef de chœur Michel Piquemal donnèrent le meilleur d’eux-mêmes.

 

5 M Piquemal dirigeant le choeurWebL’emballement du chef. Inspiré et incisif, Michel Piquemal conduisit sa phalange avec fougue et pertinence dans les quinze numéros de cette Misatango qui est dansante comme un tango, mais qui se chante en latin. Il faut dire que le chef a été « emballé par le rythme, confiait-il lors du concert. Une amie m’avait fait connaître l’œuvre sur Youtube, mais je n’avais pas été convaincu. La mission du Chœur Vittoria étant cependant de faire connaître des œuvres et des répertoires nouveaux, j’ai étudié la Messe pour un éventuel concert et ce travail a fonctionné comme un révélateur. Les parties chorales et orchestrales sont très bien écrites et cela a été un vrai bonheur pour moi de diriger cette messe. Au point que je me la suis accaparée, ce qui a suscité un désaccord sans conséquence entre Martin Palmeri et moi sur le final, mais j’estime qu’une fois écrite, une musique n’appartient plus seulement à son compositeur, mais aussi à ceux qui la font vivre ». Sûr de ses convictions et de ses choix de nuances, de tempos et de rythmes, Michel Piquemal a donné un superbe et séduisant concert le 19 novembre 2016, contribuant ainsi à asseoir la notoriété de la Misatango dans le paysage choral et musical français.

 

Michel Piquemal et Sophie Hanne gros planWebRythme et spiritualité. Tonale et dramatique, l’œuvre débute sur un Kyrie insolent et s’achève sur un Dona nobis Pacem plein de ferveur, avouant ainsi la résolution du conflit intérieur qui a d’abord retenu la plume du compositeur, puis l’a laissé toucher au sublime en mariant avec élégance le rythme et les nuances de la danse profane à la dramaturgie liturgique de la messe. Ce parcours spirituel et musical porte déjà en lui la marque du tango et de ses changements d’humeur ou de rythme. Le chef de chœur l’a bien compris lui qui, pour le concert, en a accentué les variations et les oppositions et a invité un couple de danseurs à illustrer de leur chorégraphie cette évolution de l’âme. Sous sa direction, le Chœur Vittoria s’est montré solide et engagé, juste et passionné. Avec ses nuances parfaitement rendues, le Credo atteint ainsi à un idéal du tango, avant que le Credo in Spiritum Sanctum parachève l’impression de perfection dans la fusion des deux styles. Opposant sa voix lyrique de soprano aux sombres altos des chanteuses traditionnelles de tango, la chanteuse Sophie Hanne contribue de son côté avec talent à instiller la ferveur qui légitime cette messe populaire. Son Qui Tollis, l’Et Incarnatus est, puis son Credo in Spiritum Sanctum qui plane au-dessus du chœur trouvent leur apothéose dans un Benedictus qui respire le bonheur de la foi assumée. Après un Agnus Dei empli de pathos, le Dona nobis Pacem est une fête totale dans laquelle le chœur, la soprano et les musiciens se rejoignent pour trouver naturellement la paix espérée dans un tango apaisé.

 

6 Choeur soliste abndonéon et danseursWebNouvelles versions et œuvres nouvelles. Créée en 1996, la Misatango de Palmeri aura payé d’un long purgatoire son originalité et sa hardiesse. Mais la bénédiction du Pape François, qui en a fait l’éloge, puis l’engouement du public et des chefs de chœur français ont redonné un souffle au génie du tango de Martin Palmeri. D’ores et déjà, Michel Piquemal poursuivra la collaboration du chœur avec le compositeur à travers trois projets. Le premier consistera à s’approprier pour une série de concerts le Magnificat que le compositeur a écrit dans la même veine. Le second s’inscrira dans la veine d’une mise en scène de la Misatango dans le cadre d’un ballet que crée un danseur de l’Opéra de Paris pour une création scénique en mai 2018 à l’Opéra de Massy (91). Enfin, le chef de chœur a aussi commandé au compositeur un pendant profane à la Misatango, une œuvre chorale qui sera tout entière consacrée aux splendeurs et contradictions du tango. La date de création de cette œuvre n’a pas encore été communiquée.
Michel Grinand 


Martin PalmeriWebUne œuvre "coup de choeur"

 

Argentine et latine. C’est aux choristes du chef de chœur qu’est Martin Palmeri que le public doit la création de la Misatango ou Misa a Buenos Aires : « J’étais également chef de chœur et pianiste dans un orchestre de tango, raconte-t-il. Comme il n’existe pas de répertoire de tango pour chœur, mes choristes me demandèrent d’écrire un arrangement de tango pour choeur a cappella. Ce fut un véritable désastre : le tango est une culture, un mode de vie qui implique même une façon de marcher. Or le chœur sonnait totalement européen et les voix solistes se perdaient sans intérêt. J’ai donc compris qu’il fallait écrire une œuvre originale. Et comme, à cette époque, je m’intéressais beaucoup à la musique religieuse, j’ai décidé d’écrire une Messe, en gardant le latin qui, pour moi, est la langue chorale par excellence. J’ai commencé à chanter le Kyrie sur un thème de tango et puis le Kyrie s’est terminé naturellement. Le reste de l’œuvre a ainsi suivi. Le Pape François a voulu l’écouter et il l’a recommandée ». 
MG