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Doux regard Web« D’un doux Regard », par l'Ensemble Epsilon

L'art madrigalesque sous la Renaissance lyonnaise

 

Distribution : Ensemble Epsilon, Maud Hamon-Loisance, www.ensemble-epsilon.com, mars 2014

 

Avec son premier disque « D’un doux Regard », l’Ensemble Epsilon dévoile des richesses nouvelles à ses auditeurs, depuis le maître de la Renaissance lyonnaise Francesco de Layolle aux subtilités des répertoires français et italiens de l’époque en passant par la parfaite qualité stylistique et vocale de l’ensemble que dirige Maud Hamon-Loisance, spécialiste du chant Renaissance.

 

220px FrancescoDeLayolle WebStyle et expressivité. C’est un disque des plus précieux qu’a enregistré et produit l’Ensemble Epsilon avec « D’un doux regard ». On y découvre avec ravissement l’ensemble vocal au mieux de sa forme, guidé avec tout le talent qu’on lui connaît, pour avoi remporté en Italie le Prix du meilleur chef de chœur du concours d’Arezzo avec son autre formation : l’ensemble Métaphores, par la jeune chef Maud Hamon-Loisance. Sa gestion des nuances et des alternances des lignes mélodiques colore magnifiquement les madrigaux de la Renaissance qu’elle interprète avec ses cinq complices en agilité vocale. Les voix sont pures et belles, bien différenciées entre les deux sopranes, Maud Hamon-Loisance elle-même et Magali Pérol-Dumora, le contre-ténor Yann Rolland, le ténor Julien Drevet-Santique, le baryton Romain Bockler et le baryton-basse Anass Imat, complice entre autres de l’Académie de Direction de chœur Les Sens de la Voix. Ici, pas de vibrato, mais une prononciation particulièrement soignée dans laquelle les « r » roulés apportent leurs vibrations sonores comme autant de trilles ornementales. Les chanteurs, qui se répondent avec brio et brillance, laissent deviner leur goût pour le beau chant et font de tout le disque un enchantement permanent.

 

Ambronay renaissance L RDgzPs WebEsprit français, couleurs italiennes. Veut-on en savoir davantage sur les compositeurs présentés que l’on découvre que le disque est centré sur un des maîtres inconnus du madrigal de la Renaissance lyonnaise : Francesco de Layolle (1492-1540). Ce Florentin immigré à Lyon a non seulement apporté du style italien dans la capitale des Gaules, mais il a aussi assimilé l’esprit français qui voit ses madrigaux se charger de sensibilité et d’intellectualisme là où les airs amoureux italiens restent frivoles. En naît une œuvre hybride au charme indéniable, tantôt mélancolique, tantôt passionnée, mais aussi humoristique et sérieuse. Une seconde partie, consacrée elle aux premiers maîtres italiens du madrigal : Francesco Corteccia (1502-1571), Matteo Rampollini (1497-1553), Adrian Willaert (1490-1562) et Costanzo Festa (1495-1545), donne à reconnaître les différences stylistiques entre les compositeurs selon le côté des Alpes où ils vivent. D’un côté, l’ardeur solaire italienne, de l’autre la douceur et la songerie française. L’évidence eût été encore plus grande si les compositeurs français et italiens avaient été mêlés au cours du disque. Mais c’est le seul bémol qu’on trouvera à ce disque particulièrement séduisant et bien fait pour éclairer les longues nuits d’hiver. A privilégier comme cadeau en cette époque de Noël, évidemment.
Michel Grinand