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1 Disque WebMysterious Nativity, Musique pour choeur

Les Métaboles occidentalisent le Noël orthodoxe

 

Editions Brilliant Classics, 2014, édité avec le concours de Mécénat Musical Société Générale

 

Avec son disque Mysterious Nativity, le chœur des Métaboles propose le plus occidental des Noëls orthodoxes, son chef Léo Warynski y mariant idéalement l’expressivité et la spiritualité slaves avec la couleur vocale des chœurs mixtes français. Symbiose de ce mariage biculturel, son Magnificat d’Arvo Pärt a été élu meilleure version par la Tribune des Critiques.

 

2Final crescendo Agnus DeiD’un mystère à l’autre. Depuis le fond jusqu’à la forme, tout est mystère dans le disque Mysterious Nativity de l’ensemble vocal Les Métaboles, que dirige Léo Warynski. C’est d’abord le thème : la Nativité, traité non sous sa clinquante forme profane, mais avec la spiritualité inquiète et naïve du croyant orthodoxe. A travers les œuvres de quelques-uns des meilleurs compositeurs du 20e siècle, russes comme Georgy Sviridov, Dimitri Tchesnokov et Alfred Schnittke ou baltes comme Arvo Pärt et Vytautas Miskinis, celui-ci doute malgré sa foi profonde, se débat, appelle son Dieu à son secours et puis se convainc, sachant pourtant que son questionnement restera toujours sans réponse. Un cycle perpétuel finement marqué par le parcours évoqué, de la naissance de Jésus à la toute-puissance de Dieu, l’une n’allant pas sans l’autre. La présence du même compositeur, en l’occurrence Georgy Sviridov, en début de disque pour évoquer la naissance de Jésus et en fin de disque pour honorer le Tout-Puissant, concrétise aussi ce cycle.

 

3 Leo Warynski portrait WebMétamorphose réussie pour les Métaboles. Tout aussi grand est le mystère de la couleur du chœur. Alors qu’à la première écoute, l’ensemble vocal a la tonalité sombre des chœurs russes, grâce à la solennité des œuvres, à une quasi-égalité des effectifs d’hommes et de femmes dans le chœur, mais aussi à un pupitre de basses exceptionnel, la seconde écoute fait apparaître d’inépuisables nuances : les voix pleines et douces des femmes, tantôt sages, tantôt virevoltantes et la riche présence des ténors, qui échappent à loisir à la domination des basses, apportent des tonalités nettement plus occidentales. Nul besoin de dire que chaque nouvelle écoute rend ce disque toujours plus attachant et juste. La clarté du texte, le dosage et la justesse des voix et l’homogénéité sonore, tous éléments vraisemblablement dus au travail du chef Léo Warynski, contribuent alors à faire ressortir la ferveur mise dans l’interprétation. C’est non seulement intelligent et juste, mais on se prend alors de passion pour ce répertoire a priori austère.

 

4 Choristes1Une récompense méritée. De surcroît, le mariage de la couleur française avec le style russe trouve sa consécration dans l’interprétation des deux œuvres baltes du disque, elles-mêmes à mi-chemin entre le style russe et occidental. Le « Ô salutaris hostias », de Vytautas Miskinis, virevolte à loisir comme une récréation dans ce disque dédié au recueillement. Et quant au sublime Magnificat d’Arvo Pärt, il a trouvé sa juste récompense auprès de la Tribune des Critiques, de Jérémie Rousseau (France Musique) qui, après écoute à l’aveugle, l’a élu meilleure version enregistrée à ce jour. Pour notre part, nous ajouterons que le Notre Père (Otche Nash) d’Alfred Schnittke, transfuge au moins musical s’il ne l’a pas été physiquement, est le plus beau que nous ayons eu l’occasion d’entendre. Venant en fin du triptyque des Trois Hymnes Sacrés, il condense toute la ferveur et la retenue qui ont précédé pour donner une pièce particulièrement mélodieuse. Une réussite de plus pour ce disque qui n’en finit pas de nous étonner et de nous séduire.
Michel Grinand